HISTOIRE
GRATUITE DE LA PHILOSOPHIE
Article de quatre pages
sur le net d'Edith Fabre en
complément d'information sur l'histoire de la littérature.
Le
platonisme
Doctrine d’un philosophe grec de l’Antiquité, PLATON, qui distingue d’une part le monde des idées pures et éternelles connues par l’esprit et qui sont la seule réalité et d’autre part côté le monde terrestre, connu par les sens, qui n’est que l’ombre, le reflet du premier.
Cette conception du monde est
figurée par « le mythe de la
caverne » dans une œuvre
: La République
Elle a eu une grande influence sur la pensée chrétienne.
Saint Augustin est d'abord un philosophe chrétien et, bien sûr, toute sa
pensée en est influencée.
Mais il a aussi lu Platon, le néo-platonicien
Plotin (204-270). Il tente de réaliser la synthèse du christianisme et du
platonisme.
Elle prend un nouvel essor à la Renaissance, notamment à Florence.
Marsile Ficin (1433-1499)
L'académie platonicienne fondée à
Florence sous le règne de Cosme et Laurent de Médicis, qui rassemblait un
cénacle de philosophes, d'érudits et de scientifiques, fut illustrée par Marsile
Ficin le plus éminent représentant du platonisme de la Renaissance.
Ficin
entreprend la traduction latine d'un grand nombre de textes platoniciens et
néoplatoniciens (les dialogues de Platon, les Ennéades de Plotin, divers traités
de Jamblique, de Porphyre, de Proclus et du pseudo-Denys). Son oeuvre de
traducteur et d'exégète du platonisme eut une importance considérable dans
l'Europe de la Renaissance. Son oeuvre personnelle est un effort de conciliation
entre la révélation chrétienne et la "théologie platonicienne". Il s'oppose
ainsi à l'aristotélisme des écoles de son époque qu'il accuse de détruire
la religion. Ficin, en s'appuyant sur la tradition platonicienne, élabore une
nouvelle apologétique, fondée sur une "pia philosophia" et une "docta religio".
Elle inspire les poètes qui voient, dans la femme aimée, la femme idéale : le platonisme ( d'où l'expression du langage courant : un amour platonique).
Pierre de Ronsard (1524-1585)
En 1545 , alors qu'il a vingt ans , il rencontre une jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati. Aussitôt rencontrée, aussitôt disparue, la jeune Cassandre va devenir l'être "inaccessible". Elle se marie l'année suivante avec le seigneur de Pré. Elle sera à Ronsard, ce que Laure a été à Pétrarque, et va lui permettre de célébrer l'amour platonique
Ode à Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui
ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette
vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du
matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez,
cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir
votre beauté.
D'origine toscane, le poète Pétrarque vécut alternativement en Italie et dans la région d'Avignon où il rencontra Laure de Noves. Le Canzoniere est un recueil de poèmes qui lui sont dédiés, célébrant dans un style très maniériste cet amour platonique. Le pétrarquisme consiste à imiter cette façon de chanter l'amour. Jean de Tournes édita "le Chansonnier "à Lyon
Nulle paix je ne trouve, et je n'ai pas de guerre à
faire :
Je crains et j'espère ; je brûle et je suis de glace.
Et
je vole au plus haut des cieux, et je gis à terre ;
Et je n'étreins
nulle chose, et j'embrasse le monde entier.
Qui me garde en prison la porte ne m'ouvre ni ne ferme,
Ni ne
me tient pour sien, ni ne défait les liens ;
Amour ne me tue pas et ne
m'ôte pas mes fers,
Ne me veut pas vivant, et ne vient pas à mon secours.
Je vois et n'ai point d'yeux, et sans langue je
crie ;
Et je désire périr, et demande de l'aide ;
Et pour moi je
n'ai que haine et pour autrui qu'amour
Je me repais de ma douleur, et en pleurant je
ris ;
Également m'insupportent vie et mort :
En cet état je
suis, Madame, pour vous.
Pétrarque, traduction Jean-Claude
Monneret
Ronsard et du Bellay ont donné
chacun une version française de ce texte.
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Le stoïcisme
Doctrine de
Zénon, philosophe grec de l'Antiquité.
ZENON DE CITION ( -- 325 ; -- 264 )
Le Romain Sénèque, puis Montaigne (1533-1592), à une certaine époque de leur vie, ont suivi cette doctrine.
L'idée fondamentale est que le bien est dans la vertu, c'est-à-dire dans la volonté de dominer ses passions, dans l'effort pour atteindre la liberté intérieure en écartant la crainte de la douleur, du malheur et de la mort : le stoïcisme.(détachement du matériel,courage, dignité humaine)
LECTURE DE
SÉNÈQUETraduction et commentaire de la Lettre 61
par Pascal Boulhol
Le bonheur est affaire de volonté
SENECA LVCILIO SVO SALVTEM
Desinamus quod uoluimus uelle. Ego certe id ago <ne> senex eadem uelim quae puer uolui. In hoc unum eunt dies, in hoc noctes, hoc opus meum est, haec cogitatio, inponere ueteribus malis finem. Id ago ut mihi instar totius uitae dies sit ; nec mehercules tamquam ultimum rapio, sed sic illum aspicio tamquam esse uel ultimus possit. Hoc animo tibi hanc epistulam scribo, tamquam me cum maxime scribentem mors euocatura sit ; paratus exire sum, et ideo fruar uita quia quam diu futurum hoc sit non nimis pendeo. Ante senectutem curaui ut bene uiuerem, in senectute ut bene moriar ; bene autem mori est libenter mori. Da operam ne quid umquam inuitus facias : quidquid necesse futurum est repugnanti, id uolenti necessitas non est. Ita dico : qui imperia libens excipit partem acerbissimam seruitutis effugit, facere quod nolit ; non qui iussus aliquid facit miser est, sed qui inuitus facit. Itaque sic animum componamus ut quidquid res exiget, id uelimus, et in primis ut finem nostri sine tristitia cogitemus. Ante ad mortem quam ad uitam praeparandi sumus. Satis instructa uita est, sed nos in instrumenta eius auidi sumus ; deesse aliquid nobis uidetur et semper uidebitur : ut satis uixerimus, nec anni nec dies faciunt. Vixi, Lucili carissime, quantum satis erat ; mortem plenus expecto. Vale.
Cessons de vouloir ce que nous avons voulu ! Pour ce qui me concerne, je fais en sorte de ne pas vouloir dans ma vieillesse les mêmes choses que dans mon enfance. Voilà le seul but vers lequel tendent mes jours, tendent mes nuits, voilà mon ouvrage, voilà ma pensée : mettre un terme à mes vieux maux. Je fais en sorte que le jour présent équivaille pour moi à la vie entière ; et, ma foi, je ne m'en empare point avec la pensée qu'il est le dernier, mais je le regarde en pensant qu'il pourrait, éventuellement, être le dernier. Je t'écris cette lettre avec la disposition d'esprit suivante : comme si la mort allait m'appeler au moment précis où j'écris. Je suis prêt à partir, et je jouirai de l'existence pour la raison que je ne me tourmente pas trop à me demander combien de temps cela durera. Avant la vieillesse, je me suis soucié de bien vivre ; arrivé à la vieillesse, je me soucie de bien mourir. Or, bien mourir, c'est mourir de bon gré. Applique-toi à ne jamais rien faire à contrecoeur. Tout ce qui doit arriver fatalement à l'homme qui résiste, cesse d'être une fatalité pour l'homme qui accepte. Je te le dis : quiconque reçoit de bonne grâce les ordres qu'on lui donne, échappe à l'aspect le plus pénible de la servitude, qui est de faire ce qu'on ne voudrait pas. L'homme malheureux n'est pas celui qui fait quelque chose sur commande, mais celui qui le fait à contrecoeur. Disposons donc notre esprit de manière à vouloir tout ce que les circonstances exigeront, et surtout de manière à penser sans tristesse à la fin de notre existence. Nous devons nous préparer à la mort avant de nous préparer à la vie. La vie est approvisionnée de manière suffisante, mais nous, nous sommes toujours insatiables de ses ressources : nous avons le sentiment que quelque chose nous manque, et nous l'aurons toujours. Ce ne sont ni les années, ni les jours qui font que nous avons assez vécu : c'est notre esprit. J'ai vécu, très cher Lucilius, autant qu'il suffisait ; convive rassasié, j'attends la mort. Porte-toi bien.
Commentaire
La doctrine stoïcienne, en matière de morale, prône la maîtrise de soi et l'acceptation volontaire de tout ce qui ne dépend pas de nous, en vue d'obtenir l'autosuffisance à laquelle doit aspirer l'être doué de raison. Le sage, à cet égard, est l'homme libre par excellence, puisqu'il est parvenu à s'affranchir de toutes les craintes et passions qui aliènent le vulgaire. Dans sa 61e Lettre à Lucilius, Sénèque aborde ce thème déjà banal à son époque, et qu'il traite en maint autre passage de sa correspondance ou de son oeuvre philosophique. Mais il donne ici une dimension très personnelle à ce sujet rebattu, en le liant à l'évocation de sa propre vieillesse et des modifications que l'approche de la mort a apportées à son regard sur la vie.
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L'épicurisme
Épicure (-
341 ; - 270 )
Doctrine d'un philosophe grec de l'Antiquité, Épicure, qui met l'accent sur les sensations. Le souverain bien est le plaisir mais le plaisir contrôlé : il s'agit de jouir avec modération des plaisir offerts par la nature.
La doctrine d'Épicure peut être résumée par ce que les épicuriens ont appelé le tetrapharmakos (quadruple-remède) formulé ainsi :
Le nom de pharmacie indique la finalité de la pensée épicurienne : il faut guérir les hommes des maux qui les accablent. Si la présentation de l'épicurisme dans cet article suit une division classique de la philosophie, sa finalité ultime devra être toujours gardée à l'esprit.
La morale épicurienne est une morale qui fait du plaisir le bien, et de la douleur le mal. Pour atteindre le bonheur (l'ataraxie), l'épicurien suit les règles du quadruple remède :
Épicure classe ainsi les désirs :
| Désirs naturels | Désirs vains | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Nécessaires | Simplement naturels | Artificiels | Irréalisables | ||
| Pour le bonheur (ataraxie) | Pour la tranquillité du corps (protection) | Pour la vie (nourriture, sommeil) | Variation des plaisirs, recherche de l'agréable | Ex : richesse, gloire | Ex : désir d'immortalité |
Elle est reprise par les Romains, Lucrèce et Horace

HORACE (-
65 ; - 8 )
Elle inspire Ronsard
(1524-1585), qui invite à jouir
des plaisir délicats du temps présent.
" Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain. Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie. ": L'épicurisme.(plaisirs sains)
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L'idéal courtois
Morale qui apparaît dans les cours médiévales du Sud de la France à partir du XIe siècle, sous l'influence des femmes de la noblesse. Elle est chantée par les troubadours qui célèbrent le culte du seigneur pour sa dame, la soumission absolue à l'amour.
Guillaume de Poitiers
(1071 - 112)
«uns dels majors cortés del monde e dels majors trichardos de domnas.»
(«un des hommes les plus courtois du monde,
et des plus habiles à tromper les femmes».)
Guillaume de Poitiers (Guillaume IX, duc
d'Aquitaine), Vida de Guillaume.
Un troubadour est un poète, un chanteur, durant le Moyen Âge, en Occitanie, en Catalogne et en Italie. Le terme troubadour est utilisé pour désigner les artistes utilisant la langue d'oc, c'est-à-dire ceux originaire du sud de la Loire. Il vient du verbe occitan trobar, qui veut dire trouver.
Voici une des œuvres composées par le comte duc d'Aquitaine, en langue d'oc :
Je n'adorerai qu'elle ! (Chanson)
|
(occitan) |
(français) |
|
Qu'ans mi rent a lieys
e-m liure, |
Je me rends à elle, je
me livre, |
|
Per aquesta fri e
tremble, |
Pour elle je frissonne
et tremble, |
Elle inspire les plus
belles oeuvres du Moyen Âge notamment le cycle breton
avec Tristan et Yseult
et Lancelot du lac .
Elle sera reprise par la préciosité au XVIIe siècle : L'idéal courtois.
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L'humanisme
Mouvement culturel européen qui commence en Italie, dès le milieu du XIVe siècle, avec Pétrarque. Il s'y épanouit ( c'est le "Quattrocento ") puis s'étend dans tous les pays européens et notamment en France.
L'Humanisme fut d'abord une activité, un métier. Dès le XIIIe siècle, le premier usage d'"umanista" désigne le professeur de langues anciennes avec une connotation péjorative (le "pédant", le "grammairien") qui n'a rien de surprenante à une époque où les deux modèles de perfection humaine étaient le Saint et l'Héroïsme militaire.

La bataille de San Romano, ici peinte par Paolo Uccello, annonce l'avènement de la cité de Florence et de ses marchands sur la scène européenne.
Le Quattrocento, contraction de mille
quattrocento en Italien, correspond au
XVe siècle
italien ; s'y déroule le mouvement appelé Première Renaissance.
Au Quattrocento, un profond changement s'opère en Italie. Une nouvelle ère
fleurit, une ère qui rompt avec le
Moyen Âge qualifié
généralement d’ère de l’ignorance, c'est le début de la
Renaissance.

