LA FIN DE DE GAULLE

LE BALLOTAGE AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES, ANNONCE SA FIN

1966

4 janvier: La raffinerie de Feyzin explose. À 6h40 une mauvaise manipulation sur une sphère de propane provoque l'expansion d'une nappe de gaz. Un incendie entraîne les explosions successives des sphères de stockage de propane. Cette catastrophe fait 18 morts dont 11 pompiers et une centaine de blessés. Le quartier avoisinant, très endommagé est évacué. Cette catastrophe est considérée comme la première catastrophe industrielle en France et a mis à jour le phénomène Bleve.

Le Phénomène Bleve: Quand un gaz  se comprime, à partir d'une certaine pression, il se transforme en liquide. Cette propriété permet de stocker de grandes quantités de gaz dans des réservoirs, notamment le butane, le propane et le GPL. Au dessus du liquide un «ciel gazeux» se crée. La plus grande partie du produit est liquide. Une petite partie est gazeuse et occupe le volume restant. Lorsque du gaz est soutiré du réservoir, le liquide bout à température ambiante et la vapeur ainsi produite vient compenser le volume retiré.
Si le réservoir se rompt, il se produit alors une explosion catastrophique :
La pression du ciel gazeux se libère et crée à l'extérieur une onde de surpression et une détonation.
La pression baisse brusquement dans le réservoir.
Le liquide se met à bouillir violemment pour compenser cette baisse de pression.
La quantité de gaz libérée «regonfle» le réservoir puisque le gaz n'a pas le temps de s'échapper par la fuite.
Le réservoir explose, provoquant une deuxième onde de surpression bien plus importante que la première ainsi que la projection d'éclats métalliques.
Le gaz libéré se mélange à l'air. S'il s'agit d'un gaz inflammable, il peut former une véritable boule de feu.

7 janvier: Les Instituts Universitaires de Technologie (IUT) sont créés.

8 janvier: Le troisième gouvernement Pompidou est formé. Valéry Giscard d'Estaing est invincé. Michel Debré le remplace aux affaires économiques et aux Finances. Il tiendra jusqu'au 1er avril 1967. Pompidou s’abstient pour la première fois de solliciter un vote des députés en application de l'article 49-1 de la Constitution.

Premier ministre Georges Pompidou
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement Pierre Dumas
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de l'information Yvon Bourges
Ministre d'État, chargé des affaires culturelles André Malraux
Ministre d'État, chargé de la réforme administrative Louis Joxe
Ministre d'État, chargé des départements et territoires d'outre-mer Pierre Billotte
Garde des sceaux, ministre de la justice Jean Foyer
Ministre des affaires étrangères Maurice Couve de Murville
Secrétaire d'État aux affaires étrangères Jean de Broglie
Secrétaire d'État aux affaires étrangères, chargé de la coopération Jean Charbonnel
Ministre de l'intérieur Roger Frey
Secrétaire d'État à l'intérieur André Bord
Ministre des armées Pierre Messmer
Ministre de l'économie et des finances Michel Debré
Secrétaire d'État au budget Robert Boulin
Secrétaire d'État au commerce extérieur Charles de Chambrun
Ministre de l'éducation nationale Christian Fouchet
Secrétaire d'État à l'éducation nationale Michel Habib-Deloncle
Ministre de l'équipement Edgard Pisani
Secrétaire d'État au logement Roland Nungesser
Secrétaire d'État aux transports André Bettencourt
Ministre de l'agriculture Edgar Faure
Ministre de l'industrie Raymond Marcellin
Ministre des affaires sociales Jean-Marcel Jeanneney
Ministre délégué, chargé de la recherche scientifique, des questions atomiques et spatiales Alain Peyrefitte
Ministre des anciens combattants et victimes de guerre Alexandre Sanguinetti
Ministre des postes et télécommunications Jacques Marette
Ministre de la jeunesse et des sports François Missoffe

14 janvier: L'affaire Ben Barka débute dans les médias.

2 février: Jean Lecanuet crée le Centre Démocrate pour préparer les législatives de 1967 et legroupe de l'Assemblée Nationale Progrès et Démocratie Moderne. Ce parti politique deviendra le Centre des Démocrates Sociaux soit le CDS le 23 mai 1976 puis la Force Démocrate le 25 novembre 1995. Il sera une composante importante de l'UDF à partir du 1er février 1978.

Février: Les Républicains Indépendants de Valéry Giscard d'Estaing prennent leurs distances vis à vis de l'UNR.

7 mars: La France se retire du commandement intégré de l'OTAN. Le général de Gaulle fait remettre au Président Lyndon Johnson, une lettre dans laquelle il annonce que «sans en altérer le fond» la France désire modifier la forme de son alliance avec les États-Unis. Elle demande que les bases américaines situées sur son sol soient fermées, annonce cesser sa participation aux commandements intégrés de l'OTAN et refuse désormais de «mettre ses forces à la disposition de l'Organisation atlantique».

12-13 mars: Les Assises de la Convention des Institutions Républicaines (C.I.R) se tiennent sur l'initiative de François Mitterrand. Il propose un contre Gouvernement du type du Shadow Cabinet anglais.

13 mars: De Gaulle annonce officiellement le retrait de la France des commandements intégrés de l'OTAN dès le 1er juillet 1966.

André Malraux inaugure la première maison de la culture à Amiens.

23 mars: Le président des États-Unis Lyndon Johnson répond qu'il ne croît pas que la France pourra rester longtemps à l'écart des «responsabilités de l'Atlantique» et ajoute que «en tant que notre vieille amie et alliée, la France aura sa place réservée le jour où elle décidera d'assurer à nouveau son rôle dirigeant».

5 mai: François Mitterrand publie la composition de son contre-gouvernement.

17 mai: Toutes les organisations syndicales, appellent à la Grève générale qui est bien suivie.

20 juin: Charles de Gaulle est en voyage en URSS.

Fouchet réforme l'enseignement supérieur. Il institue la maîtrise qui deviendra le master 1.

2 juillet: La première explosion française dans le Pacifique.

25 août-12 septembre: De Gaulle fait plusieurs voyages autour du Monde. Il est accueilli à Djibouti par de violentes manifestations en faveur de l'indépendance.

1er septembre: A Phnom Penh,  le Général de Gaulle condamne la politique américaine au Vietnam et les invite à retirer leurs troupes.

11 septembre: En Polynésie française, il assiste à l'explosion d'une bombe atomique, dans l'atoll de Moruroa.

28 octobre: Lors d'une conférence de presse au Palais de l'Élysée, le général De Gaulle répond à la question d'un journaliste: «En 1962, la Bourse était exagérément bonne; en 1966, elle est exagérément mauvaise. Mais, vous savez, la politique de la France ne se fait pas à la corbeille».

20 décembre: Des aviculteurs bretons à Morlaix provoquent des émeutes.

Décembre: Un accord de désistement PCF-FGDS est signé dans la perspective des législatives de 1967.

1967

4-8 janvier: Le PCF ouvre son congrès.

10 janvier: Le "Oui mais...." de Valéry Giscard d'Estaing amène son parti politique au sein de la majorité mais avec la ferme intention de peser sur les décisions du Gouvernement.

16 février: A Paris, l'Exposition sur le trésor de Toutankhamon est inaugurée.

22 février: Georges Pompidou et François Mitterrand débattent à Nevers.

27 février: Mitterrand et Mendès France débattent à Grenoble.

5-12 mars: Les élections législatives enregistrent un progrès de la gauche et une victoire serrée de la droite. Le Comité d’action pour la Ve République conserve une courte majorité avec 244 sièges sur 486.

Les résultats des élections législatives des 5 et 12 mars 1967.

  Nombre de voix au premier tour % Nombre de sièges
(2ème tour)
  Inscrits : 28 300 936

Exprimés : 22 389 514

(1er tour)

Extrême gauche

PC

FGDS

UD Vè République

Divers modérés

Centre démocrate

Extrême droite

495 412

 5 039 032

4 244 110

8 448 982

1 140 748

2 829 998

191 232

 2,2

22,5

19,0

37,7

5,1

12,6

0,9

 PC

FGDS

Progrès et démocratie

Union Ve République

Républicains indépendants

Non inscrits

   73

121

41

200

42

9

29 mars: A Cherbourg est lancé le Redoutable, le premier sous marin nucléaire lanceur d'engins français (le SNLE).

