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Guillaume Apollinaire
pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky
26 août 1880: Guillaume, Albert, Vladimir, Apollinaire de Kostrowitzky naît à Rome. Il est le fils d'Angélique de Kostrowitzky, une aristocrate polonaise de 22 ans, fantasque aux goûts nomades et le fils naturel d'un officier italien, François Flugi d'Aspermont que la légende a voulu prélat romain et évêque de Monaco.
1882 Son frère naît mais son père ne reconnaît pas ses deux enfants. Albert Francesco Fulgi d'Aspremont abandonne Angelica Kostrowitzky.
1885 Celle-ci s'installe alors avec Guillaume et Albert dans la principauté de Monaco.
"On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père.»
Guillaume Apollinaire
Il fera de brillantes études aux lycées de Monaco, puis à Cannes et à Nice.
1896-1897 Il quitte le lycée de Nice sans obtenir le baccalauréat puisqu'il n'a pas les moyens financiers de le passer. Il signe ses premiers poèmes, en 1897 sous le pseudonyme de «Guillaume Macabre». Il se veut anarchiste et dreyfusard.
1898 Il suit une vie sans contrainte à Monaco. Il écrit quelques essais littéraires et lit beaucoup.
1899 En Avril, après des séjours à Aix les Bains et Lyon, la mère et les deux enfants s'installent à Paris.
De Juillet à Octobre, les deux frères séjournent dans une auberge à Stavelot près de Spa où leur mère cherche fortune. Il ébauche "L'Enchanteur pourrissant".
Leur mère rentrée à Paris, n'a pas les moyens financiers de payer le séjour. Elle force ses enfants à se sauver à l'aube sans payer. C'est un délit de grivèlerie mais le séjour du célèbre poète continue à être objet de publicité pour l'établissement qui a offert la chambre au musée municipal de la commune des Ardennes belges.
1899-1900 Olga de Kostrowitzky, pour échapper aux recherches de ses créanciers, se fait ingénument appeler Olga Karpov. Bientôt démasquée, elle doit conclure un arrangement à l'amiable avec l'hôtelier furieux de Stavelot. Elle vit avec Jules Weil, qu'elle fait passer pour un parent et «oncle» de ses enfants. Guillaume se fait recenser à la mairie comme étranger. Il envoie poèmes et contes à des revues. Celles-ci les refusent.
Pour gagner sa vie, il occupe divers emplois et fait de médiocres travaux de secrétariat. Il rencontre Linda Molina da Silva et tombe amoureux, mais elle, ne l'est pas. Il finit par trouver un emploi dans une officine financière appelée la Bourse parisienne, et fréquente la bibliothèque Mazarine.
1901-1902 Il séjourne en Allemagne comme précepteur pour enseigner le français à une jeune aristocrate, Gabrielle de Milhau. Madame la vicomtesse, d'origine allemande, part pour la Rhénanie, emmenant avec sa maisonnée une jeune gouvernante anglaise, Annie Playden, dont le jeune précepteur s'éprend. Hélas, la puritaine jeune fille ne voit pas l'amoureux idéal en cet Italien trop empressé. Profondément épris, il sera éconduit. Cette expérience lui inspirera quelques-uns de ses plus beaux poèmes dont la "chanson du mal - aimé" qui paraîtra pour la première fois en revue en 1909 puis dans Alcools en 1913.
Ce séjour d'un an en Allemagne sur les bords du Rhin, associée aux légendes germaniques lui fournira les thèmes d'inspiration et le titre de ses neuf poésies «Rhénanes», rassemblées dans le recueil Alcools.
1902 De retour à Paris, il publie "L'Hérésiarque" dans La Revue Blanche plus trois poèmes, signés Wilhem de Kostrowitzky. Il travaille comme journaliste à L'Européen et devient employé de banque.
1903-1904 Il devient rédacteur en chef de deux revues, l'une consacrée aux spéculations boursières et bien éloignée de l'autre, le Festin d'Ésope vouée à la poésie, dans laquelle il donne une première version de l'Enchanteur pourrissant, oeuvre poétique en prose. Il publie d'autres poèmes et se lie d'amitié avec des hommes de lettres, parmi lesquels Alfred Jarry, André Salmon, André Billy et Max Jacob, qui l'appellent «Kostro».
En Novembre 1903 et en mai 1904 il part à Londres pour revoir Annie Playden, mais en vain. Annie se montre distante.
1905 Il publie un seul numéro de la Revue Immoraliste et un autre seul numéro de Les Lettres modernes. Installé au Vézinet avec sa mère, Apollinaire y rencontre les peintres Derain, Vlaminck et Braque.