"On ne peut rien voir de plus admirable dans le monde que l'homme" disait Pic de la Mirandole en 1486.
Pic de la Mirandole (1463-1494)
Giovannni Bellini (1430-1516)
Saint Jérôme
Il se caractérise par un renouveau d'intérêt pour la culture antique et biblique, pour ses valeurs intellectuelles et humaines : sentiments et confiance dans les possibilités de l'intelligence humaine et dans la grandeur de l'homme qui, se libérant de certaines des contraintes du christianisme médiéval, recherche son épanouissement sur la terre.
Au-delà de ces limites historiques, c'est un mouvement permanent qui met l'accent sur l'homme, sur ses possibilités , sur sa valeur, sur ses droits et sa liberté : l'humanisme
Une propagation rapide fut possible grâce à la combinaison de trois grands facteurs:
-Les grandes découvertes ouvrent des horizons nouveaux, fouettent
l'imagination, suscitent de nouvelles réflexions et de nouvelles disciplines
(comme la cosmographie de Mercator).
-La présence de souverains éclairés, de princes protecteurs ou de puissants
épris de culture favorisent l'esprit nouveau... et son financement :
François Ier en France, les Médicis (Cosme puis Laurent) à Florence, Mathias
Corbin en Hongrie, le cardinal Cisneros en Espagne...
-Enfin, le développement de l'imprimerie facilite la diffusion des
traductions des grands Anciens mais aussi des oeuvres humanistes comme celle
d'Érasme qui vit dans la région d'Europe la mieux pourvue en villes, riche en
échanges culturels et première zone d'expansion de l'imprimerie et des foires
aux livres: la Hollande.
ÉRASME
(1466-1536)
Figure majeure de l'humanisme chrétien, Érasme fut cet inlassable défenseur des libertés, militant de la paix et porteur d'une vision de l'Europe de la culture qu'il tenta vainement d'imposer dans un contexte marqué par le bellicisme et les troubles réformistes.
Au XVIe siècle, l'Humanisme rayonne et est devenu le mouvement emblématique du renouveau de la pensée et de la sensibilité européenne qu'est la Renaissance. Parmi les principales figures humanistes; des peintres (Vinci, Dürer, les Holbein, Metsys), des philosophes (Bacon, Vives, Thomas More), des moralistes (Montaigne, Rabelais, Érasme) mais aussi des médecins, des astronomes, des sculpteurs, des philologues comme Guillaume Budé, des imprimeurs influents et prestigieux comme Etienne Dolet.
Si la mort prématurée de son ami, de cet autre
soi-même, Étienne de La Boétie avait failli lui ôter jadis le goût de vivre,
Montaigne, en bon émule des stoïciens, combattit cette amitié perdue par l'amour
d'une femme, mais un amour "tempéré", c'est-à-dire faisant place à d'autres
préoccupations

Michel Eyquem de Montaigne (St-Michel de Montaigne 1533-id.1592)
Ce contemplatif capital de l'humanisme français parvint à édifier une
véritable citadelle du "moi intime" (Les Essais) malgré un contexte de
violence où bellicismes religieux et politiques déchiraient le pays.
Il fut la figure de "l'honnête homme", indépendant d'esprit, soucieux de
modération et de sagesse.
Alain in Propos Gallimard, 1920
Les Essais : c'est le journal d'un homme à
la recherche de la sagesse ; sincère, modeste, peint sa propre nature
"Je suis moi-même la matière de mon livre" et s'appuie sur sa nature pour
converser avec le lecteur.
Les Essais sont publiés en 3 livres successifs en 1588, parution du dernier
MONTAIGNE - Essais - Livre I
C'EST icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entree, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privee : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein.
Je l'ay voüé à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntees.
Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dit vivre encore souz la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, Et tout nud.
Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon
livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si
frivole et si vain. A Dieu donq.
De Montaigne, ce 12 de juin 1580.
Etude:
Dans ce texte il est préférable de
réaliser un découpage par paragraphe voir même par lignes.
Montaigne dès la première ligne de son introduction précise de façon
étonnante que son œuvre est "de bonne foi", il ne ment pas. D'ailleurs il
n'écrit pas pour un simple lecteur ni pour une quelconque renommée mais pour
sa famille. Pour que ces parents tirent avantage, il va bientôt mourir. Il y
a une certaine agression envers le lecteur, il n'a aucune considération pour
lui. Il précise bien les rapports qu'il veut entretenir avec lui, et aussi
avec ses proches.
¤ Dans le premier §, l. 1 à 3 : s'adresse au lecteur
¤ Dans le deuxième §, l. 4 à 7 : précise qu'il lui destine cet ouvrage
¤ Dans le troisième §, l. 8 à 12 : peinture de lui même et limite à
cette sincérité
¤ Dans le quatrième §, l. 13 à 15 : congédie le lecteur
PREMIER PARAGRAPHE
Le lecteur est directement interpellé et tutoyé.
Il est interpellé de façon impérative "t'avertit", "lecteur". Il est
interpellé et mis à l'écart. Montaigne n'a pas écrit pour lui.
Le projet de Montaigne paraît être défini négativement "ne … que", "nulle …
ni". Le but est strict, ce livre est placé sous le signe de la vérité et de
la sincérité et Montaigne le précise en toutes lettres. Ne souhaitons pas
accroître sa renommée ou sa situation il explique ironiquement qu'il ne
demande aucun commentaire aux lecteurs curieux.
DEUXIÈME PARAGRAPHE
Montaigne veut donc limiter ses lecteurs à ses
proches "domestique et privée" se précise par " parents et amis". Il donne
une première justification à cette autobiographie; il veut lutter contre la
mort. L'antithèse entre "perdu" et "retrouvé" met en valeur sa
justification. En quelques sortes l'écriture permettrait de survivre
Il se justifie une seconde fois en expliquant qu'il ne veut pas que l'on ait
une fausse image de lui, l'autobiographie, selon lui, met en jeu une
communication entre les êtres, il peut ainsi mieux se faire connaître, mieux
faire savoir ce qu'il est vraiment. "entière et plus vive", il veut tout
faire connaître sur lui
TROISIÈME PARAGRAPHE
Montaigne définit son projet comme un système
d'opposition entre ce qu'il a fait et ce qu'il n'a pas fait. Il le met en
valeur par une opposition entre les formes temporelles (subj. Imparfait et
conditionnel pour ce qu'il n'a pas voulu faire et présent et conditionnel
pour ce qu'il a fait).
"marche étudiée", "mieux paré", "artifice" sont les adjectifs employés pour
montrer qu'il ne se présente pas de cette façon, mais de celle ci : "façon
simple, naturelle et ordinaire", "sans contention et artifice", 'tout entier
et tout nu".
Il veut se présenter le plus vrai, le plus simple possible. Il oppose son
moi que l'on présente aux autres (moi social) et son moi profond (celui
qu'il présente).
Cette communication brise le superficiel. Aux lignes 10, 11 et 12 il donne
des limites à l'écriture autobiographique, si Montaigne avait vécu ailleurs
(il veut dire dans un pays de censure moins sévère), il aurait écrit sur lui
encore plus de choses car il est occidental et doit respecter certaines
règles de la bienséance;
QUATRIÈME PARAGRAPHE
Montaigne pose la forme la plus logique de le
conclusion "adieu donc". Il congédie le lecteur.
Il récapitule le projet dans une formule "je suis moi même la matière de mon
livre".
Il se pose le problème auquel il est confronté, et c'est lui le premier
écrivain à y être confronté. Comment un sujet particulier peut-il intéresser
un public ? il est conscient du paradoxe de l'autobiographie.
CONCLUSION
A travers cet avertissement
Montaigne se pose tous les problèmes de l'autobiographie.
Les problèmes d'écriture (pas assez sincère ou trop personnel) et les
problèmes de public visé (sera t'il intéressé par la vie privée d'un
individu ?)
Leonardo da Vinci (Vinci, près de
Florence 1452-Château de Cloux, près d'Amboise 1519)
Artiste et inventeur italien.
L'Humanisme eut une prodigieuse postérité, une foisonnante fortune. Une forme d'humanisme imprégna largement l'esprit des Lumières au XVIIIe siècle. Le XIXe siècle positiviste expliquait par l'entremise d'A. Comte qu'il s'agissait de substituer une "religion de l'homme" à la religion de Dieu. Et au cours de notre siècle si prompt à malmener la notion humaniste d'être humain, on peut évoquer l'humanisme marxiste, l'humanisme existentialiste, l'humanisme de l'"Autre" d'Emmanuel Levinas, l'humanisme de Camus ou de Malraux...
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Le baroque
.
Gian Lorenzo Bernini, Extase de sainte Thérèse
Le mot baroque dont l'étymologie portugaise signifie « bizarre » (barrocco désignant des perles aux formes irrégulières) est compris aujourd'hui comme qualifiant l'art de la période qui commence en Italie lors de la Contre-Réforme (milieu du XVIe siècle).
Mouvement culturel et artistique qui apparaît à la fin du XVIe siècle, notamment dans l'art (architecture, peinture) et dans les littératures de tous les pays d'Europe occidentale puis à travers l'Espagne, en Amérique du Sud. Il s'épanouit au XVIIe siècle et se prolonge au XVIIIe siècle avec le style rococo.
Le qualificatif s'applique à toutes les formes d'art, et principalement l'architecture, mais aussi à la peinture, la sculpture, la littérature et la musique. Le style baroque laisse libre cours à la sensibilité et exprime souvent l'angoisse — Jean de Sponde —, l'exubérance, etc., par des jeux de style exagérés et parfois parodiques. Jorge Luis Borgès définit le baroque pour un artiste comme un abus de son propre style. Au sens premier, le baroque est donc l'antithèse de la sobriété, de la retenue. Il est emphatique, déclamatoire, grandiloquent. Mais dans beaucoup de cas le mot tend plus à situer la période que les caractéristiques de l'œuvre considérée. C'est ainsi que les anglo-saxons considèrent souvent comme écrivains « baroques » les auteurs dramatiques Pierre Corneille et Jean Racine que les francophones considèrent quant à eux — et avec raison — comme les héros du classicisme.
Pierre Mignard
(1612-1695)
Le baroque a été critiqué par les protestants, en particulier les Puritains. Certains ont vu dans cet art une dégénérescence de l’art de la Renaissance. Les positivistes du XIXe siècle on condamné sa fantaisie et son apparent désordre. Les artistes des XVIIe et XVIIIe siècle n’ont pas utilisé le terme baroque pour qualifier leurs œuvres. Certaines réalisations sont ambiguës et difficiles à classer : le château de Versailles a une architecture classique, mais l’exubérance de la décoration intérieure évoque plutôt la fantaisie baroque. Il faut aussi replacer l’art baroque dans son contexte social et politique. Il se développe selon des modalités très différentes d’un pays à l’autre.
En France ce mouvement connaît sa période la plus brillante de 1580 à 1660 environ. Il inspire notamment une poésie très intéressante par ses thèmes et nourrit la préciosité. Il se mêle à l'art classique dans la décoration de Versailles.

En France, l'art baroque porte le nom de Classicisme.
En effet, il ne cède jamais complètement aux débordements baroques, et , s'il adopte les marques luxueuses du baroque, il le fait avec ... cartésianisme. Ici, l'influence et l'ingérence de l'Église dans le développement de l'art est moins forte que dans la plupart des pays; c'est le pouvoir politique, surtout de Louis XIV, qui trace les lignes de "l'acceptable" tant pour la religion que pour les artistes. La plupart d'entre eux travaillent pour le Roi et se dédient à encenser sa grandeur.