7 avril: L'hélipcotère Gazelle SA 340 fait son premier vol. L'usine de Pierrelatte livre le premier lingot d'uranium très enrichi (90%).

8 avril: Georges Pompidou forme son quatrième gouvernement qui durera jusqu'à la crise de mai 1968.

Premier ministre Georges Pompidou
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé du tourisme Pierre Dumas
Ministre d'État, chargé des affaires culturelles André Malraux
Ministre d'État, chargé de la fonction publique Edmond Michelet
Ministre d'État, chargé des départements et territoires d'outre-mer Pierre Billotte
Ministre d'État, chargé de la recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales Maurice Schumann
Ministre d'État, chargé des Relations avec le Parlement Roger Frey
Ministre délégué, auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'aménagement du territoire Raymond Marcellin
Garde des sceaux, ministre de la justice Louis Joxe
Ministre des affaires étrangères Maurice Couve de Murville
Secrétaire d'État aux affaires étrangères, chargé de la coopération André Bettencourt
Ministre des armées Pierre Messmer
Ministre de l'intérieur Christian Fouchet
Secrétaire d'État à l'intérieur André Bord
Ministre de l'économie et des finances Michel Debré
Secrétaire d'État à l'économie et aux finances Robert Boulin
Secrétaire d'État à l'économie et aux finances Roland Nungesser
Ministre de l'éducation nationale Alain Peyrefitte
jusqu'au 28 mai 1968 (1)
Ministre de l'équipement et du logement Edgard Pisani
jusqu'au 28 avril 1967 (2)
François Ortoli
à compter du 29 avril 1967
Ministre de l'agriculture Edgar Faure
Ministre de l'industrie Olivier Guichard
Ministre des affaires sociales Jean-Marcel Jeanneney
Secrétaire d'État aux affaires sociales, chargé des problèmes de l'emploi Jacques Chirac
Ministre des transports Jean Chamant
Ministre des anciens combattants et victimes de guerre Henri Duvillard
Ministre des postes et télécommunications Yves Guéna
Ministre de la jeunesse et des sports François Missoffe
Ministre de l'information Georges Gorse

[1] Démissionne. L'intérim est assuré par le Premier ministre.
[2] Démissionne.

13 avril: Le Général de Gaulle pressent le développement de l'informatique et met en place le plan calcul pour doter la France de gros ordinateur en privilégiant les implications militaires.

26 avril: Le conseil des ministres demande l'autorisation à l'Assemblée de gouverner par ordonnance. Edgard Pisani démissionne.

28 avril: Il est remplacé par François Ortoli au ministère de l'équipement et du logement.

15 mai: Le réacteur Célestin est mi en service à Marcoule pour la production de tritium.

17 mai: Suite à l'affaire Ben Barka, une grève générale et des manifestations sont organisées contre les pouvoirs spéciaux.

18 mai, 7 et 14 juin: Pompidou conjugue l'article 38 avec l'article 49-3 pour faire adopter la loi d’habilitation économique et sociale. Il peut ainsi faire voter une autorisation de légiférer par ordonnance et signer une ordonnance sans vote du parlement qui perd ainsi son pouvoir législatif !

11 juin: Georges Seguy arrive au poste de secrétaire général de la CGT.

13 juillet: L'Agence Nationale pour l'Emploi est créée.

24 juillet: Charles de Gaulle, en visite officiel à Montréal crie "Vive le Québec libre !" depuis le balcon de  l’hôtel de ville.

13 août: Le village d'Arette dans les Basses Pyrénées, est détruit par un Seïsme. 

17 août: Les Ordonnances sur l'intéressement des salariés aux bénéfices de l'entreprise sont promulguées. La participation des salariés aux fruits de l'expansion devient obligatoire dans les entreprises de plus de 100 salariés, par la création du Plan d'épargne d'entreprise (PEE).

22 août: Les Ordonnances et décrets réforment la sécurité sociale.

Du 6 au 12 septembre: De Gaulle voyage en Pologne et défend «l'Europe de l'Atlantique à l'Oural».

24 septembre: Les élections cantonales marquent la progression de la majorité et du PCF.

1er octobre: Le premier programme en couleur est diffusé à la Télévision française.

Octobre: Beaucoup d'agitations sociales préludent mai 1968. La première carte bleue est lancée.

23 novembre: Valéry Giscard d'Estaing, président de la Commission des finances, s'abstient lors du vote du collectif budgétaire.

26 novembre: La messe est dite en français dans toutes les églises de France pour la première fois. Le latin est abandonné.

29 novembre: L'autoroute Paris - Lille est inaugurée.

19 décembre: Pompidou accepte le projet de loi présentée par le député de la Loire, Lucien Neuwirth sur la contraception par voie orale. Charles de Gaulle soutient ce projet: «Laissez la France à la bagatelle». Cette loi doit abrogé la loi du 31 juillet 1920 qui interdit toute contraception.

28 décembre: L'Assemblée vote la loi dite "Neuwirth" qui légalise la contraception par voie orale et autorise la publicité mais il faudra attendre le 4 décembre 1974 pour que la contraception soit véritablement libéralisée et remboursée par la Sécurité Sociale.

1968

Janvier: Des agitation lycéennes sont recensées autour des Comités Viêt-Nam avec des incidents à l'Université de Nanterre.

2 janvier: Le Parti communiste marxiste léniniste de France, de tendance pro-chinoise, est créé.

10 janvier: Par les premières "classes de neige", 50 000 enfants des écoles partent aux sports d'hiver.

12 janvier: Des Attentats à la bombe visent les préfectures de Quimper et de Saint-Brieuc. Le Front de Libération de Bretagne (FLB) déclare: «Nous reprenons le combat progressiste et révolutionnaire que chaque génération de Bretons a entrepris pour la liberté de la Bretagne et pour le droit des Bretons à rejeter le statut colonial afin de se gouverner lui-même».

13 janvier: La frontière franco-luxembourgeoise est rectifiée sur une zone de 2 225 mètres carrés.

13 et 14 janvier: Des journées nationales de mobilisation syndicale sont organisées pour réclamer des augmentations des retraites.

17 janvier: De violentes manifestations ouvrières sont déplorées à Redon.

19 janvier: Robert Poujade est élu secrétaire général de l'UDR.

20 et 27 janvier:  Les premiers affrontements violents entre policiers et lycéens des Comités d’action lycéens (CAL) créés fin 1967, sont causés par «l'Affaire Condorcet». Le 20, après avoir comparu devant le conseil de discipline Romain Goupil, militant trotskiste actif dans les lycées parisiens est exclu du Lycée Condorcet. Le 27, 400 lycéens se battent avec la police pour demander la réintégration de Goupil.

20 et 23 janvier: Des journées revendicatives dans la métallurgie sont organisées par les fédérations CGT et CFDT.

26 janvier: Le groupe des "enragés" est né à l'Université de Nanterre. Une rumeur court la faculté. Il existerait des «listes noires» d’étudiants révolutionnaires, promis à d’éventuelles sanctions. Un cortège se forme, pour protester contre le «flicage de l’université» et un éventuel renvoi de Daniel Cohn Bendit. Le doyen fait appel à la police, qui arrive en force sur le campus. Des bagarres se produisent entre étudiants et police.

Février: Jean Lecanuet suspend les activités du MRP qui se dissout dans le Centre Démocrate.

Les enseignants du secondaire se mettent en grève et suivent les manifestations contre la guerre du Viêt Nam.

5 février: Les grèves se succèdent: les cheminots à Grenoble des employés de banque à Paris et du personnel navigant d'Air Inter.

6 février: La Cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de Grenoble est grandiose. La flamme olympique est portée par Alain Calmat. Jean Claude Killy remporte 3 médailles d'or. Les images sont retransmises dans le monde pour la première fois.

11 février: Une manifestation réunit étudiants et ouvriers des usines Dassault à Bordeaux.

26 février: Les ouvriers de la chimie débutent une semaine de revendication à l'appel de la CGT et de la CFDT.

17 mars:  Le cours du lingot atteint 7000 francs à Paris. Pour mettre un terme à la spéculation sur l’or, les membres actifs du pool de l’or décident de cesser d’acheter ou de vendre le métal sur le marché international. Deux marchés parallèles de l’or sont créés.

22 mars: Daniel Cohn Bendit mène des étudiants pour envahir et occuper la tour administrative de l'université de Nanterre. Ils seront appelés le Mouvement du "22 mars". Ils réclament plus de liberté pour les étudiants, notamment le le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles.