En avril, dans la Revue immoraliste, Apollinaire signale à ses lecteurs le talent d'un jeune artiste espagnol récemment débarqué à Montmartre, Pablo Picasso. Cette rencontre permettra l'élaboration d'une théorie artistique nouvelle, le cubisme qui privilégie l'inspiration abstraite et géométrique au détriment de la représentation du réel.
Le Bateau Lavoir et Le Lapin Agile sont des lieux de ralliement où se retrouvent de jeunes artistes.
Paul Fort fonde Vers et Prose. Apollinaire y collabore.
1907 Le 15 avril, il quitte le domicile de sa mère au Vésinet pour s'installer rue Léonie à Paris. En Mai, il rencontre grâce à Picasso, le peintre aquarelliste, Marie de Laurencin pour la première fois.
Après la faillite de la banque où il travaillait, il signa pour la collection "Les Maîtres de l'Amour" l'édition d'ouvrages libertin français du dix huitième siècle: Sade; Mirabeau, Andréa de Nerciat, abbé de Grécourt.
Il traduit Giorgio Baffo, Arétin, F. Delicado. Il publie deux romans érotiques sous les initiales G.A: Les Exploits d'un jeune don Juan et Les Onze mille verges.
1908 Dans La Phalange, il publie Onirocritique et le noyau du Bestiaire. Il anime une conférence consacrée à la poésie symboliste au Salon des Artistes indépendants. Apollinaire écrit une préface au catalogue de l'exposition du Cercle de l'art moderne du Havre qu'il intitule 'Les Trois vertus plastiques."
A partir de 1909 Il débute une collaboration en qualité de critique d'art à L'Intransigeant et au Mercure de France. Apollinaire vit avec Marie Laurencin. Le Douanier Rousseau fait un portrait naïf du couple: "la Muse inspirant le poète". Il publie des poèmes dans La Phalange.
1909 Apollinaire écrit des articles de critique sur la littérature féminine et des poèmes sous le pseudonyme de Louise Lalanne. La mystification sera révélée à la fin de l'année.
Le premier mai, "La Chanson du mal aimé" paraît dans Le Mercure de France.
Le 13 juillet, son ami André Salmon se marie et Apollinaire compose un poème pour l'occasion.
En décembre, son premier livre, "L'Enchanteur pourrissant", illustré de bois de Derain, paraît à cent exemplaires:
Peuplée de personnages mythiques empruntés aux romans de la Table ronde (Merlin, Viviane, Morgane), cette oeuvre de jeunesse, dont les surréalistes feront plus tard l'éloge, se veut une célébration des légendes de l'Occident. Toutefois, y sont sous-jacents des thèmes très personnels, comme le mystère de l'origine et le secret des pouvoirs de l'enchanteur poète, à la fois menacé et inspiré par les forces vives de l'amour.
Apollinaire déménage à Auteuil au 15 puis au 37 de la rue Gros.
1910 Il est journaliste à l'Intransigeant et publie une anthologie sur Le Théâtre Italien pour L'Encyclopédie Littéraire illustrée. En octobre, il publie un recueil de contes, L'Hérésiarque et compagnie; recueil de seize contes merveilleux à tonalité fantastique, qui rate de peu le prix Goncourt.
1911 En Mars, il publie "Le Bestiaire" ou "Cortège d'Orphée", illustré par des gravures de Raoul Dufy. Chroniqueur, il commence la rubrique de la vie anecdotique au Mercure de France qu'il tiendra jusqu'à sa mort.
Sur le banc des accusés:
Le 21 août 1911, la Joconde est volée. L'enquête effraie Apollinaire: un ami lui
a confié une sculpture et quelques statuettes
phéniciennes
elles aussi volées
au musée du
Louvre. Il les restitue. Mais le mal est
fait.
Le 7 septembre, inculpé pour complicité de vol. Apollinaire est incarcéré à la Santé. Il y écrit quelques-uns des vers les plus poignants d'Alcools.
Le 12 septembre, il est relâché et l'affaire se termine par un non-lieu. La Joconde sera retrouvée deux ans plus tard en Italie. Le voleur est un nationaliste italien qui considère que l'œuvre avait été volée par la France à l'Italie, alors que la France l'avait acquise par un legs volontaire de Léonard de Vinci à François Ier.
1912 Avec Salmon, Tudesq, Dalize et André Billy, il fonde la revue, Les Soirées de Paris. Apollinaire y contribue avec des poèmes, des notes d'art et des échos à chaque numéro. Il prend en charge la direction de la revue à partir de 1913.