Il oppose en quelque sorte, et par réaction avec les tendances iconoclastes et de dépouillement artistique des religions réformées, une exubérance des formes propre à surprendre, à séduire le spectateur et à exalter la magnificence de Dieu et le faste de la « vraie religion ». Le style baroque s’applique donc le plus souvent aux édifices catholiques.
Eglise San Carlo alle Quattro Fontane, par Borromini, Rome
En effet, il ne cède jamais complètement aux débordements baroques, et , s'il adopte les marques luxueuses du baroque, il le fait avec ... cartésianisme. Ici, l'influence et l'ingérence de l'Église dans le développement de l'art est moins forte que dans la plupart des pays; c'est le pouvoir politique, surtout de Louis XIV, qui trace les lignes de "l'acceptable" tant pour la religion que pour les artistes. La plupart d'entre eux travaillent pour le Roi et se dédient à encenser sa grandeur.
Le mouvement baroque met l'accent sur la liberté contre les règles, sur le mouvement, l'instabilité des formes, le provisoire, l'outrance :
"J'écoute, à demi transporté
Le bruit des ailes du silence
Qui vole dans l'obscurité"
(Saint-Amant)
En littérature:
Une première vague baroque se constitue en deux temps : 1610 et 1630.
Dans un premier temps, en 1610, on assiste à l'épanouissement de quatre genres : la poésie, sous forme épique ou lyrique (Le Tasse, D'Aubigné, Malherbe, Régnier, Gongora ; le roman pastoral sous sa forme d'itinéraire sentimental compliqué (l'Astrée, d'Honoré D'Urfé), d'aventures hasardeuses picaresques (les aventures du Picaro Guzman d'Alfarache de Mateo Aleman ou celles de Don Quichotte, de Cervantès) ; le théâtre, avec l'incroyable floraison des auteurs élisabéthains (Marlowe, Chapman, Tourneur) et l'œuvre de Shakespeare ; enfin les écrits moraux ou spirituels (Charron, saint François de Sales)
Pierre Corneille (1606-1684)

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Le temps aux plus belles choses
se plait à faire un affront,
Et saura fâner vos roses
Comme Il a ridé mon front.
Stances à Marquise du Parc
La seconde période voit son apogée autour des années 1630 : on assistait une extension considérable du genre dramatique, particulièrement en Espagne (Calderon, Lope de Véga) mais aussi en France (Corneille, Rotrou), en Hollande (Vondel) et en Angleterre (John Ford). Le genre romanesque se distribue en "roman précieux" à la française dans le sillage de l'Astrée, ou en roman picaresque ou burlesque (Sorel, Scarron) ; l'essai philosophique, théologique, politique, scientifique connaît un essor lié au développement de la méthode et de la science (Descartes, Galilée, Francis Bacon, Hobbes, Grotius, Pascal) ; la poésie lyrique a pour représentants les "baroques" français (Théophile de Viau, Saint-Amant, Tristan L'Hermite) ou italiens (Marino).

Une deuxième vague baroque recouvre la première moitié du 18e siècle. Elle se manifeste plus particulièrement dans le domaine musical (voir musique baroque) et dans les arts plastiques (peinture, sculpture, ...). On lui donne quelquefois le nom de "rococo", encore que cette appellation s'appliquent surtout, en France, aux arts ornementaux.
On peut la définir, littérairement, par le retour de l'imaginaire et de l'affectivité, alors qu'à l'inverse se développe la raison (du Siècle des Lumières). Cet imaginaire se manifeste par l'emploi de la fiction, dans le conte (Perrault, Mme D'Olnoy) ou le voyage imaginaire ayant parfois un caractère symbolique (Swift, Voltaire).
Basilique rococo à Ottobeuren (Bavière)
L'affectivité s'exprime à travers le " roman de compassion ", dont le héros principal est une victime (Richardson, Abbé Prévost). Le théâtre de Marivaux illustre bien ce rococo littéraire français, dans lequel on retrouve un mélange de subtilité dans l'étude des sentiments et de fantaisie légère, venue du théâtre italien.
| Genre | 1610 | 1630 | 1700... |
| Poésie | Le Tasse, D'Aubigné, Malherbe, Régnier, Gongora | France :
Théophile de Viau, Saint-Amant, Tristan L'Hermite Italie : Marino |
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| Roman | l'Astrée, d'Honoré D'Urfé, Picaro Guzman d'Alfarache de Mateo Aleman, Don Quichotte, de Cervantès | "roman précieux"
à la française, roman picaresque ou burlesque (Sorel, Scarron) |
Fiction, conte : Perrault,
Mme D'Olnoy roman de compassion : Richardson, abbé Prévost |
| Théâtre | Marlowe, Chapman, Tourneur, Shakespeare | Espagne :
Calderon, Lope de Véga France : Corneille, Rotrou Hollande : Vondel Angleterre : John Ford |
Marivaux |
| Textes d'idées | Écrit moraux ou spirituels de Charron, de saint François de Sales | Essai : Descartes, Galilée, Francis Bacon, Hobbes, Grotius, Pascal | Voyage imaginaire : Swift, Voltaire |
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La
préciosité
Mouvement sociale et culturel de la première moitié du XVIIe siècle crée par les femmes nobles en réaction aux moeurs grossières de l'époque. S'inspirant de la morale courtoise des romans pastoraux du début du siècle, elles élaborent un code amoureux, imposent le raffinement des manière et du langage.
Ainsi s’instaure un véritable « jargon »
précieux. Les esprits recherchent les bons mots et des expressions peu communes.
Les richesses du vocabulaire sont source
d’inspiration. Ceci amène à périphraser et faire preuve d’une grande
ingéniosité.
Elles réunissent, dans leurs salons, théoriciens du langage et de la littérature, poètes et intellectuels qui auront une grande influence sur la formation de la langue et de la littérature classiques.
Madame de Sévigné est introduite aux alentours de 1635 dans le plus prestigieux des salons, l’hôtel de Rambouillet. Elle doit cela à son ami et professeur Gilles Ménage qui a développé en elle le goût des études et l’art de la langue. C’est dans ce salon qu’elle fait connaissance de ses plus grandes amies, notamment Madame de LaFayette.
Madame de Lafayette (1634-1693)
Portrait de Mme de Sévigné par Mme de Lafayette sous
le nom d' "Inconnu". Madame de Sévigné
(1626-1696)

Mlle de Scudéry (1607-1701)

La Carte de Tendre est née d'une liaison platonique entre Pellisson et Mlle de Scudéry. Les villages de ce pays imaginaire portent les noms de «billet doux», "billet galant", "jolis vers" échangés, images des hésitations, progrès et nuances sentimentales du couple, sans que jamais ne soit traversée la Mer Dangereuse ou ne soient atteintes les "Terres inconnues". Chaque amant doit, pour conquérir le coeur de sa belle, sans se noyer dans le "Lac d'Indifférence", parcourir les chemins de "Soumission", "Petits Soins" et d'autres villes plus exigeantes encore.
Mais les autres grands esprits de l’époque attaquent les précieux sans « pincettes ». Notamment Molière qui, dans sa pièce :
" Les précieuses ridicules " dénonce les extravagances de mauvais goût. En effet, les dames comme Mlle de Scudéry portent des costumes chargés, voulant se distinguer même par l’habit. Elles portent des coiffures en pointe, à la picarde ou à la paysanne ; elles brandissent d’un air badin de petites cannes et abusent de rubans... les hommes ne sont pas en reste. En effet, la perruque longue, les plumes extravagantes au chapeau sont à la « mode ». Pour couronner le tout, on abuse de parfums et de fards.

Cathos des "Précieuses Ridicules", exprime dans un style précieux qu'il est particulièrement inconvenant de se présenter démuni de riches accessoires : des plumes, des chapeaux flottants ou des pantalons bouffants.
En même temps, une excessive recherche dans le style rapproche ce mouvement du mouvement baroque. Dans le langage courant, l'adjectif a pris une nuance péjorative et désigne un comportement ou un langage affecté et maniéré : la préciosité
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Le
mouvement libertin
Gassendi ( 1592 - 1677 )«
Gassendi, prêtre et libertin »
Courant de pensée particulièrement actif dans la première moitié du XVIIe siècle en France, avec Gassendi et les poètes baroques.
Savimien Cyrano de BERGERAC ( 1619-1655 )
Les libertins
Ses adeptes sont sceptiques en religion, épris de liberté et notamment de la liberté des moeurs; certains vont jusqu'à l'athéisme. Ils font scandale et sont poursuivis par les autorités religieuses.
Quelques rares auteurs libertins du XVIIe
siècle, principalement des poètes, ont étendu leurs revendications libertaires
à la sexualité (amour libre ; homosexualité ; érotisme…) et ont même eu
recours, en véritable précurseurs du marquis de Sade, à l'obscénité et au
blasphème comme arme dans leurs luttes contre les oppressions religieuses,
sociales et politiques. On citera ainsi :
•
Théophile de Viau qui failli être envoyé au
bûcher pour son Parnasse satyrique du sieur Théophile
•
Claude Le Petit qui, lui, professa ouvertement un
athéisme radical et qui, ayant littéralement éreinté la religion et la
monarchie dans son Bordel des Muses, finit sur le bûcher en Place de
Grève
Ces deux derniers exemples montrent que, au XVIIe siècle, le mouvement libertin, s'il était toléré au sein de la (grande) aristocratie, en revanche, fut généralement soumis à une répression féroce de la part du pouvoir temporel en raison des multiples pressions exercées en ce sens par la hiérarchie catholique.
Molière ( 1622-1673 )
On
trouve l'écho de ces affrontements dans le" Dom Juan" de
Molière
: le mouvement libertin
( L'expression est restée dans le langage courant pour désigner un homme d'une grande liberté dans le domaine amoureux : un libertin )
Mais c'est bien au XVIIIe siècle,
et, plus précisément, à partir de la Régence, que le mouvement libertin prit
son véritable essor et connut un rayonnement nullement négligeable par la
publication d'un nombre croissant d'ouvrages, désormais écrits en prose.
Avec cette évolution du
genre littéraire, le mouvement libertin, à l'exception de quelques auteurs
marquants, comme le marquis de Sade, glisse de l'obscénité à l'allusion, du
défi à une dialectique subtile et de l'affirmation des exigences du corps à
celle des droits de l'esprit. En même temps, elle développe sa dimension
sociologique en procédant à la critique exhaustive des mœurs du siècle.
Ainsi, à Don Juan qui affirmait sa souveraineté
sociale, économique et sexuelle, succède, au plan des mœurs sexuelles, un
nouveau héros - le séducteur - qui, ne se contentant plus de
l'action pure, se pose comme conscience réflexive, veut se regarder agir et
accorde moins que jamais une quelconque place au sentiment dans le libre
exercice de ses passions.
Pour tous les auteurs libertins, la nature est
un champ de forces qui s'affrontent, un univers de proies et de
prédateurs, un monde sans morale car en dehors de toute moralité.
Mais un monde dont on peut découvrir les lois qui le régissent, par
l'observation, l'expérimentation…, afin de pouvoir, au fur et à mesure de
l'avancée des connaissances scientifiques et techniques, agir sur les causes
ou, du moins, les effets.
Ainsi, les libertins, au regard
désenchanté, pessimiste, tragique… qu'ils posent sur la saga humaine,
opposent un optimisme dont ils témoignent à l'égard de la nature.
Dans leur critique de la religion, les
libertins s'attachent tout autant à démontrer l'inexistence de dieu en se
fondant sur des arguments de Raison ainsi que sur les lois de la nature que
l'impossibilité de prouver l'existence de dieu en arguant d'un humanisme qui
remet l'humain à la mesure de toute chose mais une mesure qui, au regard de la
nature, n'est pas… une démesure.
L'athéisme des libertins, a aussi
été un projet révolutionnaire de transformation des humains - de
l'humain - et de destruction de l'ordre établi - temporel comme religieux .
Bien qu'avançant masqué derrière un érotisme exacerbé et l'apparence
d'un propos blasphématoire dénué de toute intention opératoire, le mouvement
libertin, d'une simple philosophie de l'homme – même si c'était déjà beaucoup
! – s'est érigé en un projet politique.
C'est pourquoi, nombre de libertins rallieront avec enthousiasme et ferveur les rangs de la Révolution de 1789 en revendiquant d'emblée l'abolition de la monarchie et de la religion et que plusieurs d'entre eux payeront fort cher le prix de cet engagement. Mais c'est pourquoi aussi la plupart seront déçus - désenchantés – de ce qui, à leurs yeux, sera une véritable trahison de l'idéal et du projet révolutionnaires quand la Révolution renoncera à l'abolition de l'Ordre – de tous les ordres – pour substituer son propre ordre – avec son cortège de terreur liberticide – et instaurer la religion de l'Homme en place de celle de Dieu.
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Le classicisme
Idéal culturel et artistique qui se forme en France pendant la première moitié du XVIIe siècle. Il se caractérise par l'imitation des Anciens, le goût de l'ordre et donc le respect des règles, l'importance accordée à la nature humaine, à l'exercice de la raison.
Il propose un idéal de mesure et de maîtrise de soi incarné par " l'honnête homme ", adapté à la vie en société.
LOUIS XIV
(1638-1715)
Il atteint son sommet pendant la courte période qui va de 1660 à 1680 environ où il produira avec Molière et Racine notamment, quelques-unes des plus belles oeuvres de la littérature française et, dans le domaine de l'art, le château de Versailles.
Contrairement aux autres courants qui le précèdent, le Classicisme touche principalement la France. Le but premier de ce mouvement littéraire est de concevoir une harmonie dans les textes, les écrits. À cette époque, les écrivains doivent se plier à des règles strictes car il ne faut pas oublier que le Classicisme atteint son apogée avec le règne de Louis XIV , le "Roi-soleil". Pourquoi? Tout simplement parce qu'après les excès du Baroque, il fallait remettre un peu d'ordre et que le désir du roi de laisser sa trace dans l'histoire était très élevé. Cette littérature sert également à représenter la gloire du Roi et à montrer la beauté du peuple français. On y retrouve l'idéal de l'honnête homme qui se doit d'agir comme s'il était à la cour du Roi (cultivé, humble, courtois). Elle se doit, de plus, d'être réaliste sans toutefois manquer de respecter les règles de la bienséance, ce qui modère grandement l'aspect de réalisme mais qui conserve la noblesse.