23 mars: Serge July rejoint à Nanterre le comité du Mouvement du "22 Mars". Il anime le bulletin d'information militant Interluttes dont le directeur de la publication est Jean Paul Sartre pour échapper à la répression que subissent les militants politiques.

28 mars: L'Université de Nanterre est fermée par le doyen.

8 avril: La fusée française Véronique est lancée de la base spatiale de Kourou en Guyane.

MAI 1968

1er mai: Le Traditionnel défilé à l’appel de la CGT, du PCF et du PSU se passe sans incident entre la République et la Bastille. La CFDT, la FGDS et la FEN refusent de s'y associer.

Daniel Cohn-Bendit, Olivier Castro, Michel Pourny, Daniel Schulmann, Yves Fleischl, Jean-Louis Ploix, Jean-Pierre Duteuil et René Riesel, tous étudiants du "22 mars", sont appelés à comparaître le 6 mai devant la Commission des affaires contentieuses et disciplinaires de l'Université de Nanterre. La rumeur court que le mouvement Occident constitué de militants d’extrême droite et aidé pour l’occasion par d’anciens parachutistes, vont attaquer l'Université de Nanterre, le 2 mai pour rétablir l'ordre. Ils ont fait venir des renforts de province. Dès la nuit, avec l’aide des membres des Comités Vietnam de base accourus en foule, la faculté est mise en état d’autodéfense. Les étudiants se passent de main en main un tract d’Occident : « Nous montrerons demain que nous sommes capables de nous opposer à la terreur rouge et de rétablir l’ordre avec les moyens qui s’imposent ». Finalement, Occident ne viendra pas, mais la police si. Un bâtiment de la résidence est transformé en véritable "Fort-Chabrol" comme en 1899.

Le 2 mai à 7h45: À la Sorbonne,Le mouvement Occident nationaliste, anti communiste et pour l'Algérie française, met le feu au bureau de la Fédération générale des étudiants en lettres, la FGEL. Les pompiers accourent sur les lieux dans les minutes qui suivent et maîtrisent le feu. Sur le mur un cercle barré d’une croix celtique porte la signature d'Occident. Personne n’a vu ces incendiaires, dont le feu, vite étouffé dans ce local, va tout embraser. En signe de protestation, les Groupes d’études de lettres, les FGEL annoncent un meeting pour le lendemain, dans la cour de la Sorbonne : «Nous ne laisserons pas les étudiants fascistes maîtres du Quartier latin.» Mais ils prennent aussi la défense de Cohn-Bendit : «Jamais les étudiants ne permettront que la répression policière s’abatte sur un des leurs par le biais d’un tribunal universitaire». 

13h45: Un tract des «22 mars» lance le mot d’ordre: «Hors de Nanterre les ratonneurs ! Les commandos fascistes seront exterminés». 300 étudiants environ réquisitionnent le grand amphi de la faculté pour la projection de films sur la guerre du Viêt Nam. René Rémond trouve son amphithéâtre occupé avec une pancarte sur la porte: «Le cours de Rémond n'aura pas lieu». L’historien, furieux, proteste, mais il n'est pas écouté.

19 heures: Le doyen de l'Université de Nanterre, Grappin, en accord avec le ministre Alain Peyrefitte et le recteur Roche, décide de suspendre les cours et les travaux pratiques à l’université de Nanterre « jusqu’à nouvel ordre » à compter du lundi 6 mai à 9 heures. Un communiqué de l’UNEF et du Mouvement du 22 mars répond à cette décision par un appel à manifestation pour le 6 mai à 10 h à la Sorbonne, pour s’opposer à la répression engagée contre certains étudiants.

Le Premier ministre Georges Pompidou part pour l'Iran et l'Afghanistan.

3 mai au matin: La cour de la Sorbonne est occupée par 400 manifestants qui tiennent meeting sans heurt particulier. Devant le risque d'une attaque des étudiants d'extrême droite, elle est évacuée par une intervention policière musclée. Plusieurs centaines d'étudiants sont arrêtés, dont Jacques Sauvageot licencié en droit et en histoire de l’art, vice président de l'UNEF et militant du PSU. Cette intervention des forces de l'ordre à la Sorbonne, sans préavis ni négociations, est très mal vécue par les étudiants, qui se pensaient protégés par le statut universitaire. Les étudiants réagissent aussitôt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavés, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite à l'annonce de peines de prison prononcées contre les manifestants. Les slogans libertaires commencent à fleurir.

15 heures: Deux cents militants d’extrême droite du mouvement Occident, armés de matraques, sont dirigés par Alain Madelin et menacent de pénétrer dans la Sorbonne. Le groupe arrive de la faculté de droit de la rue d’Assas. Ce dernier a battu le rappel des troupes qui, passées par l’Observatoire, arpentent le boulevard Saint-Michel et se dirigent vers la Sorbonne aux cris de «Communistes assassins», «Occident vaincra», «Tuons tous les communistes» et «Occident au pouvoir».

Au même moment, à la demande du recteur Jean Roche qui craint des affrontements violents entre étudiants de gauche et de droite, les forces de l’ordre bloquent les entrées et sorties de la Sorbonne. Les amphithéâtres sont fermés. Sont visibles dans la cour environ 150 jeunes gens dont une vingtaine sont casqués et munis de barres en bois provenant de tables et de chaises qu'ils ont brisées auparavant.

Le groupe de militants d’Occident arrive rue des Écoles. Au même instant, un policier en civil revêtu d’un long manteau de cuir noir ordonne à ses policiers en tenue et casqués de charger le cortège qui galope vers l’entrée de la Sorbonne et grimpe quelques marches avant de faire brusquement demi-tour. Ils s’éloignent, alors que les policiers qui les traquent ne semblent pas réellement chercher à les rattraper. Le commando d’extrême droite se désagrège et se disperse dans les rues avoisinantes.

15h35: Le commissaire du Ve arrondissement reçoit une missive explosive de quatre lignes qui va entraîner les premiers affrontements du Quartier Latin: «Le recteur de l'académie de Paris, président du conseil de l'université, soussigné, requiert les forces de police de rétablir l'ordre à l'intérieur de la Sorbonne en expulsant les perturbateurs». L'inattendu suscite l'étonnement des plus radicaux. La police va pénétrer dans la Sorbonne, alors que les bâtiments universitaires lui sont interdits.

16h40: La police entre dans la Cour de la Sorbonne. Alain Krivine et Jacques Sauvageot décident de la faire évacuer silencieusement pour éviter les coups inutiles.

17 heures: Des gendarmes casqués et bâtons en mains font évacuer la Sorbonne. La routine policière veut que l’on contrôle l’identité des «perturbateurs» désignés par le recteur. Ils sont trop nombreux pour qu’on puisse le faire sur place. Quelques 400 étudiants doivent être embarqués dans les cars qui attendent à l’extérieur. Le premier convoi part sans heurt.

17h15: Les incidents sérieux commencent place de la Sorbonne, lors du départ du second convoi. La place de la Sorbonne est dégagée à l’aide de grenades lacrymogènes. Des manifestants se regroupent boulevard Saint-Michel et harcèlent les forces de l’ordre. Des cris s'élèvent, «Libérez nos camarades», «La Sorbonne aux étudiants», «Halte à la répression» et même «CRS SS» ; bientôt repris en chœur. La foule grandit. Les cars de CRS ont du mal à se frayer un passage. Le préfet de police Grimaud est lui même présent. Un commissaire reconte:

«À 17 h 16, des manifestants arrivent de la rue Champollion vers la Sorbonne. Leur nombre peut être évalué à 1 000. Ils appliquent une technique de harcèlement ponctuée de heurts sévères mais de courte durée». La police reçoit l'ordre de «nettoyer» les abords. Pour dégager les deuxième et troisième cars de «détenus», secoués par la foule, et permettre le transbordement de certains d'entre eux, un pneu ayant été crevé par les manifestants, la police tire des grenades de gaz lacrymogène. Des manifestants, luttant contre l’asphyxie, brisent une grille d’arbre et descellent quelques pavés, les premiers.