Marie Laurencin quitte Guillaume Apollinaire, ne supportant
plus sa jalousie maladive. Apollinaire est déprimé.
Apollinaire écrit Le Pont Mirabeau et publie L'Antitradition
futuriste en français et en italien. Il se lie d'amitié avec Picabia et fait la
connaissance de Blaise Cendrars.
"Alcools" paraît. C'est le recueil de ses meilleurs poèmes écrits entre 1898 et 1912, dont il a supprimé toute ponctuation. Fasciné par le développement des villes modernes, il place en tête des poèmes d'Alcools le texte Zone, d'inspiration toute récente issue de son observation de la modernité qui le pousse à développer son goût des images insolites et des innovations poétiques. Ce poème est proche des Pâques à New York de son ami Blaise Cendrars. Mais le journal chic de l'époque, le Mercure de France, l'éreinte.
1913 Le premier janvier, Apollinaire quitte Auteuil pour s'installer à Paris, au 202 Boulevard Saint Germain. Ce sera son dernier domicile.
En février, les futuristes italiens exposent à Paris.
En mai, il fait paraître un livre de critique d'art: "Les Peintres cubistes" dont il devient un des animateurs et théoriciens.
Il est le premier à célébrer l'art naïf du Douanier Rousseau. Il parle avec admiration de Matisse. Il préface la première exposition de Georges Braque. Il voyage en Angleterre avec Picabia et à Berlin avec Delaunay pour voir l'exposition de ce dernier.
Le 29 juin, Apollinaire publie L'Antitradition futuriste en français et en italien. Il publie aussi un nouveau roman libertin "La Rome des Borgia" peut-être écrit par son ami René Dalize.
Il rédige le catalogue descriptif de l'Enfer
de la Bibliothèque Nationale, en collaboration avec F. Fleuret et L. Perceau. Il
référence les ouvrages érotiques de l'Enfer dont sous la cote 101, le célèbre
Kâma Sûtra.
1914 Apollinaire écrit ses premiers calligrammes.
Il fréquente
de plus en plus Montparnasse devenu le centre cosmopolite de la peinture. Il séjourne à La Baule et à Deauville avec André Rouveyre
au moment où la guerre est déclarée. Lors de la mobilisation générale, il fait sa demande
de naturalisation française.
En septembre, il rencontre Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou.
Le 6 décembre, il s'engage et part pour le trente-huitième régiment d'artillerie de campagne, à Nîmes. Lou l'y rejoint le lendemain. La liaison est très sensuelle.
Envoyé sur le front, il partage la vie et les souffrances de tous ceux qui se battent dans les tranchées. Cette épreuve lui inspire de nombreux poèmes qui mêlent à l'horreur des évocations de la guerre, l'espoir de la vie et de l'amour. Il écrit aussi des lettres du front qu'il envoie à sa bien-aimée.
Il en
publiera un petit nombre dans Calligrammes en
1918, accompagnées de «Poèmes de la paix et de la guerre» de «poèmes
conversations» et d'«idéogrammes lyriques» qui associent dessins et mots sous
forme de poèmes graphiques. Les autres lettres feront l'objet, en 1947, d'une
publication posthume sous le titre de "Poèmes de Lou".
Il publie deux nouveaux romans libertins "La fin de Babylone"
et
"Les trois Don Juan" soit Don Juan Tenorio, Don Juan
Manara, Don Juan d'Angleterre.
1915 Le 28 mars, Lou rompt définitivement sa liaison qu'elle juge trop sexuelle. Désespéré, Apollinaire se porte à nouveau volontaire pour le front en Champagne. Il est nommé brigadier.
Il rencontre, dans un train, une jeune femme, Madeleine Pagès qui vit près d'Oran. Il entre en correspondance avec elle avant de devenir son fiancé. Il commence à échanger des lettres avec une jeune poétesse de Montpellier, Yves Blanc qui devient sa marraine de guerre.
Le premier septembre, il est nommé Maréchal des logis. Il est affecté dans les tranchées aux environs de Reims.
En décembre, il a une permission et séjourne dans la famille de Madeleine, à Oran en Algérie.
1916 Le 9 mars, il est naturalisé français. Il est ensuite affecté dans le 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant.
Le 17 mars, remonté en première ligne, il est atteint à la tête par un éclat d'obus.
En Avril, il est à l'hôpital Italien au quai d'Orsay.
Le 9 mai, il est trépané et abandonne définitivement ses projets de mariage avec Madeleine.
Il publie le "Poète assassiné " recueil de nouvelles et de contes à la fois mythiques et autobiographiques.