C'est une période où
on retrouve un climat religieux, moralisateur
comme avec les Fables de La Fontaine. On y retrouve aussi un retour aux
textes antiques et l'ajout de trois règles fondamentales dans les grands drames
théâtraux : unité de lieu (un seul lieu), d'action ( fil conducteur) et de temps
(généralement une seule journée). On peut observer ces caractéristiques dans
Andromaque de Jean Racine.
Plus largement, le terme classicisme désigne un idéal d'ordre et de mesure qui s'oppose au baroque et au romantisme .
Voici quatre exemples pour illustrer le classicisme:
Nicolas Boileau (1636-1711)
La querelle des Anciens et des Modernes mit en valeur les divisions des théoriciens classiques à propos de l'Antiquité : s'ils s'inspirent des préceptes d'Aristote, ils n'ont pas pour elle un culte immodéré. Ils n'en retiennent que ce qui fuit l'artifice et l'excessive ingéniosité et visent par là cette intemporalité qui ne peut s'acquérir que par le bon sens. C'est ainsi sur ce dernier que Descartes fonda son Discours de la méthode et, avant Boileau, la génération des doctes (Vaugelas, Chapelain) définit la correction du langage par cet usage clair et raisonné qui l'assimile à une véritable politesse.
Art poétique, I (1674)
Dans ce célèbre traité qui reprend les éléments de doctrine élaborés par les doctes, Boileau s'emploie d'abord à condamner le "faste pédantesque" de la poésie du XVIe siècle et salue en Malherbe l'initiateur de l'ordre et de la mesure en poésie.
Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence,
D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la muse aux règles du devoir.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.
Les stances avec grâce apprirent à tomber,
Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Tout reconnut ses lois; et ce guide fidèle
Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle.
Marchez donc sur ses pas; aimez sa pureté,
Et de son tour heureux imitez la clarté.
Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,
Mon esprit aussitôt commence à se détendre,
Et, de vos vains discours prompt à se détacher,
Ne suit point un auteur qu'il faut toujours chercher.
Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre, ou le tour vicieux;
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse;
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit, que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui sur la molle arène
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent.
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu;
Que le début, la fin répondent au milieu;
Que d'un art délicat les pièces assorties
N'y forment qu'un seul tout de diverses parties :
Que jamais du sujet le discours s'écartant
N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant.
Craignez-vous pour vos vers la censure publique ?
Soyez-vous à vous-même un sévère critique.
Molière (1622-1673)
De tous les classiques, Molière est celui qui eut le plus de mal à brider son inspiration dans ces règles théâtrales qui, sous le patronage d'Aristote, visaient à resserrer au maximum l'action, l'espace et le temps autour de l'exploration d'une crise. Formé par le public spontané de la comédie, dont le rire reste le meilleur garant d'efficacité, il eut à cœur de subordonner les règles au plaisir, fidèle en cela au précepte d'Horace : « il obtient tous les suffrages celui qui unit l'utile à l'agréable, et plaît et instruit en même temps.» (Art poétique, III, 342-343).
Critique de L'École des femmes (1663)
La représentation de L'École des femmes en 1662 eut un vif succès mais suscita une querelle qui déchaîna les doctes et les prudes contre le prétendu "amoralisme" de la pièce et une certaine "outrance" que l'on vit dans les caractères mis en scène. Molière répliqua l'année suivante par cette comédie où Dorante et Uranie sont opposés au pédant Lysidas.
URANIE : Mais, de grâce, Monsieur Lysidas, faites-nous voir ces défauts, dont je ne me suis point aperçue.
LYSIDAS : Ceux qui possèdent Aristote et Horace voient d'abord, Madame, que cette comédie pèche contre toutes les règles de l'art.
URANIE : Je vous avoue que je n'ai aucune habitude avec ces messieurs-là, et que je ne sais point les règles de l'art.
DORANTE : Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles, dont vous embarrassez les ignorants et nous étourdissez tous les jours. Il semble, à vous ouïr parler, que ces règles de l'art soient les plus grands mystères du monde; et cependant ce ne sont que quelques observations aisées, que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que l'on prend à ces sortes de poèmes; et le même bon sens qui a fait autrefois ces observations les fait aisément tous les jours, sans le secours d'Horace et d'Aristote. Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin. Veut-on que tout un public s'abuse sur ces sortes de choses, et que chacun ne soit pas juge du plaisir qu'il y prend ?
URANIE : J'ai remarqué une chose de ces messieurs-là : c'est que ceux qui parlent le plus des règles, et qui les savent mieux que les autres, font des comédies que personne ne trouve belles.
DORANTE : Et c'est ce qui marque, Madame, comme on doit s'arrêter peu à leurs disputes embarrassantes. Car enfin, si les pièces qui sont selon les règles ne plaisent pas et que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudrait de nécessité que les règles eussent été mal faites. Moquons-nous donc de cette chicane où ils veulent assujettir le goût du public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur nous. Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir.
URANIE : Pour moi, quand je vois une comédie, je regarde seulement si les choses me touchent; et, lorsque je m'y suis bien divertie, je ne vais point demander si j'ai eu tort, et si les règles d'Aristote me défendaient de rire.
DORANTE : C'est justement comme un homme qui aurait trouvé une sauce excellente, et qui voudrait examiner si elle est bonne sur les préceptes du Cuisinier français.
URANIE : Il est vrai; et j'admire les raffinements de certaines gens sur des choses que nous devons sentir nous-mêmes.
Jean
de la Bruyère (1645-1696)
Toute la morale du Grand Siècle est fondée sur une morale de la vie sociale qui prône un arrangement bienséant entre la liberté du jugement personnel et les lois de la sociabilité. L'honnête homme se gardera donc de choquer par son comportement agressif ou même sa mauvaise humeur (pensons à l'Alceste de Molière). Par la maîtrise de soi, l'éclat de sa conversation et la finesse de sa culture, il saura sans hypocrisie s'adapter à la société mondaine, puisque son sens de la mesure lui fera connaître et accepter les faiblesses humaines. A ce titre, l'idéal de l'honnête homme n'est pas vraiment séparable des codes héroïques à l'œuvre dans la tragédie.
Les Caractères (1688)
Voici deux fragments des portraits qui émaillent les Caractères. La Bruyère entend stigmatiser des travers inconciliables avec l'honnêteté.
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Si Onuphre entre dans une église, il observe d'abord de qui il peut être vu; et selon la découverte qu'il vient de faire, il se met à genoux et prie, ou il ne songe ni à se mettre à genoux ni à prier. Arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autorité qui le verra et qui peut l'entendre, non seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs; si l'homme de bien se retire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne souffle pas. Il entre une autre fois dans un lieu saint, perce la foule, choisit un endroit pour se recueillir, et où tout le monde voit qu'il s'humilie : s'il entend des courtisans qui parlent, qui rient, et qui sont à la chapelle avec moins de silence que dans l'antichambre, il fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire ; il reprend sa méditation, qui est toujours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec lui-même, et où il trouve son compte. Il évite une église déserte et solitaire, où il pourrait entendre deux messes de suite, le sermon, vêpres et complies, tout cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui en sût gré : il aime la paroisse, il fréquente les temples où se fait un grand concours ; on n'y manque point son coup, on y est vu.
J'entends Théodecte de l'antichambre; il grossit sa voix à mesure qu'il s'approche; le voilà entré : il rit, il crie, il éclate, on bouche ses oreilles, c'est un tonnerre. Il n'est pas moins redoutable par les choses qu'il dit que par le ton dont il parle. Il ne s'apaise, et il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanités et des sottises. Il a si peu d'égard au temps, aux personnes, aux bienséances, que chacun a son fait sans qu'il ait eu l'intention de le lui donner; il n'est pas encore assis qu'il a, à son insu, désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi, il se met le premier à table et dans la première place; les femmes sont à sa droite et à sa gauche. Il mange, il boit, il conte, il plaisante, il interrompt tout à la fois. Il n'a nul discernement des personnes, ni du maître, ni des conviés; il abuse de la folle déférence qu'on a pour lui. Est-ce lui, est-ce Euthydème qui donne le repas ? Il rappelle à soi toute l'autorité de la table; et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu'à la lui disputer. Le vin et les viandes n'ajoutent rien à son caractère; Si on joue, il gagne au jeu; il veut railler celui qui perd, et il l'offense; les rieurs sont pour lui : il n'y a sorte de fatuités qu'on ne lui passe. Que dites-vous ? Comment ? Je n'y suis pas; vous plairait-il de recommencer? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid : que ne disiez-vous : " Il fait froid" ? Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige; dites : "Il pleut, il neige". Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m'en féliciter; dites : "Je vous trouve bon visage." - Mais répondez-vous cela est bien uni et bien clair; et d'ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant ?" Qu'importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus; vous ne vous en défiez point, et je vais vous jeter dans l'étonnement : une chose vous manque, c'est l'esprit. Ce n'est pas tout : il y a en vous une chose de trop, qui est l'opinion d'en avoir plus que les autres; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre; je vous tire par votre habit et vous dis à l'oreille : "Ne songez point à avoir de l'esprit, n'en ayez point, c'est votre rôle; ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l'ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit : peut-être alors croira-t-on que vous en avez." |
Madame
de Lafayette (1634-1693)
Souvent partagé entre la passion et le devoir, le héros classique choisit toujours de rester maître de lui-même. Dans son Traité des passions de l'âme, Descartes définit cette morale hautaine de l'individu qui manifeste une « libre disposition » à « ne manquer jamais de volonté pour entreprendre toutes les choses et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures; ce qui est suivre parfaitement la vertu.»

Mme de Clèves a avoué à son mari l'inclination qui la porte vers le duc de Nemours. Torturé par la jalousie, et abusé par de fausses rumeurs, le prince de Clèves en meurt. Libre désormais, la princesse décide néanmoins de se retirer du monde, non sans avoir avoué sa passion à Nemours.
| - Je veux
vous parler encore avec la même sincérité que j'ai déjà commencé,
reprit-elle, et je vais passer par-dessus toute la retenue et toutes les
délicatesses que je devrais avoir dans une première conversation, mais je
vous conjure de m'écouter sans m'interrompre. Je crois devoir à votre attachement la faible récompense de ne vous cacher aucun de mes sentiments, et de vous les laisser voir tels qu'ils sont. Ce sera apparemment la seule fois de ma vie que je me donnerai la liberté de vous les faire paraître; néanmoins je ne saurais vous avouer, sans honte, que la certitude de n'être plus aimée de vous, comme je le suis, me paraît un si horrible malheur, que, quand je n'aurais point des raisons de devoir insurmontables, je doute si je pourrais me résoudre à m'exposer à ce malheur. Je sais que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont d'une sorte que le public n'aurait peut-être pas sujet de vous blâmer, ni moi non plus, quand nous nous engagerions ensemble pour jamais. Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels ? Dois-je espérer un miracle en ma faveur et puis-je me mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma félicité ? Monsieur de Clèves était peut-être l'unique homme du monde capable de conserver de l'amour dans le mariage. Ma destinée n'a pas voulu que j'aie pu profiter de ce bonheur; peut-être aussi que sa passion n'avait subsisté que parce qu'il n'en aurait pas trouvé en moi. Mais je n'aurais pas le même moyen de conserver la vôtre : je crois même que les obstacles ont fait votre constance. Vous en avez assez trouvé pour vous animer à vaincre; et mes actions involontaires, ou les choses que le hasard vous a apprises, vous ont donné assez d'espérance pour ne vous pas rebuter. - Ah ! Madame, reprit monsieur de Nemours, je ne saurais garder le silence que vous m'imposez : vous me faites trop d'injustice, et vous me faites trop voir combien vous êtes éloignée d'être prévenue en ma faveur. - J'avoue, répondit-elle, que les passions peuvent me conduire; mais elles ne sauraient m'aveugler. Rien ne me peut empêcher de connaître que vous êtes né avec toutes les dispositions pour la galanterie, et toutes les qualités qui sont propres à y donner des succès heureux. Vous avez déjà eu plusieurs passions, vous en auriez encore; je ne ferais plus votre bonheur; je vous verrais pour une autre comme vous auriez été pour moi. J'en aurais une douleur mortelle, et je ne serais pas même assurée de n'avoir point le malheur de la jalousie. Je vous en ai trop dit pour vous cacher que vous me l'avez fait connaître, et que je souffris de si cruelles peines le soir que la reine me donna cette lettre de madame de Thémines, que l'on disait qui s'adressait à vous, qu'il m'en est demeuré une idée qui me fait croire que c'est le plus grand de tous les maux. Par vanité ou par goût, toutes les femmes souhaitent de vous attacher. Il y en a peu à qui vous ne plaisiez; mon expérience me ferait croire qu'il n'y en a point à qui vous ne puissiez plaire. Je vous croirais toujours amoureux et aimé, et je ne me tromperais pas souvent. Dans cet état néanmoins, je n'aurais d'autre parti à prendre que celui de la souffrance; je ne sais même si j'oserais me plaindre. On fait des reproches à un amant; mais en fait-on à un mari, quand on n'a à lui reprocher que de n'avoir plus d'amour ? Quand je pourrais m'accoutumer à cette sorte de malheur, pourrais-je m'accoutumer à celui de croire voir toujours monsieur de Clèves vous accuser de sa mort, me reprocher de vous avoir aimé, de vous avoir épousé et me faire sentir la différence de son attachement au vôtre ? Il est impossible, continua-t-elle, de passer par-dessus des raisons si fortes : il faut que je demeure dans l'état où je suis, et dans les résolutions que j'ai prises de n'en sortir jamais. - Hé ! croyez-vous le pouvoir, Madame ? s'écria monsieur de Nemours. Pensez-vous que vos résolutions tiennent contre un homme qui vous adore, et qui est assez heureux pour vous plaire ? Il est plus difficile que vous ne pensez, Madame, de résister à ce qui nous plaît et à ce qui nous aime. Vous l'avez fait par une vertu austère, qui n'a presque point d'exemple; mais cette vertu ne s'oppose plus à vos sentiments, et j'espère que vous les suivrez malgré vous. - Je sais bien qu'il n'y a rien de plus difficile que ce que j'entreprends, répliqua madame de Clèves; je me défie de mes forces au milieu de mes raisons. Ce que je crois devoir à la mémoire de monsieur de Clèves serait faible, s'il n'était soutenu par l'intérêt de mon repos; et les raisons de mon repos ont besoin d'être soutenues de celles de mon devoir. Mais quoique je me défie de moi-même, je crois que je ne vaincrai jamais mes scrupules, et je n'espère pas aussi de surmonter l'inclination que j'ai pour vous. Elle me rendra malheureuse, et je me priverai de votre vue, quelque violence qu'il m'en coûte. Je vous conjure, par tout le pouvoir que j'ai sur vous, de ne chercher aucune occasion de me voir. Je suis dans un état qui me fait des crimes de tout ce qui pourrait être permis dans un autre temps, et la seule bienséance interdit tout commerce entre nous. |
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L'esprit philosophique
"Le
siècle des Lumières"