17h30: Boulevard Saint-Michel, devant le lycée Saint-Louis, un premier pavé fuse. Il fracasse la vitre d'un car de CRS et fend le crâne du brigadier Christian Brunet qui s'écroule. La réponse est immédiate. Les policiers chargent, repoussent les manifestants en matraquant tout sur leur passage. Les rangs des contestataires grossissent. Tout le monde goûte à la répression, les manifestants, les passants, les étudiants, les clients des cafés, commerçants, touristes, riverains, ceux qui veulent s'interposer... Les policiers s’efforcent de repousser les manifestants sans cesse plus nombreux vers la place Saint-Michel et la Seine. Les arrestations se multiplient. Elles ont nécessité l'usage de grenades lacrymogènes. Pour la première fois, des jeunes occupent le pavé parisien et retrouvent les réflexes des communards. Une explosion de violence qui stupéfie les policiers.

18h30: Le quartier Latin est en état de siège. Les manifestants sont des milliers. C’est une mini-guérilla urbaine qui commence. Henri Dacier, qui allait au cinéma aux Trois Luxembourg, rue Monsieur-le-Prince, est matraqué au sol devant son amie. Ils se joignent tous deux aux émeutiers. Au coin de la rue de l’École de médecine, Claude Frèche, arrête sa peugeot 404 et demande ce qui se passe à un agent. Pour toute réponse, il reçoit deux coups de matraque et rejoint les manifestants. Un camionneur descend de son véhicule boulevard Saint-Michel et fait tournoyer la grande manivelle qu’il tient à la main. Les policiers reculent.

20 heures: Le recteur Roche ordonne la fermeture de la Sorbonne et l'annexe de Censier, réservée au premier cycle, jusqu’au retour au calme.

20h05: Les premières barricades sont édifiées, à l’aide de grilles d’arbres et de panneaux publicitaires notamment.

20h25: Le quartier Latin est un champ de bataille où s’affrontent des militants de gauche organisés en petits groupes et des gardes mobiles souvent débordés. Dans les petites rues autour du «Boul’-Mich », Nicole Le Guennec et quelques autres militants pro-chinois renversent les voitures en stationnement. Au carrefour Saint-Michel - Saint-Germain, Henri Vacquin, ancien de l'Union des étudiants communistes, voit un groupe de jeunes secouer un car de police comme un prunier:

 «- Vous êtes fous !

- Ta gueule, vieux con, t’es plus dans le coup».

Juché sur une auto, un militant de la FER crie : «C’est une folie, camarades ! Repliez-vous ! Ne suivez pas les provocateurs !», sans résultat. Des ébauches de barricades sont successivement abandonnées par des manifestants agressifs qui, pour dégager certains des leurs, se ruent en bandes sur les forces de l’ordre. Trois commissaires, Messieurs Stevenot, Quilichini et Bailly, conjuguent les efforts de leurs effectifs pour dégager les abords du Luxembourg en utilisant des grenades lacrymogènes.

22 heures: Après cinq heures d’affrontements, le quartier retrouve son calme. Bilan : 83 policiers blessés, et 574 arrestations, dont 179 mineurs, 45 femmes, 58 étrangers.

23 heures:Les étudiants arrêtés dans l’après-midi commencent à être relâchés dans les commissariats où ils ont été conduits pour des contrôles d’identité; vingt-sept d’entre eux, trouvés porteurs d’armes prohibées, sont placés en garde à vue.

24 heures: Les meneurs étudiants, ceux dont l'arrestation a tout déclenché, sont libérés.

4 mai: Une réunion se tient dans les locaux de l'École Normale Supérieure pour décider de la riposte. Sont décidées deux manifestations pour le lundi 6 mai, une le matin pour soutenir les étudiants qui passent en conseil de discipline àl'Université de Nanterre, une le soir à Denfert-Rochereau à 18 h 30.

6 mai: Le quartier latin est le théâtre de violents affrontements qui font 600 blessés et donnent lieu à 422 interpellations. Les premières barricades sont dressées. L'institut de sociologie de l'université de Caen pour l'obtention d'un second cycle est  occupé. Le mouvement gagne la Province.

7 mai: Les étudiants défilent à travers Paris et chantent l'Internationale devant la tombe du soldat inconnu.

9 mai: Lors d'une grève, l'usine Wisco, à Givet dans les Ardennes est occupée. Deux pelotons de gendarmerie délogent les ouvriers.

10 mai: Les étudiants dressent la nuit, dans le Quartier latin, des barricades qui sont finalement prises d'assaut dans la nuit par les CRS. Les affrontements avec les CRS font des centaines de blessés. Face à la répression policière, la population a tendance depuis les premiers jours à prendre majoritairement fait et cause pour les étudiants. A l'aube, syndicats et partis appellent à une démonstration de solidarité pour le surlendemain.

11 mai: 460 personnes sont interpellées. Le Centre national des jeunes agriculteurs se déclare "solidaire des étudiants".

12 mai: Pompidou rentre d'Afghanistan pour faire face à la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. Il espère que les excès des étudiants déconsidéreront leur mouvement au regard de l'opinion. Sceptique face à cette ligne de modération tactique, de Gaulle reste pour l'heure à l'écart, en se réservant la possibilité d'intervenir si besoin.

13 mai:  Les centrales syndicales et les partis de gauche commencent à soutenir le mouvement estudiantin. Des manifestations unitaires sont organisées à Paris et en province. La manifestation de la Gauche à Paris rassemble 1 000 000 personnes selon les syndicats contre 171 000 selon la police. A la fin de la journée, la Sorbonne rouverte, est occupée par les étudiants. Des défilés sont organisés dans une trentaine d'autres villes du pays.

Du 14 mai au 19 mai: De Gaulle part en voyage officiel en Roumanie et laisse son premier ministre gérer la crise.

14 mai: Sans mot d'ordre aucun, et à la surprise des responsables de chaque camp, la grève générale symbolique prévue pour le 13 mai ne s'arrête pas. Le mouvement ne fait au contraire que s'étendre rapidement dans le courant du mois. C'est la première grève générale sauvage de l'Histoire.

Au petit jour, 500 métallos de l'usine Claas de Woippy enMoselle, débraient. Dans la soirée, la grève illimitée de 2682 salariés, avec occupation est votée à l'usine Sud-Aviation de Bouguenais en Loire-Atlantique. c'est la première usine occupée de France. A Clermont-Ferrand, des groupes de jeunes ouvriers entrent dans l'université pour venir s'informer.

15 mai: La grève gagne l'usine Renault de Cléon, où 300 jeunes ouvriers séquestrent une dizaine de cadres. Au même moment, la grève est votée aux usines Kléber-Colombes d'Elbeuf et La Roclaine de St-Etienne du Rouvray, dans le même département de Seine-Maritime. Un groupe d'ouvriers de Cléon fait irruption sur le nouveau campus de Mont-Saint-Aignan à Rouen.

16 mai: Une cinquantaine d'usines sont occupées en France, dont 5 de Renault (Billancourt, Le Mans, Cléon, Flins, Sandouville), et 10 sur la seule ville du Havre. Le comité d'occupation de la sorbonne lance dans le même temps un appel à l'occupation immédiate de toutes les usines en France et à la formation de conseils ouvriers.

17 mai: 200.000 grévistes sont comptés en France. Le mouvement s'étend à Sochaux, au coeur des usines Peugeot. Parmi les grévistes, beaucoup de jeunes titulaires d'un CAP protestent car ils s'estiment déclassés. L'ORTF diffuse des images de milliers d'étudiants piétinant devant les portes fermées de Renault-Billancourt, bastion de la CGT.

18 mai: Un million de grévistes à midi. Deux millions en fin d'après-midi. Les images de l'ORTF créent des remous au sein des syndicats et des partis de gauche, qui à partir du 19 mai tentent d'entrer dans le mouvement pour le canaliser ou le récupérer. Parmi les usines en grève, 45 sont dans la métallurgie lourde, 19 dans l'automobile, 17 dans l'électrotechnique, 15 dans l'alimentation et 13 dans l'aéronautique.

19 mai: De retour de Roumanie, De Gaulle déclare devant les responsables des forces de l’ordre: «les réformes oui, la chienlit non !».

21 mai: Après un week-end de tractations et discussions, le nombre de grévistes atteint 4 millions, dans tous les corps de métiers, y compris de nombreux cadres et ingénieurs.

22 mai: Une motion de censure déposée par la gauche est repoussée. La crise ne peut se dénouer par un changement de gouvernement.

Daniel Cohn Bendit quitte la France pour faire une "tournée révolutionnaire". Le ministre de l'intérieur annonce qu'il est désormais interdit de séjour en France.