En Octobre, remis sur pied, Apollinaire veut remonter au front, mais d'incessants maux de tête le font réformer. Sa vie nonchalante dans les milieux littéraires, reprend.
23 novembre, il envoie sa dernière lettre à Madeleine.
1917 Pierre Reverdy fonde Nord Sud. Philippe Soupault et André Breton le considèrent Apollinaire comme le Maître de sa génération.
Le 18 mai, il fait représenter la première de Parade, un ballet avec une musique de Satie, des costumes et des décors de Picasso et un argument de Cocteau.
Le 24 juin, il fait représenter sa pièce, Les Mamelles de Tirésias, dans laquelle il donne sa définition du surréalisme:
"Pour caractériser mon drame je me suis servi d'un néologisme qu'on me pardonnera car cela m'arrive rarement et j'ai forgé l'adjectif surréaliste qui ne signifie pas du tout symboliste comme l'a supposé Monsieur Victor Basch, dans son feuilleton dramatique, mais définit assez une tendance de l'art […] Et pour tenter, sinon une rénovation du théâtre, du moins un effort personnel, j'ai pensé qu'il fallait revenir à la nature même, mais sans l'imiter à la manière des photographes"
Ce drame surréaliste qui, sur le ton de la farce, traite de questions sérieuses comme la «repopulation», fournit à André Breton le nom même du mouvement qui perdurera par la suite.
Ce drame est joué sans lendemain le 14 juin 1917 et transformé par Francis Poulenc en opéra-comique représenté en 1945 à Paris.
Le 26 décembre, il fait une conférence au Vieux Colombier: L'Esprit nouveau et les poètes.
Il publie un nouveau recueil de poèmes: Vitam impendere amorie.
Il écrit un scénario de cinéma, La Bréhatine, avec André Billy.
Il rencontre Jacqueline Kolb "la jolie rousse"du dernier poème de Calligrammes.
1918 Le premier janvier, atteint de congestion pulmonaire, il entre à l'hôpital.
En janvier, Les Mamelles de Tirésias paraissent aux éditions SIC.
Le 2 mai, il épouse Jacqueline Kolb à la mairie du VIIème arrondissement. Vollard et Picasso sont ses témoins.
Il collabore au Temps, au Siècle, à Paris-Midi, à L'Intransigeant, à L'Excelsior et à L'Information.
Le 15 avril, les éditions du Mercure de France publient Calligrammes, dédié à la mémoire de René Dalize, mort au combat le 7 mai 1917.
Il prépare deux pièces et un autre drame, Couleur du temps, en 3 actes et en vers, joué une seule fois au Théâtre Lara le 24 novembre 1918 et publié en 1920.
Il écrit le livret d'un opéra bouffe, Casanova.
Il publie quelques chroniques aux éditions de la Sirène sous le titre Le Flâneur des deux rives, évocations de Paris teintées de surréalisme.
Il écrit en collaboration avec André Rouveyre, la Très plaisante histoire [...] de Perceval le Gallois (1918) d'après les anciens textes.
Il travaille à un roman "La Femme assise" édité en 1920 et réédité en 1948.
9 novembre 1918 Atteint de la grippe espagnole, il meurt à l'âge de 38 ans. Dans les rues, les parisiens célèbrent la fin de la guerre.
Le 13 novembre, il est enterré au Père-Lachaise. Autour de ses amis effondrés, la foule en liesse chante «À bas Guillaume!» Non pas contre le poète, mais contre l'Empereur de l'Allemagne vaincue.
Sa mère et son frère le suivent de près dans la mort en 1919.
Éditions posthumes:
1925 Il y a réédition en 1947
1926 Anecdotiques,
1928 Les Epingles, contes inédits,
1929 Contemporains pittoresques,
1946 L'Esprit nouveau et les Poètes, recueils des articles publiés au Mercure de France et ailleurs,
1947 Ombre de mon amour et poèmes de Lou, deux recueils de poèmes inédits,
1948 Lettres à sa marraine, écrites pendant la guerre,
1952 Le Guetteur mélancolique, poèmes inédits et Tendre comme le souvenir, lettres.
Les poèmes d'Apollinaire ont souvent inspiré les compositeurs:
Honneger mit en musique six poèmes d'Alcools,
Francis Poulenc de nombreux poèmes, ainsi que Louis Durey et Jean Rivier.
Magicien un peu mystificateur pour ceux qui l'ont connu, il laisse souvent percer la mystification sous la magie musicale de ses vers.
Les tentatives d'une poétique nouvelle révèlent la vraie grandeur d'Apollinaire; et son influence, qui a été profonde sur l'art de tout le demi-siècle dernier, est très loin d'avoir cessé aujourd'hui.