Jean Huber, Un dîner de philosophes, 1772 ou 1773, Voltaire Foundation, Oxford.
Cet esprit apparaît dès la fin du XVIIe siècle ; il met en cause les dogmes chrétiens et les croyances religieuses. Il anime la réflexion et les luttes des écrivains d'une grande partie du XVIIIe siècle et prépare la Révolution française.

SPINOZA Barush (1632-1677)
L'Éthique du philosophe hollandais Spinoza circula sous forme de manuscrit de son vivant, et ne fut imprimé qu'à sa mort. Cette prudence s'explique par la levée des bouclier qu'avait provoquée, en 1670, le traité théologico-politique dans lequel Spinoza, à partir de l'étude de l'Ancien Testament, justifiait la liberté de pensée et la nécessaire séparation de la théologie (fondée sur la révélation) d'avec la philosophie (fondée sur la raison).L'effort de Spinoza pour dégager le raisonnement philosophique de la religion, l'exigence de construction géométrique, dégagée de tous critères moraux, de cette oeuvre, marquera profondément le XVIIIè siècle.
La superstition
"Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté, ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre et condamnés, par leur désir sans mesure de biens incertains, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont l'âme encline à la plus extrême crédulité. (...) En effet, si, pendant qu'ils sont dans un état de crainte, il se produit un incident qui leur rappelle un bien ou un mal passés, ils pensent que c'est l'annonce d'une issue heureuse ou malheureuse et pour cette raison, bien que cent fois trompés, l'appellent un présage favorable ou funeste. (...) De la sorte, ils forgent d'innombrables fictions et, quand ils interprètent la Nature, y découvrent partout le miracle, comme si elle délirait avec eux."
Baruch Spinoza. Traité théologico-politique Préface.
Citations:
Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres et cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes qui les déterminent.
(Mens nostra quatenus res vere percipit, pars est infiniti Dei
intellectus.)
Éthique II, scolie de la prop. 43.
Toute idée qui en nous est absolue, autrement dit adéquate et parfaite, est vraie.
(Omnis idea, quae in nobis est absoluta, sive
adaequata et perfecta, vera est).
Éthique II, prop. 34.
"Tout ce qui est contraire à la Nature est
en effet contraire à la Raison ; et ce qui est contraire à la Raison est
absurde et doit en conséquence être rejeté."
(Baruch Spinoza / 1632-1677 / Traité
théologico-politique)
Le siècle des Lumières
correspond au XVIIIe siècle en Europe. La philosophie des Lumières désigne le mouvement intellectuel qui s'est développé à cette période autour d'idées pré démocratiques, telles que l'établissement d'une éthique, d'une esthétique et d'un savoir fondé sur la « raison éclairée » de l'homme. Les inspirateurs de ce mouvement se voyaient comme une élite courageuse d'intellectuels œuvrant pour un progrès du monde, transcendant les siècles d'irrationalité, de superstition et de tyrannie passés. L'ensemble de ce mouvement doit être rapproché des révolutions américaine et française, de la montée du capitalisme et de la naissance du socialisme. Artistiquement, il correspond au mouvement musical baroque et à la période néo-classique.On parle aussi des Lumières pour désigner les intellectuels, écrivains, philosophes emblématiques de ce mouvement de pensée.

Pierre Bayle Philosophe et essayiste français (1647-1706).
Gravure ancienne reproduite dans l'Histoire de la littérature française d'Émile Faguet, Plon-Nourrit, 1916, 20e édition
"Croire
que la religion dans laquelle on a été élevé est fort bonne et pratiquer tous
les vices qu'elle défend sont des choses extrêmement compatibles, aussi bien
dans le grand monde que par le peuple."
(Pierre Bayle / 1647-1706 / Pensées sur la comète, 1682)
"Il n'est pas plus étrange qu'un athée
vive vertueusement qu'il n'est étrange qu'un chrétien se porte à toutes sortes
de crimes."
(Pierre Bayle / 1647-1706 / Pensées sur la comète, 1682)
"Plus on étudie l’homme, plus on connaît
que l’orgueil est sa passion dominante, et qu’il affecte la grandeur jusque
dans la plus triste misère. Chétive et caduque créature qu’il est, il a bien
pu se persuader qu’il ne saurait mourir, sans troubler toute la nature, et
sans obliger le Ciel à se mettre à nouveau en frais, pour éclairer la pompe de
ses funérailles. Sotte et ridicule vanité !"
(Pierre Bayle / 1647-1706 / Pensées diverses sur la Comète, 1682)
"L’idée générale veut qu’un homme qui
croit en Dieu, un Paradis et un Enfer, fasse tout ce qu’il connaît être
agréable à Dieu, et ne fasse rien de ce qu’il sait lui être désagréable. Mais
la vie de cet homme nous montre qu’il fait tout le contraire."
(Pierre Bayle / 1647-1706 / Pensées diverses sur la Comète, 1682)
Protestant français exilé en Hollande, Pierre Bayle est considéré comme le "père des Lumières". Ses continuelles polémiques contre le catholicisme, mais aussi contre certains théologiens protestants qui l'accusent d'athéisme, lui ont valu beaucoup d'ennemis et bien des déboires personnels ; néanmoins, ses oeuvres seront diffusées partout et auront une influence considérable.
En 1682, il publie anonymement à Rotterdam la première édition de son livre sur les comètes, Lettre à M.L.A.D.C., docteur de Sorbonne, où il est prouvé par plusieurs raisons tirées de la philosophie et de la théologie que les comètes ne sont point le présage d'aucun malheur. L'année suivante paraît la seconde édition augmentée avec le titre définitif : Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l'occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680.
A partir de 1684, il entreprend la rédaction mensuelle des Nouvelles de la République des Lettres, revue faite de comptes rendus de livres de théologie, philosophie, histoire, érudition, etc., qui lui vaut une grande notoriété à travers toute l'Europe. En 1687, il abandonne la publication des Nouvelles de la République des Lettres pour se consacrer pleinement au monumental Dictionnaire historique et critique publié à Rotterdam en 1697 puis en 1702 dans une édition augmentée ; ce dictionnaire devint l'arme érudite des déistes et des athées et aura sur les "Lumières" une influence multiforme.

Pierre Bayle, Dictionnaire historique et
critique,
Rotterdam, 1697
Paris, BnF.
Il doit sa renommée à son Dictionnaire historique et critique, ambitieux de projet de redressement de ce qu'il considérait des erreurs et faussetés propagées par les hommes de lettres et les scientifiques.
Bayle cherche, en mettant en relief les faiblesses des systèmes philosophiques, puis en les opposant les uns aux autres, à démonter les mécanismes de l'intolérance. Son dictionnaire, souhaite-t-il, devra inciter les hommes à plus de tolérance. Polémiste, esprit irreligieux, empiriste borné, le style de l'écrivain annonce Voltaire; son Dictionnaire, ouvrage d'une influence considérable au XVIIIe siècle, annonce les Lumières et L'Encyclopédie de Diderot.
L'esprit philosophique se caractérise par l'effort pour améliorer la condition de l'homme, qu'il s'agisse du régime politique, de la défense des droits fondamentaux ou de la mise en valeur de la terre, et par la foi dans les progrès des sciences et des techniques pour obtenir cette amélioration, qui est à l'origine de la grande entreprise de l'Encyclopédie .
L'Encyclopédie : Née en 1748 du projet de Diderot de traduire la Cyclopædia de l'anglais Ephraïm Chambers (1728) pour l'éditeur Le Breton, l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers a l'ambition de faire l'inventaire des acquisitions de l'esprit humain et de favoriser la diffusion de la philosophie des Lumières.
Denis
Diderot (1713-1784)
Article "Encyclopédie" (Encyclopédie, 1751)
| Encyclopédie. Ce mot signifie
enchaînement de connaissances; il est composé de la préposition
grecque en, et des substantifs kuklos, cercle, et paideia,
connaissance. En effet, le but d'une Encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la terre; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous, afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain. [...] C'est à l'exécution de ce projet étendu, non seulement aux différents objets de nos académies, mais à toutes les branches de la connaissance humaine, qu'une Encyclopédie doit suppléer; ouvrage qui ne s'exécutera que par une société de gens de lettres et d'artistes, épars, occupés chacun de sa partie, et liés seulement par l'intérêt général du genre humain, et par un sentiment de bienveillance réciproque. [...] J'ai dit qu'il n'appartenait qu'à un siècle philosophe de tenter une Encyclopédie; et je l'ai dit, parce que cet ouvrage demande partout plus de hardiesse dans l'esprit, qu'on n'en a communément dans les siècles pusillanimes du goût. Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans ménagement; oser voir [...] que ceux qui sont venus après les premiers inventeurs n'ont été, pour la plupart, que leurs esclaves; que les productions qu'on devait regarder comme le premier degré, prises aveuglément pour le dernier terme, au lieu d'avancer un art à sa perfection, n'ont servi qu'à le retarder, en réduisant les autres hommes à la condition servile d'imitateurs. [...] Il faut fouler aux pieds toutes ces vieilles puérilités; renverser les barrières que la raison n'aura point posées; rendre aux sciences et aux arts une liberté qui leur est si précieuse. [...] Je sais que ce sentiment n'est pas celui de tout le monde; il y a des têtes étroites, des âmes mal nées, indifférentes sur le sort du genre humain, et tellement concentrées dans leur petite société qu'elles ne voient rien au-delà de son intérêt. [...] A quoi bon divulguer les connaissances de la nation, ses transactions secrètes, ses inventions, son industrie, ses ressources, ses mystères, sa lumière, ses arts et toute sa sagesse ! Ne sont-ce pas là les choses auxquelles elle doit une partie de sa supériorité sur les nations rivales et circonvoisines ? Voilà ce qu'ils disent; et voici ce qu'ils pourraient encore ajouter. Ne serait-il pas à souhaiter qu'au lieu d'éclairer l'étranger, nous pussions répandre sur lui des ténèbres, et plonger dans la barbarie le reste de la terre, afin de le dominer plus sûrement ? Ils ne font pas attention qu'ils n'occupent qu'un point sur ce globe, et qu'ils n'y dureront qu'un moment; que c'est à ce point et à cet instant qu'ils sacrifient le bonheur des siècles à venir et de l'espèce entière. |
Claude-Adrien Helvétius
(1715-1771)