23 mai: 10 millions de salariés ne travaillent pas. ils sont en grève ou empêchés de travailler. Les revendications sont à la fois traditionnelles notamment avec les augmentations des salaires, les meilleures conditions de travail et nouvelles avec les demandes pour plus d'autonomie et de responsabilité du salarié. Dans tout le pays notamment au Théâtre Odéon qui devient un symbole, les portes s'ouvrent à n'importe quel citoyen, la parole se libère et représente pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations.

24 mai: Le président Charles de Gaulle fait une intervention à la télévision. Il annonce un futur référendum sur la participation. Le soir, après le discours, les manifestants scandent « Son discours, on s'en fout ». Une nouvelle nuit de barricades parisiennes, est encore plus violente que les précédentes.

25 mai: Les préfets envoient à l'Elysée, par télégramme les réactions dans chaque région. Elles sont négatives. Certaines municipalités font savoir qu'elles refuseront d'organiser le scrutin.

Les 9 millions de grévistes déclarés sont atteints. Le record de précédente grande grève de 1936 avec ses 6 millions de grévistes, est largement battu. Plus de téléphone, ni de courrier, ni d'essence, dans les médias, malgré la grève, les journalistes continuent à couvrir les événements. Des musiciens viennent jouer gratuitement dans les usines, où les grévistes dansent et jouent au football.

Le premier ministre Pompidou reprend l'initiative et débute les premières négociations syndicats - gouvernements, rue de Grenelle.

26 mai: A Nantes, le comité central de grève distribue des bons de fuel aux petits commerces alimentaires et organise le ramassage des ordures. A Cluses en Haute-Savoie, une monnaie émise par les grévistes et avalisée par les commerçants circule en bons de 10 francs. Dans la Somme, les municipalités de Saleux, Picquigny, Saint-Sauveur et Flixecourt, émettent des bons.

Les négociations de la rue de Grenelle continuent non stop. Jacques Chirac est l'un des représentants du Gouvernement.

27 mai: Les accords de Grenelle sont signés à 7 heures du matin:

Le SMIG soit le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti est augmenté de 35 %.

Les salaires moyens sont augmentés de 10 %.

Les jours de grève sont payés à 50 %.

Le ticket modérateur en matière de Sécurité sociale est réduit.

La quatrième semaine de congés payés est accordée.

Les sections syndicales dans l'Entreprise sont créées.  

Cependant, les ouvriers et salariés qui espéraient beaucoup plus, boudent les accords. Aucune reprise du travail ne se manifeste. Les assemblées générales créent la surprise, en rejetant les accords et en votant dans la journée la poursuite de la grève. Même à l'usine Renault de Billancourt, la CGT qui dépasse traditionnellement 60% des voix aux élections professionnelles, est débordée par sa base. Les syndicats ne sont plus crédibles pour représenter les ouvriers et les salariés.

Dans l'après-midi, un meeting géant réunit, au stade Charléty dans le sud de Paris, les étudiants de l'UNEF, les militants et dirigeants de la CFDT, de la FEN, de 4 fédérations FO, et d'une partie des groupes d'extrême gauche. Pierre Mendès France et François Mitterrand sont présents. Les organisateurs du meeting espèrent que Mendès France va se proposer pour former un gouvernement provisoire.

28 mai: De Gaulle parait flottant. Alain Peyrefitte, ministre de l'éducation nationale démissionne.

François  Mitterrand avec l'appui des centristes et de certains hommes de droite, propose officiellement un gouvernement provisoire qui serait dirigé par Pierre Mendès France. Mais celui-ci, homme de principes, ne veut pas tenter l'aventure d'un pouvoir donné par la rue: comment gouverner quand les contradictions entre les manifestants, empêchent de présenter un programme?

29 mai: De Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, à la surprise générale. Pompidou et la majorité sont plongés dans une certaine angoisse. Sans prévenir personne, de Gaulle va consulter le général Massu à Baden Baden, en Allemagne, au lieu de se rendre comme annoncé à sa résidence secondaire de Colombey. La boucle est bouclée entre le 13 mai 1958 et le 29 mai 1968. Veut-il s'assurer symboliquement du soutien de l'armée, dont nul ne souhaite en réalité l'intervention ? Veut-il déconcerter l'adversaire et jouer sur la peur du vide, alors que l'opinion commence à se retourner devant l'absence de perspective du mouvement ? Épuisé et déconcerté, a-t-il eu un authentique moment de passage à vide voire la tentation de se retirer ? Il semble que toutes ces raisons se soient conjuguées.

Le PCF et la CGT débordés font défiler leurs troupes en bon ordre, pour exiger un «gouvernement populaire» aux contours imprécis mais dont le PCF serait une partie prenante essentielle.

30 mai: A midi, De Gaulle réapparaît. Après le vide, il revient.

A 14h30:  Le Président reçoit Georges Pompidou. Il accepte la proposition de son premier ministre de dissoudre l'Assemblée Nationale pour organiser de nouvelles élections législatives. Pompidou estime avec justesse que le mouvement étudiant, poursuivant la grève en dépit de l'accession à ses revendications, s'est rendu impopulaire.

A 15 heures: De Gaulle convoque un conseil des ministres.

A 16h30: Le Président annonce à la radio la dissolution de l'assemblée Nationale et de nouvelles élections législatives:

 « Françaises, Français, étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j'ai envisagé, depuis vingt quatre heures, toutes les éventualités, sans exception, qui me permettraient de la maintenir. J'ai pris mes résolutions. Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple, je le remplirai. Je ne changerai pas le Premier ministre dont la valeur, la solidité, la capacité méritent l'hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd'hui l'assemblée nationale. J'ai proposé au pays un référendum qui donnait aux citoyens l'occasion de prescrire une réforme profonde de notre économie et de notre université et en même temps de dire s'ils me gardaient leur confiance ou non par la seule voie acceptable, celle de la démocratie. Je constate que la situation actuelle empêche matériellement qu'il y soit procédé, c'est pourquoi j'en diffère la date. Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans les délais prévus par la constitution à moins qu'on entende bâillonner le peuple français tout entier en l'empêchant de s'exprimer en même temps qu'on l'empêche de vivre, par les mêmes moyens qu'on empêche les étudiants d'étudier, les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler. Ces moyens, ce sont l'intimidation, l'intoxication et la tyrannie exercés par des groupes organisés de longue main, en conséquence et par un parti qui est une entreprise totalitaire, même s'il a déjà des rivaux à cet égard. Si, donc, cette situation de force se maintient, je devrai, pour maintenir la république, prendre conformément à la constitution d'autres voies que le scrutin immédiat du pays. En tous cas, partout et tout de suite, il faut que s'organise l'action civile. Cela doit se faire pour aider le gouvernement, d'abord, puis localement, les préfets devenus ou redevenus commissaires de la République, dans leur tâche qui consiste à assurer, autant que possible, l'existence de la population, et à empêcher la subversion à tout moment et en tout lieu. La France, en effet, est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s'imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment et essentiellement celui du vainqueur, c'est-à-dire celui du communisme totalitaire. Naturellement, on le colorerait, pour commencer, d'une apparence trompeuse en utilisant l'ambition et la haine de politiciens au rancart. Après quoi, ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids, qui ne serait pas lourd. Eh bien non, la République n'abdiquera pas. Le peuple se ressaisira. Le progrès, l'indépendance et la paix l'emporteront avec la liberté. Vive la République ! Vive la France ! »

A 17 heures: Une manifestation, prévue la veille par André Malraux et Michel Debré réunit sur les Champs Elysées, contre le mouvement social et en soutien au président de la république trois cent mille manifestants selon la préfecture de police et un million selon les gaullistes.

31 mai: Le gouvernement Pompidou est remanié:

Premier ministre Georges Pompidou
Ministre d'État, chargé des affaires culturelles André Malraux
Ministre d'État Edmond Michelet
Ministre d'État, chargé des affaires sociales Maurice Schumann
Secrétaire d'État aux affaires sociales, chargé des problèmes d'emploi Yvon Morandat
Ministre d'État Henry Rey (1)
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'aménagement du territoire Olivier Guichard
Garde des sceaux, ministre de la justice René Capitant
Ministre des affaires étrangères Michel Debré
Secrétaire d'État aux affaires étrangères, chargé de la coopération Yvon Bourges
Ministre des armées Pierre Messmer
Ministre de l'intérieur Raymond Marcellin
Secrétaire d'État à l'intérieur André Bord
Ministre de l'économie et des finances Maurice Couve de Murville
Secrétaire d'État à l'économie et aux finances Jacques Chirac
Ministre de l'éducation nationale François Ortoli
Secrétaire d'État à l'éducation nationale Marie-Madeleine Dienesch
Ministre de l'équipement et du logement Robert Galley
Secrétaire d'État à l'équipement et au logement, chargé des problèmes du logement Philippe Dechartre
Ministre de l'agriculture Edgar Faure
Ministre de l'industrie Albin Chalandon
Ministre des transports Jean Chamant
Ministre des anciens combattants et victimes de guerre Henri Duvillard
Ministre des postes et télécommunications André Bettencourt
Ministre de la jeunesse et des sports Roland Nungesser
Ministre de l'information Yves Guéna
Ministre des départements et territoires d'outre-mer Joël le Theule
Ministre de la fonction publique Robert Boulin
Ministre chargé de la recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales Christian de la Malène

(1) Chargé du tourisme (décret n° 68-509 du 4 juin 1969, publié au J.O. du 5 juin 1969).

LES SLOGANS DE MAI 1968

  • Il est interdit d'interdire.
    • « Il est interdit d'interdire » fut, au départ une simple boutade autoréférentielle lancée par le fantaisiste Jean Yanne. Il fut par la suite repris au premier degré, ce dont le concerné se montrera surpris et amusé
  • L'imagination prend le pouvoir !
  • À bas la société spectaculaire marchande.
  • Ne travaillez jamais.
  • Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs.
  • Fin de l'université.
  • Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
  • L'ennui est contre-révolutionnaire.
  • Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
  • Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui.
  • Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
  • On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra, on occupera.
  • La base doit emmener la tête.
  • Ne laissez pas les haut parleurs parler pour vous
  • Plébiscite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
  • Depuis 1936, j'ai lutté pour les augmentations de salaire. Mon père avant moi a lutté pour les augmentations de salaire. Maintenant j'ai une télé, un frigo, un VW. Et cependant, j'ai vécu toujours la vie d'un con. Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
  • Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
  • Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
  • Veuillez laisser le Parti Communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
  • Soyez réalistes, demandez l'impossible.
  • On achète ton bonheur. Vole-le.
  • Sous les pavés, la plage. Au moment de l'érection des barricades, on avait retrouvé sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pavés, immédiatement lancés contre les forces de l'ordre, le lit de sable sur lequel ils étaient posés.
  • Autrefois, nous n'avions que le pavot. Aujourd'hui, le pavé.
  • L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas. Le veau d'or est toujours de boue.
  • La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
  • Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
  • Le réveil sonne : PREMIÈRE humiliation de la journée !
  • Imagine
  • Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.
  • Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.
  • Les murs ont la parole.
  • Élections, piège à cons.
  • Sur une bouteille de poison est inscrit: "Presse : ne pas avaler".
  • ORTF: La police vous parle tous les soirs à 20 heures.
  • Prenez vos désirs pour la réalité.
  • Nous sommes tous des Juifs allemands. Ce slogan est prononcé à l'occasion du retour à la Sorbonne de Daniel Cohn Bendit.
  • Le droit bourgeois est la vaseline des enculeurs du peuple.
  • Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres !
  • La plus belle sculpture,c'est le pavé de grès, c'est le pavé qu'on jette sur la gueule des flics.
  • Vendre du Guevara pour refiler du Trotski, c'est trahir deux fois.
  • Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer.
  • À travail aliéné, loisir aliéné.
  • Les gens qui travaillent s'ennuient quand ils ne travaillent pas, les gens qui ne travaillent pas ne s'ennuient jamais.
  • Il est douloureux de subir ses chefs, il est encore plus bête de les choisir.

En réponse aux propos du Général de Gaulle :

  • "La chienlit, c'est lui" avec l'ombre du Général de Gaulle en fond d'affiche.
  • "Sois jeune et tais toi" avec l'ombre du Général de Gaulle en fond d'affiche.

En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées sortent :

  • Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
  • CRS = SS. Ce slogan inventé lors des grèves des mineurs du nord en 1947, est repris en 1968.
  • Il n'y a peut-être aucun rapport... Mais peut-être aucun.

4 juin: La reprise du travail s'effectue progressivement. EDF GDF, les transports et les PTT reprennent.

5 juin: La fonction publique reprend le travail.

7 juin: De violents affrontements ont lieu entre les forces de l'ordre et les grévistes renforcés des étudiants et lycéens dans les Usines évacuées. A Flins, l'usine Renault fait l'objet de batailles sanglantes. Le lycéen Gilles Tautin alors âgé de 17 ans est retrouvé noyé dans la Seine après sa poursuite par des CRS aux abords de l'usine.

10 juin: Lors d'une évacuation d'usine, le commissaire de police René Lacroix, est écrasé par un camion à Lyon.

11 juin: Le gréviste de 24 ans Pierre Beylot, ouvrier à l'usine Peugeot de Sochaux Montbéliard dans le Doubs est tué de deux balles. Un autre gréviste de la même usine, Henri Blanchet, 49 ans, est déséquilibré par une grenade offensive et tombe d’un parapet. Le crâne fracturé, il meurt sur le coup.

La nuit du 11 au 12 juin: Lors d'une «nuit des barricades» au Quartier latin, Philippe Mathérion, 26 ans, meurt sur la barricade de la rue des Écoles.

12 juin: Le gouvernement dissout plusieurs organisations d’extrême gauche et interdit les manifestations sur tout le territoire.

Du 14 au 16 juin: L'Odéon et la Sorbonne sont évacués sans difficulté par la police. Sous les pavés, la plage ! Les étudiants pensent maintenant aux vacances. Les cours reprennent dans les lycées. De nombreux journalistes grévistes sont licenciés à l'ORTF, tandis que la répression s'abat sur les leaders du mouvement.

27 juin: L'épreuve écrite du Bac est supprimée.

23-30 juin: Les gaullistes de l'UDR et leurs alliés remportent la majorité absolue des sièges à eux seuls avec 293 sièges sur 487 sièges. La majorité n'est que de 244 sièges ! L’opposition subit un échec retentissant.

  Nombre de voix au premier tour % Nombre de sièges
(2ème tour)
Inscrits : 28 181 848

Exprimés : 22 147 215

(1er tour)

Extrême gauche

PC

FGDS

Divers gauche

UDR

Progrès et démocratie moderne

Divers droite

Mouvement pour la réforme

Technique et démocratie

Extrême droite

873 581

4 434 832

3 660 250

163 482

9 667 532

2 289 849

917 758

33 835

77 360

28 736

4,0

20,0

16,6

0,7

43,7

10,3

4,1

0,2

0,3

0,1

 PC

FGDS

Progrès et démocratie

UDR

Républicains indépendants

Non inscrits

34

57

33

293

61

9

Le mouvement de mai 1968 qui continuera en fin d'année, est un échec politique mais une réussite culturelle. Jamais ratifiés, les accords de Grenelle sont tacitement appliqués. L'Université napoléonienne est démantelée fin 1968 par la loi Edgar Faure. La décentralisation est relancée. Le Premier ministre Jacques Chaban Delmas (1969-1974) lancera le programme de la Nouvelle Société pour reprendre les aspirations de Mai 68. De nouvelles satisfactions seront apportées par le président Valéry Giscard d'Estaing en 1974 notamment avec la dépénalisation de l'IVG, la fin de la censure et la majorité civile à 18 ans.

Les Français ont appris à apprécier en ces jours-là, Georges Pompidou le vrai vainqueur de la crise: de Gaulle n'est plus irremplaçable.

DE GAULLE S'EN VA

10 juillet: Le général de Gaulle remplace Georges Pompidou par Maurice Couve de Murville, comme nouveau Premier Ministre. Est ce dû à un refroidissement des relations entre les deux hommes du fait de la nouvelle auréole de son premier ministre ? Est ce pour préparer Pompidou à l'élection de la Présidence de la République ? De Gaulle pressent-il qu'un premier ministre ne peut devenir Président de la République ?

Alain Krivine est arrêté et emprisonné jusqu'en automne. 

11 juillet: Couve de Murville forme son nouveau gouvernement. Conformément à la Constitution la nouvelle Assemblée se réunit pour une durée de quinze jours. Jacques Chaban-Delmas est réélu au fauteuil présidentiel. L’UDR s'impose aux républicains indépendants. Giscard D'Estaing est écarté de la présidence de la commission des Finances.

12 juillet: Les journalistes de l'ORTF arrêtent leur grève.