Fermier général, Helvétius consacra toute sa fortune au soutien de la philosophie des Lumières. Collaborateur de l'Encyclopédie, il y apporta son matérialisme, qui fait de l'homme le produit de l'éducation, et son ardent désir d'une refonte de la législation. Son ouvrage essentiel, De l'esprit, fut condamné à être brûlé, et Helvétius dut se rétracter publiquement.
De l'esprit (1758)
|
La
vérité est ordinairement trop mal accueillie des princes et des grands,
pour séjourner longtemps dans les cours. Comment habiterait-elle un pays
où la plupart de ceux qu'on appelle les honnêtes gens, habitués à la
bassesse et à la flatterie, donnent et doivent réellement donner à ces
vices le nom d'usage du monde ? L'on aperçoit difficilement le crime où se
trouve l'utilité. Qui doute cependant que certaines flatteries ne soient
plus dangereuses et par conséquent plus criminelles aux yeux d'un prince
ami de la gloire, que des libelles faits contre lui ? Non que je prenne
ici le parti des libelles : mais enfin une flatterie peut, à son insu
détourner un bon prince du chemin de la vertu, lorsqu'un libelle peut
quelquefois y ramener un tyran. Ce n'est souvent que par la bouche de la
licence que les plaintes des opprimés peuvent s'élever jusqu'au trône.
Mais l'intérêt cachera toujours de pareilles vérités aux sociétés
particulières de la cour. Ce n'est, peut-être, qu'en vivant loin de ces
sociétés qu'on peut se défendre des illusions qui les séduisent. Il est du
moins certain que, dans ces mêmes sociétés, on ne peut conserver une vertu
toujours forte et pure, sans avoir habituellement présent à l'esprit le
principe de l'utilité publique, sans avoir une connaissance profonde des
véritables intérêts de ce public, par conséquent de la morale et de la
politique. La parfaite probité n' est jamais le partage de la stupidité;
une probité sans lumières n'est, tout au plus, qu'une probité d'intention,
pour laquelle le public n'a et ne doit effectivement avoir aucun égard, 1
parce qu'il n'est point juge des intentions; 2 parce qu'il ne prend, dans
ses jugements, conseil que de son intérêt. S'il soustrait à la mort celui
qui par malheur tue son ami à la chasse, ce n' est pas seulement à
l'innocence de ses intentions qu'il fait grâce, puisque la loi condamne au
supplice la sentinelle qui s'est involontairement laissé surprendre au
sommeil. Le public ne pardonne, dans le premier cas, que pour ne point
ajouter à la perte d'un citoyen celle d'un autre citoyen; il ne punit,
dans le second, que pour prévenir les surprises et les malheurs auxquels
l'exposerait une pareille invigilance. Il faut donc, pour être honnête,
joindre à la noblesse de l'âme les lumières de l'esprit. Quiconque
rassemble en soi ces différents dons de la nature, se conduit toujours sur
la boussole de l'utilité publique. Cette utilité est le principe de toutes
les vertus humaines, et le fondement de toutes les législations. Elle doit
inspirer le législateur, forcer les peuples à se soumettre à ses lois;
c'est enfin à ce principe qu'il faut sacrifier tous ses sentiments,
jusqu'au sentiment même de l'humanité. |
Paul-Henri Thiry, baron d'Holbach (1723-1789)

Collaborateur important de l'Encyclopédie, où il signe notamment le fulminant article "Prêtres", Paul-Henri Thiry, baron d'Holbach, est un des premiers représentants du matérialisme du XVIII° siècle : "Des âmes physique et des besoins physiques demandent un bonheur physique et des objets réels et préférables aux chimères dont depuis tant de siècles on repaît nos esprits", écrit-il dans son Système de la nature. La morale lui paraît à ce titre devoir résulter d'un pacte social bâti sur la sublimation de l'état de nature et sur la vigilance de la raison.
La morale universelle ou Les devoirs de l'homme fondés sur sa nature (1776)
|
Dépendre de quelqu'un, c'est avoir besoin de lui pour se
conserver et se rendre heureux. Le besoin est le principe et le motif de la vie
sociale; nous dépendons de ceux qui nous procurent des biens que nous serions
incapables d'obtenir par nous-mêmes. L'autorité des parents et la dépendance des
enfants, ont pour principe le besoin continuel qu'ont ces derniers de
l'expérience, des conseils, des secours, des bienfaits, de la protection de
leurs parents pour obtenir des avantages qu'ils sont incapables de se procurer.
C'est sur les mêmes motifs que se fonde l'autorité de la société et de ses lois,
qui, pour le bien de tous, doivent commander à tous. La diversité et l'inégalité
que la nature a mises entre les hommes, donne une supériorité naturelle à ceux
qui surpassent les autres par les forces du corps, par les talents de l'esprit,
par une grande expérience, par une raison plus éclairée, par des vertus et des
qualités utiles à la société. Il est juste que celui qui se trouve capable de
faire jouir les autres de grands biens, soit préféré à celui qui ne leur est bon
à rien. La nature ne soumet les hommes à d'autres hommes que par les besoins
qu'elle leur donne et qu'ils ne peuvent satisfaire sans leurs secours. Toute
supériorité, pour être juste, doit être fondée sur les avantages réels dont on
fait jouir les autres hommes. Voilà les titres légitimes de la souveraineté, de
la grandeur, des richesses, de la noblesse, de toute espèce de puissance : voilà
la source raisonnable des distinctions et des rangs divers qui s'établissent
dans une société. L'obéissance et la subordination consistent à soumettre ses
actions à la volonté de ceux que l'on juge capables de procurer les biens que
l'on désire, ou d'en priver. L'espérance de quelque bien ou la crainte de
quelque mal sont les motifs de l'obéissance du sujet envers son prince, du
respect du citoyen pour ses magistrats, de la déférence du peuple pour les
grands, de la dépendance où les pauvres sont des riches et des puissants, etc.
Mais si la justice approuve la préférence ou la supériorité que les hommes
accordent à ceux qui sont les plus utiles à leur bien-être, la justice cesse
d'approuver cette préférence aussitôt que ces hommes supérieurs abusent de leur
autorité pour nuire. La justice se nomme équité, parce que,
nonobstant l'inégalité naturelle des hommes, elle veut qu'on respecte
également les droits de tous, et défend aux plus forts de se prévaloir de
leurs forces contre les plus faibles. |
Condorcet (1743-1794)
Philosophe et
mathématicien, Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, fut
l'homme des grands combats du siècle : esclavage, droits des femmes,
réformes nécessaires à la société française... Décrété d'accusation en
1793, il travailla dans la clandestinité à cette
Esquisse
et, finalement arrêté, mourut dans sa prison.
Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (1793-1794)
|
Si l'homme peut prédire, avec une assurance presque
entière les phénomènes dont il connaît les lois; si, lors même qu'elles lui sont
inconnues, il peut, d'après l'expérience du passé, prévoir, avec une grande
probabilité, les événements de l'avenir; pourquoi regarderait-on comme une
entreprise chimérique, celle de tracer, avec quelque vraisemblance, le tableau
des destinées futures de l'espèce humaine, d'après les résultats de son histoire
? Le seul fondement de croyance dans les sciences naturelles, est cette idée que
les lois générales, connues ou ignorées, qui règlent les phénomènes de
l'univers, sont nécessaires et constantes; et par quelle raison ce principe
serait-il moins vrai pour le développement des facultés intellectuelles et
morales de l'homme, que pour les autres opérations de la nature ? Enfin, puisque
des opinions formées d'après l'expérience du passé, sur des objets du même
ordre, sont la seule règle de la conduite des hommes les plus sages, pourquoi
interdirait-on au philosophe d'appuyer ses conjectures sur cette même base,
pourvu qu'il ne leur attribue pas une certitude supérieure à celle qui peut
naître du nombre, de la constance, de l'exactitude des observations ?
En répondant à ces trois questions, nous
trouverons, dans l'expérience du passé, dans l'observation des progrès que les
sciences, que la civilisation ont faits jusqu'ici, dans l'analyse de la marche
de l'esprit humain et du développement de ses facultés, les motifs les plus
forts de croire que la nature n'a mis aucun terme à nos espérances. |
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Jean Louis André Théodore Géricault. "Le radeau de la Méduse". 1818-1819.
Le romantisme
Mouvement de retour à la sensibilité qui se manifeste dès la seconde moitié du XVIIIe siècle dans les pays d'Europe occidentale.
En France, au début du XIXe siècle, après les bouleversements de la Révolution puis vers 1820 après la chute de l'Empire, la jeunesse se reconnaîtra dans le héros de Chateaubriand, René, mélancolique et insatisfait, qui incarne le " mal du siècle ".

François René de Chateaubriand ( 1768 - 1848)
Le romantisme ne voit le jour qu'au terme d'une lente gestation d'un demi-siècle, avant de se développer en Europe dans la première moitié du XIXe siècle. Les précurseurs, ou «préromantiques», apparaissent en Angleterre avec Young (les Nuits, poème) et Samuel Richardson (Clarisse Harlowe, roman) et en Écosse avec Macpherson (traduction prétendue d'Ossian) et Robert Burns (poésies en dialecte).
En Allemagne, le mouvement du Sturm und Drang (Schiller, et surtout Goethe, dont le Werther sera lu dans l'Europe entière) est largement suivi.
"La liberté guidant le peuple". (Paris, Louvre)
Ferdinand-Victor-Eugène DELACROIX (1798-1863)En France, au siècle des Lumières, Diderot et surtout Rousseau (la Nouvelle Héloïse, 1761) participent déjà de la sensibilité romantique, qui s'affirmera après la Révolution avec Nodier, Senancour, Chateaubriand, Mme de Staël ( De l'Allemagne).
Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, dite Madame de Staël,
est née à Paris en 1766 et morte dans la même ville en 1817
« Il vaut encore mieux, pour maintenir quelque chose de sacré sur la terre, qu'il y ait dans le mariage une esclave que deux esprits forts. »
[ Madame de Staël ] - De l'Allemagne
« Le mérite des Allemands, c'est de bien remplir le temps ; le talent des Français, c'est de le faire oublier. »
[ Madame de Staël ] - De l'Allemagne
Des éloges impériales
Bien que Napoléon lui fut hostile, il écrivit d'elle : "Il faut reconnaître après tout, que c'est une femme d'un grand talent, fort distinguée et de beaucoup d'esprit ; elle restera."
État d'esprit et mode, ce mouvement est très fécond dans la littérature et l'art. Contre les contraintes du classicisme, il revendique la liberté. Selon les personnalités des créateurs, l'accent est mis sur le lyrisme personnel, le sentiment de la nature, la spiritualité ou les occupations d'ordre social, voire révolutionnaires.
Où qu'il soit apparu, le romantisme se caractérise par le libre cours donné à l'imagination et à la sensibilité individuelles, qui le plus souvent traduisent un désir d'évasion et de rêve. En réaction contre le classicisme français, rationnel et impersonnel, qui avait marqué toute l'Europe, l'Allemagne et l'Angleterre retournent à leurs sources poétiques nationales.
A travers les constantes du romantisme européen (réveil de la poésie lyrique, rupture avec les règles et les modèles, retour à la nature, recherche de la beauté dans ses aspects originaux et particuliers), chaque nation entend laisser éclater son génie propre.Le romantisme anglais s'incarne essentiellement dans les romans historiques de Walter Scott et dans l'oeuvre poétique de Wordsworth et Coleridge, puis de Keats, Byron et Shelley.
Sir Walter Scott (1771 - 1832), poète et écrivain écossais
Quentin Durward
- (La trahison) s'assied à nos banquets, elle brille dans nos coupes, elle porte la barbe de nos conseillers, elle affecte le sourire de nos courtisans et la gaieté maligne de nos bouffons ; par-dessus tout, elle se cache sous l'air amical d'un ennemi réconcilié.
Harold l'indomptable
- Qu'il est doux, dit la vieille ballade, d'errer parmi les bocages verts, dans les beaux jours de l'aimable mois de mai, quand les oiseaux voltigeant de branche en branche vous y invitent par leur sauvage mélodie.
Très marquée par la philosophie (Schelling, Fichte), la poésie romantique allemande (les frères Schlegel, Novalis, Tieck, Hölderlin, Heine) ne doit pas faire oublier le théâtre (Kleist, Werner) et surtout les contes et récits en prose (les frères Grimm, Jean-Paul Richter, Hoffmann).

Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann, dit Ernst Theodor Amadeus Hoffmann ou E.T.A. Hoffmann, est un écrivain allemand fantastique et romantique, mais également un compositeur et un dessinateur. Il est né le 24 janvier 1776 à Königsberg et mort le 25 juin 1822 à Berlin.
Il échangea en 1812 son troisième prénom Wilhelm en celui d'Amadeus en hommage à Mozart, son modèle.
En France, le romantisme, préfiguré par Chateaubriand, n'apparaît qu'en 1820, avec la publication des Méditations de Lamartine, que suivront les premiers poèmes de Vigny et de Hugo, puis de Musset et de Gautier. Dans la patrie du classicisme, il prend la forme d'une véritable révolution littéraire. Groupés en cénacles, les écrivains romantiques lutteront pendant dix ans pour faire prévaloir leur conception de la littérature (préface de Cromwell, par Hugo, 1827).