13 juillet: Des incidents ont lieu au quartier latin et à la Bastille jusqu'au 16 juillet, entre manifestants et forces de l'ordre pour "fêter le 14 juillet".

Le nouveau Gouvernement est nommé:

Premier ministre Maurice Couve de Murville
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de l'information Joël le Theule
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de la fonction publique Philippe Malaud
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de la jeunesse et des sports Joseph Comiti
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des départements et territoires d'outre-mer Michel Inchauspé
Ministre d'État, chargé des affaires culturelles André Malraux
Ministre d'État, chargé des affaires sociales Maurice Schumann
Secrétaire d'État aux affaires sociales Marie-Madeleine Dienesch
Secrétaire d'État aux affaires sociales Pierre Dumas
Ministre d'État, chargé des relations avec le Parlement Roger Frey
Ministre d'État Jean-Marcel Jeanneney
Garde des sceaux, ministre de la justice René Capitant
jusqu'au 28 avril 1969 (1)
Jean-Marcel Jeanneney
par intérim, à compter du 28 avril 1969
Ministre des affaires étrangères Michel Debré
Secrétaire d'État aux affaires étrangères Yvon Bourges
Secrétaire d'État aux affaires étrangères Jean de Lipkowski
Ministre de l'intérieur Raymond Marcellin
Secrétaire d'État à l'intérieur André Bord
Ministre des armées Pierre Messmer
Ministre de l'économie et des finances François Ortoli
Secrétaire d'État à l'économie et aux finances Jacques Chirac
Ministre de l'éducation nationale Edgar Faure
Secrétaire d'État à l'éducation nationale Jacques Trorial
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'aménagement du territoire Olivier Guichard
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales Robert Galley
Ministre de l'équipement et du logement Albin Chalandon
Secrétaire d'État à l'équipement et au logement Philippe Dechartre
Ministre de l'industrie André Bettencourt
Ministre de l'agriculture Robert Boulin
Ministre des transports Jean Chamant
Ministre des anciens combattants et victimes de guerre Henri Duvillard
Ministre des postes et télécommunications Yves Guéna

(1) Démissionne à la suite du rejet du référendum du 27 avril 1969.

17 juillet: Dans sa déclaration de politique générale qu’il fait devant le parlement, Couve de Murville se donne dix-huit mois pour rétablir l’équilibre de l’économie française et précise «les grandes réformes» qui seront engagées avant la fin de l’année.

24 juillet: La loi d’amnistie est votée pour les faits relatifs à l'Algérie.

2 août:  Un tiers des postes de journalistes est supprimé à l'ORTF, 102 journalistes de radio et télévision sont licenciés.

5 août: Le port de Fos est inauguré.

7 août: Les agriculteurs Manifestent dans le Vaucluse.

24 août: Une bombe à hydrogène (H) est essayée pour la première fois.

2 septembre: La direction du théâtre de l’Odéon est retirée à Jean Louis Barrault à titre de sanction pour avoir laisser son théâtre devenir le lieu symbolique de mai 1968.

4 septembre: Le contrôle des changes en France est supprimé. L'argent se sauve en Suisse. Des banques exportent de l'argent pour créer des filliales.

10 septembre: Charles de Gaulle s'exprime: «La France n'a jamais cessé de travailler à mettre un terme au système des deux blocs». «Aucun système de pensée, de volonté ou d’action ne saurait inspirer la France, sinon celui que les événements ont suscité depuis juin 1940». Il fait un Eloge à Georges Pompidou mis «en réserve de la République». Une reconnaissance du Biafra ne lui parait pas exclue. Il finit par évoquer les grandes réformes en préparation, le Sénat, la régionalisation, la participation et l'Université.

11 septembre: Louis Aragon proteste contre l’invasion de la Tchécoslovaquie. Malgré l'interdiction du PCF, il déclare dans les lettres françaises, «J’appelle un chat un chat». Quelques jours plus tard, il rédige à la demande des Editions Gallimard, la préface du roman de Milan Kundera, La Plaisanterie sur le printemps de Prague.

12 septembre: La Sorbonne rouvre dans le calme.

18 septembre: Le journal "Rouge" organe de la Ligue Communiste sort: "En Mai nous avons pris la parole, c’est la dernière arme qu’on nous fera déposer".

22 septembre: Les élections sénatoriales donnent la victoire aux partis de droite et du centre.

Octobre: De nouvelles agitations gauchistes dans les lycées et les universités, débutent.

1er octobre: Le cadavre du yougoslave Stéphan Markovic garde du corps des acteurs Alain et Nathalie Delon, est découvert dans une décharge publique des Yvelines. Les Pompidou ont aussi une villa à Saint-Tropez. La presse à scandales fait des rapprochements hasardeux entre les goûts assez peu conformistes du couple Pompidou habitué de Saint Tropez et les partouzes du "showbiz". Le juge d'instruction Patard interroge d'abord Alain Delon et Marcantoni, un truand notoire accusé dans une "lettre prémonitoire" de Markovic. Une lettre anonyme dans le Figaro implique de hauts fonctionnaires et d’anciens membres du gouvernement dans des partouzes organisées par Marcantoni. Cette affaire ne sera jamais élucidée puisque Marcantoni, après 11 mois de détention préventive, bénéficiera en 1976 d'un non lieu. Des hommes politiques et membres du gouvernement profitent de l’affaire criminelle pour y greffer une affaire politique afin d’assassiner la personnalité publique de Georges Pompidou. Des fausses déclarations, des témoignages de mythomanes, des photos truquées sont les outils d’une campagne calomnieuse. Une prostituée "castée" et maquillée pour faire croire qu'il s'agit de Madame Claude Pompidou, est photographiée dans des poses pornographiques. Georges Pompidou s'entretient avec De Gaulle pour lui signifier qu'il est profondément blessé de voir son épouse ainsi diffamée. Il se sent alors libre de "tuer le père". En 1969, quand il accède à la présidence, il demande le départ du SDECE de Jean-Charles Marchiani qu'il tient pour responsable de la création et de la diffusion des photos truquées de sa femme. Il nomme à sa place, Alexandre de Marenches. Vingt ans après la mort de Pompidou, Charles Pasqua nommera Marchiani préfet.

2 octobre: Alain Poher est élu président du Sénat en remplacement de Gaston Monnerville qui ne se représente pas.

Du 3 au 11 octobre: François Furet, Jean Denis Bredin et Michel Alliot voient leur projet de loi sur l’autonomie des universités, discuté à l'Assemblée Nationale.

9 octobre: René Cassin président du Conseil d'Etat, inspirateur avec Madame Roosevelt, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948 et de la Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme reçoit le prix Nobel de la paix.

21 octobre: Le comité du PCF est pris dans les turbulences de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie. La démission du bureau politique de Jeannette Thorez-Veermersch est acceptée. Il adresse un blâme public à son philosophe officiel, Roger Garaudy.

25 octobre: Le groupuscule Occident provoque des incidents et agresse les enseignants aux lycées Voltaire, Louis-le-Grand, Condorcet et Buffon à Paris.

26 octobre:  En réponse, des manifestations sont organisées au Quartier latin.

Du 25 au 30 octobre: Le Général de Gaulle est en visite officielle en Turquie.

28 octobre: Un groupe commun pro-chinois et anarchistes investissent le café Relais-Odéon, lieu de rendez-vous habituel des militants d'Occident, et y lance des coktails molotov entraînant un incendie dont les dégâts seront chiffrés à 250 000 Francs. Prévenus par une «taupe» dans les milieux gauchistes, les militants nationalistes se sont abstenus de s'y rendre ce jour-là. Le soir même, la librairie «chinoise» de la rue Gît-le-Cœur est plastiquée, tandis qu’un autre groupe anarchiste s’efforçait en vain d’incendier la Librairie française d’Henri Costun, tenu par erreur pour un proche du mouvement Occident.

31 octobre: Maurice Grimaud fait dissoudre le groupe d'extrême droite Occident.

1er novembre: Le premier numéro de La Cause du Peuple, journal de la Gauche Prolétarienne est publié. Jean Pierre Le Dantec est le  directeur d'une publication de quatre à huit pages imprimés en rouge et noir sur du mauvais papier. Le titre est flanqué d'une effigie de Mao à droite, à gauche d'un marteau et d'une faucille et d'un sous-titre: « Journal communiste révolutionnaire prolétarien».

2-3 novembre: Réunie à Clichy en conseil national, la SFIO demande le remplacement de la FGDS par un parti «résolument socialiste».

5 novembre: Le Front de Libération de Bretagne (FLB) annonce qu’il suspendra ses actions de commandos pendant la visite du général de Gaulle qui donne l'ordre de mettre fin aux arrestations, «surtout de prêtres !».

François Mitterrand abandonne la direction et démissionne de la FGDS qui disparaît sans que nul ne tente de la sauver.

12 novembre: La loi d'orientation sur l'enseignement supérieur est votée. Les universités autonomes remplacent les facultés avec la création des UER dont la gestion revient à l'ensemble des utilisateurs. Deux nouveaux centres sont créés: Dauphine et Vincennes.

25 novembre: Le contrôle des changes un moment suspendu est rétabli.

5 décembre: La loi sur l’exercice du droit syndical dans l’entreprise votée à l’Assemblée.

6 décembre: Le comité central du parti communiste se prononce pour une « démocratie avancée ».

Dans la nuit du 7 au 8 décembre: Un attentat vise trois banques parisiennes et une permanence UDR. Retrouvée blessée sur le lieu d’une des explosions, une étudiante, Mademoiselle Destouet, reconnaîtra sa participation à l’attaque des banques.

8 décembre: Valéry Giscard d'Estaing demande qu’aucune consultation électorale ne soit organisée en 1969.

9 décembre: Guy Mollet annonce qu’il ne prendra pas la tête du futur parti démocrate et socialiste.

10 décembre: Jean Marcel Jeanneney confirme que la réforme des régions et du Sénat aura lieu par la voie du référendum.

Du 12 au 20 décembre: Les étudiants de l'Université de Nanterre font grève. La police occupe le campus.

14 décembre: La soutenance de thèse de Jean-William Lapierre est interrompue par des étudiants qui protestent contre Raymond Aron, membre du jury. Le chahut a été soigneusement organisé. Pendant que le jury interroge le candidat, un garçon émet l’objection : «Moi, je suis ouvrier et je ne comprends pas ce langage». Peu à peu, le chahut est si important que le jury est contraint de lever la séance.haptal à Paris est fermé suite aux incidents

Du 17 au 20 décembre: Le Lycée Causés par les lycéens.

18 décembre: La Commission des Communautés approuve le plan Mansholt sur la réforme des structures agricoles.

Du 20 au 22 décembre: Le Congrès national extraordinaire de la SFIO à Puteaux décide la création d’un nouveau «parti socialiste» en 1969. Guy Mollet annonce qu'il ne sera pas candidat au poste de secrétaire général du nouveau parti socialiste.

27 décembre: Grâce à la loi sur la section syndicale d'entreprise, les syndicats peuvent constituer des sections syndicales et désigner des délégués syndicaux au sein des entreprises. Jusqu'à présent, les dispositions conventionnelles aménageant les activités du syndicat sur les lieux de travail restaient rares. Cette loi consacre non seulement une liberté d'expression et d'action du syndicat dans l'entreprise, mais aussi une institution proprement syndicale avec le délégué syndical aux cotés des institutions élues comme les délégués du personnel et le comité d'entreprise. La loi est le socle de la promotion future de la négociation collective d'entreprise.

Le Comité de défense de la République soit le CDR de Dijon, attaque violemment le ministre de l’Education nationale et qualifie la loi d’orientation universitaire de «bluff» et de «fiasco».

29 décembre: De Gaulle décide de mettre l'embargo sur les fournitures d'armement à Israël au lendemain du raid israélien sur l'aéroport de Beyrouth.

31 décembre: Lors des voeux du Président de la République aux français, De Gaulle déclare : "Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l’année qui s’achève".

1969

En Janvier: Les agitations lycéennes et étudiantes continuent.

17 janvier: Georges Pompidou fait savoir en privé qu'il serait éventuellement candidat à la présidentielle.

2 février: À Quimper, le général de Gaulle annonce un référendum sur la réforme des régions et la transformation du Sénat.

3 février: Alain Poher rejette la réforme du Sénat.

22 mars: Le gouvernement décide de limiter à 110 km par heure, la vitesse sur 1 600 km de routes nationales, à titre expérimental.

27 avril: De Gaulle imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Les Français sont consultés sur la question suivante : «Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat ?». De Gaulle met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent «non». Valéry Giscard d'Estaing appelle à voter «non» comme tous les partis de gauche. Pompidou soutient le «oui» mollement. Le «non» l'emporte avec 52, 41 % des voix exprimées.

Résultats du référendum du 27 avril 1969 relatif à la régionalisation et à la réforme du Sénat. 

 

 Voix

% des inscrits

% des votants

% des suffrages exprimé

Inscrits

29 392 390

 --

 -

Abstentions

5 839 779

19,87

 -

Votants

23 552 611

80,13

 -

 -

Nuls

643 756

 -

2,73

 -

Suffrages exprimés

22 908 855

 -

97,27

 -

OUI

10 901 753

37,09

46,29

47,59

NON

12 007 102

40,85

50,98

52,41

L'APRES POUVOIR DE GAULLE

28 avril: Fidèle à sa conception du peuple souverain et à sa promesse, De Gaulle annonce sa démission: «Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi». Conformément à la Constitution, Alain Poher président du Sénat assure l'intérim jusqu'au deuxième tour des élections présidentielles de juin.

Pour ne pas être impliqué dans sa propre succession, De Gaulle passe le temps de la campagne des élections présidentielles, en Irlande où il vote par procuration. Il s'enferme ensuite à La Boisserie pour y écrire ses Mémoires d'espoir qui prendront la suite des Mémoires de guerre. Il y mènera une existence retirée voire recluse, n'y recevant que quelques anciens collaborateurs ou anciens ministres auxquels il conserve estime et confiance.

Il voyage aussi en Espagne où il rend une visite de courtoisie au général Franco. Il regrette ne pas avoir pu le rencontrer plus tôt du fait des circonstances internationales. Même si De Gaulle n'exerce plus de charge publique, qu'un homme de son prestige aille conférer admirativement avec le dictateur espagnol suscite de nombreuses critiques. André Malraux, héros de la guerre d'Espagne, ne cache pas que, si elle s'était tenue du temps où il était au gouvernement, il aurait démissionné. De Gaulle sera déçu de sa rencontre avec l'homme Gil Franco. Durer n'est pas un signe de très grande intelligence....

Le 9 novembre 1970, comme à l'accoutumée, il entame une partie de Patience.

À 19h10, il est pris d'un malaise causé par une rupture d'anévrisme.

À 19h30, il meurt.

Le 10 novembre 1970: La nouvelle est communiquée par une brève allocution télévisée de Georges Pompidou. Sa mort, qui selon l'expression de son successeur, laisse «la France veuve», est l'occasion de prendre la mesure du rôle joué par de Gaulle dans l'histoire de France.

Seul l'hebdomadaire satirique Hara Kiri ose un titre provocateur: "Bal tragique à Colombey, un mort". L'opinion est encore sous le choc de l'incendie d'un dancing qui avait causé 146 morts une semaine plus tôt à Saint Laurent du Pont. Hara Kiri est interdit de diffusion.

Le 12 novembre, le soir de ses obsèques à Colombey et alors que de nombreux chefs d'État étrangers sont rassemblés pour honorer sa mémoire à Notre Dame de Paris, plusieurs centaines de milliers de Parisiens remontent l'avenue des Champs Elysées dans la nuit, par une pluie battante, pour rendre hommage à De Gaulle.

En 1952, il avait établi un testament exprimant son refus de funérailles nationales sans président ni ministre. A Colombey-les-Deux-Eglises, sa dépouille est transportée sur un engin blindé de reconnaissance vers la petite église, en présence de sa famille, des Compagnons de la Libération dont Chaban Delmas et André Malraux, des habitants de son village et de Valéry Giscard d'Estaing qui s'invite de force en qualité de "simple français". Il est enterré au cimetière auprès de sa fille Anne, avec une simple inscription sur sa tombe, "Charles de Gaulle 1890-1970".

LIENS EXTERNES

Loi dite "Neuwirth": http://8mars.online.fr/article.php3?id_article=367

Assemblée Nationale:  http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/suffrage_universel/suffrage-1958.asp#chronologie

Mai 68 en images: http://mai68.ina.fr/

Mai 68: http://www.mai-68.fr/welcome/index.php

Le gaullisme: http://www.gaullisme.fr/

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