Alphonse de Lamartine (Alphonse-Marie-Louis De Prat de) est un poète, écrivain et homme politique français né à Mâcon le 21 octobre 1790
et mort à Paris le 28 février 1869
La poésie classique française se caractérise par un vers tétra métrique avec une césure médiane : 3/3//3/3, avec des variantes 4//2 et 2//4. Elle se caractérise également par l'emploi de mots nobles, de périphrases et de lieux communs mythologiques particuliers.
La poésie romantique va se dégager de ses contraintes. Le premier succès romantique fut les Méditations poétiques de Lamartine, qui restent classiques par bien des aspects (lexique, syntaxe), mais où l'on trouve des mots du langage ordinaire, des vers impairs et des strophes novatrices :
De quels sons belliqueux mon oreille est frappée !
C'est le cri du clairon, c'est la voix du coursier ;
La corde de sang trempée
Retentit comme l'épée
Sur l'orbe du bouclier.
Lamartine allie dans cet exemple des alexandrins 3/3//3/3 à des heptasyllabes.
Les romantiques expérimenteront ainsi toutes sortes de strophes et de versifications, à l'image de Hugo dans « Les Djinns ». Le romantisme est moins une libération des contraintes du vers, qu'une volonté d'en explorer les possibilités afin d'enrichir l'expressivité de la poésie.
Dans cette recherche qui conduira à l'art pour l'art (cf. Gautier, Émaux et camées), un apport majeur du romantisme est la disharmonie entre le mètre et la syntaxe par le recours aux enjambements, aux rejets et contre-rejets.
Hernani commence par un rejet :C'est bien à l'escalier
Dérobé.
Le vocabulaire romantique répond aussi à la recherche de l'expression : des mots plus bruts, vifs et colorés, et parfois une syntaxe relâchée :
Qué qu'ça m'fait si m'manqu'queuqu'chose,
Quand j'vois ton p'tit nez tout rose
(Marceline Desbordes-Valmore)Le vers est de cette manière rapproché de la prose. Et la prose poétique sera illustrée par
Aloysius Bertrand avec Gaspard de la nuit.

Victor Hugo (1802-1885)
En 1830, la bataille d' Hernani leur apporte une victoire éclatante: «Le romantisme, c'est le libéralisme en littérature», proclame Hugo dans la préface d' Hernani. Dès lors, le mouvement romantique, dépassant le cadre de la sensibilité individuelle, prend un caractère plus social, et une «littérature d'opposition» voit le jour; en Italie, les romantiques (A. Manzoni, S. Pellico) sont des patriotes libéraux, acteurs du Risorgimento.
En dehors de la poésie lyrique, il s'épanouit dans le théâtre (A. Dumas), le roman (George Sand, Stendhal, Mérimée, Balzac), l'histoire (Michelet, A. Thierry).
L'
amour romantique ne se réduit pas au cliché habituel. Il existe incontestablement une idéalisation de l'amour : « La réduction de l'univers à un seul être, la dilatation d'un seul être jusqu'à Dieu, voilà l'amour » (Hugo, Les Misérables). Cet amour passionnel s'oppose au mariage qui n'est qu'un arrangement froid et réfléchi excluant d'emblée l'exaltation des sentiments. Néanmoins, l'amour romantique est loin d'être idyllique : la violence de la passion est aussi la violence du désir ; l'acte charnel est parfois décrit comme un viol ou comme un accouplement de deux êtres en rut. Le héros romantique prend ainsi parfois par surprise celle qu'il désire, mais sans préméditation : « Elle était si belle, à demi vêtue et dans un état d'extrême passion, que Fabrice ne put résister à un mouvement presque involontaire. Aucune résistance ne fut opposée. » (Stendhal, La Chartreuse de Parme, II, XXV).
Les appétits du corps sont parfois évoqués crûment, comme la description de l'orgasme d'Hassan dans les Premières poésies de Musset.
L'amour romantique est ainsi absolu et excessif ; il subvertit la morale par sa brutalité, et suscite des jalousies fatales par son inconstance ; source de souffrance et de jouissance violentes, il foudroie et tue parfois par un mot, comme Rosette, dans On ne badine pas avec l'amour, qui tombe morte quand celui qui lui demande sa main avoue qu'il en aime une autre. L'amour est pour le romantisme la seule fatalité invincible : il ne fait qu'un avec l'élan vital dans le bonheur, mais se métamorphose, dans le malheur, en passion désespérée, avec son lot de crimes abominables, de meurtres, de trahisons, de suicides, de destruction de la personne aimée.
Rossetti, Beata Beatrice, 1863
Mal du siècle et mélancolie

Le romantisme exprime un profond malaise des hommes victimes d'un monde économique où il devient impossible de vivre dignement. Musset dénonce ainsi le matérialisme bourgeois. Les progrès intellectuels apportés par les Lumières s'accompagnent en effet d'un vide spirituel, d'un ennui profond qui pousse au suicide ou à la démence (cf. Rolla de Musset) :
« L'hypocrisie est morte ; on ne croit plus aux prêtres
Mais la vertu se meurt, on ne croit plus à Dieu. »
Le malaise romantique est cependant d'une certaine beauté et il offre un certain bonheur :
« La mélancolie est un crépuscule. La souffrance s'y fond dans une sombre joie. La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste. » (Hugo, Les Travailleurs de la mer, III, I, I)Dürer, Mélancolie, 1514
Quant à la femme, elle est un signe distinctif qui renforce son pouvoir de séduction et exprime pleinement la féminité :
« Les femmes à taille plate sont dévouées, pleines de finesses, enclines à la mélancolie : elles sont mieux femmes que les autres. » (Balzac, Le Lys dans la vallée)
Mais par dessus tout, la mélancolie est le signe distinctif de l'artiste : c'est déjà le spleen (cf. plus tard Baudelaire) sans cause précise, état morbide où l'on ne se supporte plus, où la solitude est un enfer, où la conscience du temps qui passe et le malheur de l'homme, la cruauté de la nature accablent l'esprit, et lui inspirent des tentations de révoltes politiques ou de suicide, à moins qu'il ne sombre dans la folie. Ce mal est le mal de l'homme, sa condition, et cette expérience de la douleur est inséparable de la vie et de son apprentissage ; c'est une fatalité qu'il faut expier, un châtiment dont le monde est la réalisation.

" Qui dit Romantisme dit Art Moderne - c'est à dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l'infini..." Charles Baudelaire ( 1821-1867 )
Révolte et société
La mélancolie romantique traduit un malaise de l'individu qui ne parvient pas à vivre dans la société et simplement, à vivre. La sensibilité romantique se révolte contre un système politique qui anéantit l'artiste en se consacrant à la gloire de la nation. C'est la révolte par dégoût, dégoût de l'avidité bourgeoise, de la société moderne, dégoût pour un présent qui n'a plus de passé ni encore d'avenir, à la fois plein de semblants de ruines et d'espoirs incertains : « on ne sait, à chaque pas que l'on fait, si l'on marche sur une semence ou sur un débris. » (Musset, Confessions).

Alfred Louis Charles de Musset est un auteur français, né le 11 décembre 1810 à Paris, décédé le 2 mai 1857 à Paris.
Dans cette révolte, le romantisme se radicalise parfois en un individualisme hostile et négateur qui s'exprime par des cris rageurs :
Malheur aux nouveau-nés !
Malheur au coin de la terre où germe la semence,
Où tombe la sueur de deux bras décharnés !
Maudits soient les liens du sang et de la vie !
Maudite la famille et la société !
(Musset, Premières poésies)Cette révolte conduit à une morale hédoniste, sentimentale, par laquelle l'individu se replie sur les plaisirs du cœur. Elle devient la substance même de la vie, au point de ne pas laisser d'autre alternative que la révolte ou la mort. Cet esprit de négation trouve son incarnation la plus expressive dans la figure de Satan (Hugo), le révolté suprême, et de Méphistophélès (Goethe) l'esprit qui toujours nie. Vautrin (Balzac) qui lance un défi à l'ordre établi se dit « méchant comme le diable ». La tentation de la chute, de la révolte absolue incarnée par Satan, fascine l'âme romantique : réaction naturelle de la créature contre son créateur, contre cet « ogre appelé Dieu » (Pétrus Borel), qui se voit parfois repoussé au profit de la prière (Hugo) :
Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire,
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !
L'infini et le
néant

Friedrich, Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, 1817-1818
La contemplation de la nature prend dans l'âme romantique une dimension métaphysique qui la confronte à l'infini. Mais c'est aussi une vision intérieure, un résultat de la sensibilité qui est senti plutôt qu'il n'est vu, car l'infini touche d'abord l'âme plutôt que les sens et s'apparente à une conviction intime qui se tourne vers Dieu.
Ce toucher de l'âme révèle à l'homme son néant et la faiblesse de sa pensée qui le fait souffrir en lui faisant comprendre qu'il n'est rien. Cette petitesse peut cependant être consolée par un sentiment panthéiste :
Et devant l'infini pour qui tout est pareil,
Il est donc aussi grand d'être homme que soleil ! (Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses)Cette vision peut également faire du poète un mage : l'infini est ainsi le centre du recueil de Hugo, les Contemplations. L'esprit s'arrête « éperdu au bord de l'infini », et accède aux vérités que lui révèle la nature en le dissimulant.
La nuit
Füssli, Le Cauchemar, 1791

La nuit est pour la sensibilité romantique une temporalité particulière qui favorise les fantasmes, les rêves et les cauchemars ; la nuit est à la fois douce ou terrible, évoque l'amour ou la mort. Nerval exprime dans Sylvie le bonheur d'une fête nocturne : « Nous pensions être au paradis ».
Mais Charles Nodier écrit, dans Smarra :
« Il fait nuit !… et l'enfer va se rouvrir ! »Hugo débute l'épopée de Satan par le poème « Et nox facta est », qui fait de la nuit le lieu de damnation et l'œuvre de l'ange déchu.
Foncièrement ambigue, la nuit est propice à l'évocation des morts :
« Je songe à ceux qui ne sont plus : Douce lumière, es-tu leur âme ? » (Lamartine, Méditations poétiques, « Le Soir »)La lumière de la nuit, la clarté lunaire, excite des rêveries mélancoliques où la présence des morts est sensible. Cette situation suscite une réminiscence qui redonne vie aux souvenirs, aux bonheurs perdus, et qui teinte le présent du charme du passé.
Le rêve et la rêverie
Goya, Le songe de la raison, 1798
Le rêve, et la rêverie, sont au centre de l'imagination romantique. Source de
création, la rêverie excite l'imagination à recréer le monde ; c'est bien
souvent une rêverie mélancolique et triste, comme en témoigne Marceline
Desbordes-Valmore :
La tristesse est rêveuse, et je rêve souvent ...
La rêverie porte l'homme à la méditation face au grand spectacle de la nature : elle le met devant les mystères de l'existence. Cette « stimung » est proche d'un sentiment d'exil et de voyage : un « voyage obscur » d'où « naît la poésie proprement dite » (Hugo). Mais la rêverie est aussi un refuge et un rempart contre la réalité ; pour Musset par exemple :
Ah ! si la rêverie était toujours possible !
Et si le somnambule, en étendant la main,
Ne trouvait pas toujours la nature inflexible
Qui lui heurte le front contre un pilier d'airain. (Premières poésies)La rêverie est ainsi un état privilégié douloureux et inspirateur, comme le rêve, tantôt doux et enchanteur, tantôt glaçant et terrifiant. Cette dualité, chez Nodier, permet de tenter une esthétique du fantastique en puisant aux sources « d'un fantastique vraisemblable ou vrai. » Le rêve fantastique se rencontre également chez Gautier, par exemple dans « Le Pied de la momie » (1840), où la réalité et le rêve se distinguent difficilement dans l'esprit du héros romantique. C'est un état psychologique proche d'une démence fantastique, danger du créateur s'il s'abandonne au délire de l'inspiration :
« Il eût été capable, sans cette tendance funeste, d'être le plus grand des poètes ; il ne fut que le plus singulier des fous. »
Puissante figure, Victor Hugo, poète, dramaturge, romancier, sera le seul à prolonger le romantisme jusqu'à la fin du siècle.
Dès 1843 (Échec des Burgraves de Hugo), le mouvement perd de sa vigueur initiale et certains de ses traits (mission sociale du poète, goût de la vérité, etc.) annoncent déjà l'évolution de la littérature et de l'art vers le réalisme.

Blake, Le Christ dans le Sépulcre, gardé par des Anges
Plusieurs peintres français, dont les
conceptions s'opposaient à un néo- classicisme étroit issu de David,
sont considérés comme les maîtres de l'art romantique: Gros,
Géricault, Delacroix, Blake.
Constable et Turner introduisent dans l'école anglaise un
certain romantisme visionnaire.
Les romantiques de l'école allemande sont dominés par C. Friedrich.
Si l'on excepte Berlioz, Liszt
et Chopin, le romantisme musical est principalement le fait des grands
compositeurs allemands et autrichiens : Beethoven (en partie), Weber,
Schubert, Schumann et Brahms. (Source : CD-ROM Zyzomys, Act/Hachette).
Franz Peter Schubert
31 Jan. 1797 - 19 Nov. 1828
Le mouvement s'épuise vers 1850 cependant que Victor Hugo, qui en a illustré toutes les modalités, continue à produire jusque vers 1880.

Victor Hugo, 1883
Dans le langage courant, le terme désigne un état d'esprit où dominent la sensibilité et une certaine tendance à l'exaltation :
le romantisme.
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Dali ( 1904-1989 )
Le surréalisme
Mouvement qui apparaît vers 1920, dans le désarroi causé par la Première Guerre mondiale. Inspiré par les découvertes de Freud, héritier de Rimbaud, le groupe qui se forme autour d'André Breton explore les ressources de l'inconscient et du rêve pour la création littéraire et artistique et pour la vie elle-même.

"Manifeste du Surréalisme"
d'André Breton.
« Surréalisme: automatisme psychique
pur par lequel on se propose d'exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit
de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée
en dehors de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute
préoccupation esthétique ou morale ».
Le surréalisme est un important mouvement de pensée de l'entre-deux-guerres.
Le point de départ est, en France, la
publication par André
Breton, en 1924,
du Manifeste du surréalisme, qui donne sa cohérence à l'entreprise. Le
mouvement souhaite que soit accordé à ses productions, tant linguistiques que
plastiques, le statut d'expérimentation scientifique : tentative pour
explorer en profondeur à la fois le monde (notamment sa réalité cachée) et la
pensée (notamment l'inconscient), et pour donner de l'un et de l'autre une
connaissance totale.
André BRETON
Le faire-part de décès qu'envoie la famille d'André Breton
à sa mort portait ces seuls mots : ANDRÉ BRETON 1896-1966
Je cherche l'or du temps
L'écrivain à succès Maryse Choisy profita du mouvement pour en créer un contraire, qu'elle baptisa avec humour le suridéalisme. Mais bien que la popularité de ses ouvrages ne souffre en rien de cette initiative, ce mouvement dont elle se réclamait disparut de lui-même.
L'aventure internationale
C'est en hommage à Guillaume Apollinaire, qui venait de mourir (1918), qu'André Breton, Francis Banguet et Philippe Soupault décidèrent d'appeler surréalisme ce « nouveau mode d'expression pure ». En fait, celui-ci rejoignait le « supernaturalisme » de Gérard de Nerval et des romantiques allemands, et d'une certaine façon, également, le « surnaturalisme » d'Emmanuel Swedenborg et de Charles Baudelaire. Cette aventure (« une attitude inexorable de sédition et de défi ») passe par l'appropriation de la pensée d'Arthur Rimbaud (« changer la vie »), de celle de Karl Marx (« transformer le monde ») et des recherches de Sigmund Freud.

Victor Brauner, Loup-table, 1939-1947
En outre, l'expérimentation surréaliste fait appel à des techniques de création (écriture automatique, sommeil hypnotique, « cadavre exquis », écriture collective, interrogation du « hasard objectif ») qui rendent inopérants les critères esthétiques traditionnels : la « poésie » est ici avant tout moyen de connaissance de la réalité et du psychisme, et si la « beauté » en résulte, c'est comme produit d'une activité inconsciente occultée par des siècles de rationalisme.
Dans le Premier Manifeste du Surréalisme (1924), on peut lire ces deux définitions :
« Surréalisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. » ;
« Encycl. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. »
LES
EXTRAITS de "Manifestes du surréalisme"
Les œuvres des surréalistes qui se situent aux confins du rationnel et de l'irrationnel, de la réalité et du rêve, exaltent aussi l'amour et l'érotisme comme fusion du moi avec la vie universelle : Philippe Soupault, Rose des vents (1920) ; André Breton, Clair de terre (1923), Nadja (1928) ; Benjamin Péret, Le Grand jeu (1928) ; Louis Aragon, le Libertinage (1924), le Paysan de Paris (1926), le Mouvement perpétuel (1926); Paul Éluard, Mourir de ne pas mourir (1924), Capitale de la douleur (1926), l'Amour la poésie (1929).
Citations:
« Tout porte à croire qu'il existe un point de l'esprit
d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et l'avenir, le haut
et le bas, le communicable et l'incommunicable cesseront d'être perçus
contradictoirement. »
[ André Breton ] - Extrait du Manifeste du surréalisme
« C'est vivre et cesser
de vivre qui sont des solutions imaginaires. L'existence est ailleurs. »
[ André Breton ] - Extrait du Manifeste du surréalisme
EXTRAIT:
« Il y a
Qu'à me pencher sur le précipice
De la fusion sans espoir de ta présence et de ton absence
J'ai trouvé le secret
De t'aimer
Toujours pour la première fois »
L'Air de l'eau André Breton
À la mouvance surréaliste appartient également Robert Desnos, célèbre pour sa pratique du sommeil hypnotique. En marge du surréalisme, Jean Cocteau est étroitement mêlé à la bohème parisienne, tandis qu' Antonin Artaud, exclu du groupe en 1926, compose une prose poétique « hallucinée ».

« La musique n'est jamais que de
l'art quand la parole peut être poésie. »
[ Robert Desnos ] - Extrait de la revue Le journal littéraire - 2 Mai
1925
«Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien... Et
j'aime le vin pur»
Robert Desnos
D'autre part, les surréalistes ont réhabilité ou fait découvrir des auteurs comme le marquis de Sade, Gérard de Nerval, Lautréamont ; des secteurs ignorés de la production littéraire comme le roman noir.
Le surréalisme connaît une fortune particulière dans la littérature française
de Belgique.
Paul Noué, dont la poésie présente un aspect ludique très marqué, fonde en
1924 un centre surréaliste à Bruxelles
avec les poètes
Camille Goemans et
Marcel Lecomte. Le surréalisme belge prend ses distances à l'égard de
l'écriture automatique et de l'engagement politique du groupe parisien.
L'écrivain et collagiste
ELT Mesens fut l'ami de René
Magritte, les poètes
Paul Colinet,
Louis Scutenaire et
André Souris appartiennent également au courant.
Le surréalisme exercera une action stimulante sur le développement de la poésie espagnole, mais à la fin des années 1920 seulement et en dépit de la méfiance suscitée par l'irrationalisme inhérent à la notion d'écriture automatique. Ramón Gómez de la Serna définit ses rapprochements insolites, « greguerios », comme « humour + métaphore ». Le courant « ultraïsme » déterminera un changement de ton chez les poètes de la « Génération de 27 », Lorca, Alberti, Aleixandre et Cernuda.
Giorgio De Chirico, Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire, 1914
Les principes surréalistes se retrouvent en Scandinavie et en URSS. Le « poétisme » tchèque peut être considéré comme une première phase du surréalisme. Il s'affirme dès 1924 avec un manifeste publié par Karel Teige, qui conçoit la poésie comme une création intégrale, donnant libre cours à l'imagination et au sens ludique. Ses représentants les plus éminents furent Jaroslav Seifert et surtout Nezval, dont Soupault souligna l'audace des images et symboles. Le mouvement surréaliste yougoslave entretient d'étroits contacts avec le courant français grâce à Marko Ristió.
En dépit d'une perte de prestige à partir de 1940, le surréalisme a existé comme groupe jusqu'aux années 1960, en se renouvelant au fur et à mesure des départs et des exclusions.
L'écriture automatique
Au milieu de la
période d'exaltation presque continuelle que constitue l'année 1919, Breton et
son ami Philippe Soupault se livrent, en quelques semaines, à l'écriture de
l'essentiel des Champs magnétiques, expérience hâtive, éprouvante, menée
en alternance, chacun étant tour à tour comme le « pôle » agissant de l'aimant.
Un témoignage, de peu postérieur, fait revivre l'étrange situation des acteurs
qui en vérité sont « agis » par le flux verbal : «
Nous remplissons des pages
de cette écriture sans sujet ; nous regardons s'y produire des faits que nous
n'avons pas même rêvés, s'y opérer les alliages les plus
mystérieux ; nous avançons comme dans un conte de fées.
»
Bientôt la revue Littérature en publie un fragment, La Glace sans tain, dont la fièvre glacée n'a rien perdu aujourd'hui de son pouvoir sur le lecteur :
« Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisir. Notre bouche est plus sèche que les plages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille. [...] Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol, ils partent sans un cri et le ciel strié ne résonne plus de leur appel. Ils passent au-dessus des lacs, des marais fertiles... »
Par l'écriture automatique, les surréalistes ont voulu donner une voix aux désirs profonds, refoulés par celle de la société, cette « violente et traîtresse maîtresse d'école », selon le mot de Michel de Montaigne. L'objet surréaliste ainsi obtenu a d'abord pour effet de déconcerter l'esprit, donc de « le mettre en son tort ». Peut se produire alors la résurgence des forces profondes, l'esprit « revit avec exaltation la meilleure part de son enfance ». On saisit de tout son être la liaison qui unit les objets les plus opposés, l'image surréaliste authentiquement est un symbole. Approfondissant la pensée de Baudelaire, André Breton compare, dans Arcane 17, la démarche du surréalisme et celle de l'ésotérisme : elle offre « l'immense intérêt de maintenir à l'état dynamique le système de comparaison, ce champ illimité, dont dispose l'homme, qui lui livre les rapports susceptibles de relier les objets en apparence les plus éloignés et lui découvre partiellement le symbolisme universel. »

Le peintre Max Ernst, de son côté, découvre pour son art une méthode analogue à
l'écriture automatique, méthode que déjà Léonard de Vinci avait esquissée.
Frappé par un plancher d'auberge dont les lavages avaient accentué les rainures,
il pose sur elles au hasard une feuille et frotte à la mine de plomb.
« En regardant attentivement les dessins ainsi obtenus, les parties sombres et les autres plus claires, je fus surpris de l'intensification subite de mes facultés visionnaires et de la succession hallucinante d'images contradictoires. »

Changer l'homme
Dada était antibourgeois, antinationaliste et provocateur. Aux yeux des surréalistes, l'artiste a une responsabilité politique et morale, son œuvre est susceptible de transformer l'homme. « Nous n'acceptons pas les lois de l'Économie ou de l'Échange, nous n'acceptons pas l'esclavage du Travail, et dans un domaine encore plus large nous nous déclarons en insurrection contre l'Histoire. » (tract La Révolution d'abord et toujours). Ces principes débouchent sur l'engagement politique : certains écrivains adhèrent, temporairement, au communisme.
Max ERNST, " Au Rendez-vous des amis ", 1922, Wallraf-Richartz-Museum, Cologne

Aucun parti, cependant, ne répondait exactement aux aspirations des surréalistes, ce qui fut à l'origine de leurs difficultés avec le Parti communiste français. André Breton n'a pas de mots assez forts pour flétrir « l'ignoble mot d'engagement qui sue une servilité dont la poésie et l'art ont horreur. » Dès 1930, pourtant, Louis Aragon acceptait de soumettre son activité littéraire « à la discipline et au contrôle du parti communiste ».
Poésie ininterrompue, I, v. 182-220 (1945)
|
De l'océan
à la source Et tous les
vivants nous ressemblent Les autres sont
imaginaires |
Leurs lèvres
tremblent de plaisir Un seul cœur pas
de cœur A chanter des
plages humaines |
La guerre fit que Robert Desnos et Paul Eluard le suivirent dans cette voie pendant quelques années. Condamnation de l'exploitation de l'homme par l'homme et volonté d'une révolution sociale, condamnation du militarisme et bientôt du nazisme, condamnation des guerres et de l'oppression coloniale, condamnation des prêtres pour leur œuvre qu'ils jugent obscurantiste ; et, plus tard, enfin, dénonciation du pragmatisme de l'Union Soviétique, tels sont les thèmes d'une lutte que, de la guerre du Maroc à la guerre d'Algérie, les surréalistes ont menée inlassablement. Ils ont tenté la synthèse du matérialisme et du mysticisme, en se situant au carrefour de l'anarchisme, des socialismes utopiques et du marxisme, fermement opposés à tous les fascismes et aux religions


Magritte
(1898-1967)
C'est en 1927 qu'il rejoint les surréalistes, à Paris. Ses oeuvres, décrites comme des collages visuels, ont abordé les rapports entre les images, la réalité, les concepts et le langage.
Acte de Violence
1932
Cette peinture n'exige pas de
style ou de technique spécifiques.
Le surréalisme est autant révolutionnaire que le dadaïsme, mais beaucoup plus
constructif.
Les techniques du collage, frottage, fumage, etc. furent créées par les peintres
surréalistes.
C'est probablement la seule « école » qui réconcilie ou qui permet l'existence
du figuratif et du non-figuratif.
Joan Miró
Espagne
(1893-1983)
"La belle comtesse
montre sa vieille cuisse
ses entrailles cuisent
les nuéesson rond ventre éventail
défie le soleil rondLes poils de ses aisselles
se collent aux cils
des chérubinsL’orteil de son homme
transperce l’arbre fleuri
vérole du potagerun oiseau se pose sur le nez de son homme
et fait descendre la lunela lune se pose sur le cul de son homme
et tombe amoureuse de l’arc-en-ciell’arc-en-ciel s’enferme dans le cercueil
et le cercueil dit à l’écureuil merdre! Veux tu finir"
Poème de Joan Miró, novembre 1936, cité in Joan Miró, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, 1997, p.14
Révolutionnaires et marxistes du
XXe siècle : peinture ( Dali, Ernst, Magritte...) et dans l'art
cinématographique avec Buñuel .
Luis Buñuel ( 1900-1983 )

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