CHÂTAIGNE D'ARDÈCHE
Depuis 2006, la châtaigne bénéficie
d'une appellation d'origine contrôlé (AOC)
châtaigne d'Ardèche qui s'étend principalement sur le département de
l'Ardèche et également sur quelques communes de la Drôme et du Gard. Les producteurs s'appellent des castanéïculteurs,
nom tiré de la racine latine castanea.
En plus de la châtaigne fraîche, cinq autres produits sont concernés par cette AOC châtaigne d'Ardèche : la châtaigne sèche, les brises de châtaigne sèches, les châtaignes entières épluchées, la purée de châtaigne et la farine de châtaigne. Le Décret n° 2010-1290 du 27 octobre 2010 reproduit ci dessous, confirme l'appellation d'origine contrôlée «Châtaigne d'Ardèche»
L'Arrêté du 22 novembre 2010 modifié par l'arrêté du 14 septembre 2011, est relatif à la lutte contre le cynips du châtaignier (Dryocosmus kuriphilus).
CAHIER DES CHARGES DE L'APPELLATION D'ORIGINE «CHÂTAIGNE D'ARDÈCHE»
Service compétent de l'Etat membre :
Institut national de l'origine et de la qualité, 51, rue d'Anjou, 75008 Paris.
Téléphone : (33) 01-53-89-80-00.
Télécopie : (33) 01-42-25-57-97.
Courriel : info@inao.gouv.fr.
Groupement demandeur :
1. Nom : Syndicat de défense de la châtaigne d'Ardèche (SDCA).
2. Adresse : 4, avenue de l'Europe-Unie, BP 128, 07001 Privas Cedex.
Téléphone : 04-75-64-71-86.
Courriel : chataigneardeche@free.fr.
Site : www.chataigne-ardeche.com.
3. Composition : producteurs/transformateurs(x) autres.
Le Syndicat de défense de la châtaigne d'Ardèche (SDCA) est issu de l'évolution
des statuts en septembre 2005 du Syndicat des producteurs de châtaignes
d'Ardèche (SPCA). Ce dernier avait été initialement créé en 1949 avec pour
mission la défense du produit et des producteurs.
Peuvent adhérer à la structure tout opérateur (producteur,
producteur-transformateur, metteur en marché, transformateur) intervenant dans
la méthode d'obtention de la châtaigne d'Ardèche. Le syndicat compte
actuellement environ 230 adhérents.
Type de produit :
Classe : 1.6. Fruits et légumes en l'état ou transformés.
1. Nom du produit Châtaigne d'Ardèche.
2. Description du produit
L'appellation d'origine « Châtaigne
d'Ardèche » est réservée aux fruits issus des variétés locales anciennes de
Castanea sativa Miller et produits dans l'aire géographique.
Il s'agit de fruits de forme elliptique de taille petite à moyenne, avec un apex
prononcé terminé par un plumet.
D'une couleur allant du châtain clair au marron foncé, les fruits sont marqués
par des stries verticales. La cicatrice placentaire (le hile) est petite, de
forme rectangulaire et ne remonte pas sur les faces latérales du fruit. Le tan
(ou peau intérieure) est fin et duveteux, de couleur marron clair, et peut
pénétrer l'amande jusqu'à la partager. Après épluchage, l'amande du fruit est de
couleur blanc crémeux à jaune pale et présente des nervures en surface.
L'appellation d'origine « Châtaigne d'Ardèche » se présente sous forme de
châtaignes fraîches, de châtaignes sèches entières ou de farine de châtaignes.
La châtaigne fraîche possède les caractéristiques suivantes :
― un fruit frais dont l'amande est turgescente et le péricarpe brillant,
présenté à la vente au consommateur en lots de calibre homogène, comportant au
plus 100 fruits/kilogramme ;
― une fois cuite, une texture ferme puis fondante en bouche ;
― des arômes typiques se caractérisant par des notes discrètes de brioche, de
pain au lait, de potimarron, de patate douce et de miel ;
― un goût sucré distinctement perceptible, éventuellement accompagné d'une
légère amertume.
La châtaigne sèche possède les caractéristiques suivantes :
― une châtaigne entière, débarrassée de son péricarpe et de son tan présentant
une amande de forme elliptique ;
― un taux d'humidité n'excédant pas 10 % ;
― une couleur allant du jaune pâle au jaune soutenu ;
― des nervures verticales de l'amande clairement visibles pouvant présenter des
traces résiduelles de tan ;
― des odeurs de fruits secs du type amande et noisette, et de gâteau, voire des
notes fumées quand il s'agit de produits fumés au feu de bois ;
― après réhydratation, des caractéristiques physiques et aromatiques proches de
la châtaigne fraîche.
La farine de châtaignes possède les caractéristiques suivantes :
― une couleur allant du blanc cassé au jaune, avec une touche de gris ;
― une granulométrie inférieure ou égale à 0,8 mm, ce qui lui donne une texture
fine au toucher ;
― au niveau des odeurs et des arômes en bouche : des notes de fruits secs du
type amande et noisette, et de gâteau, voire des notes fumées quand il s'agit de
produits fumés au feu de bois ;
― un goût typique de châtaigne d'Ardèche également bien présent ;
― une perception du sucré et de l'amertume plus marquée que dans le fruit frais.

3. Délimitation de l'aire géographique
L'aire géographique de la « Châtaigne
d'Ardèche » se situe à l'ouest de la vallée du Rhône, sur la bordure du Massif
central et s'étend principalement sur le territoire du département de l'Ardèche.
Elle est formée de 197 communes dont 188 communes de l'Ardèche, 7 communes du
Gard et 2 communes de la Drôme.
Les critères ayant servi à délimiter cette aire géographique allient à la fois
les composantes du milieu physique adaptées aux exigences écologiques du
châtaignier et les facteurs humains liés à la production de la « Châtaigne
d'Ardèche ».
Le milieu physique est caractérisé notamment par son relief accidenté, une
topographie de pente, une roche mère plutonique, métamorphique et localement
volcanique, des sols acides, évolués, profonds, bien drainés et souvent pauvres,
une altitude comprise entre 300 et 900 m, les étages de végétation allant du
méditerranéen supérieur à la base du montagnard, avec une pluviosité comprise
entre 700 et 800 mm/an.
Les facteurs humains liés à la production de la « Châtaigne d'Ardèche » pris en
compte pour réaliser l'aire géographique sont : la présence de châtaigneraies
anciennes entretenues ou abandonnées, un bâti ou des aménagements témoins d'une
activité castanéicole (clèdes, ériciés...), des traces d'activité économique
liée à la châtaigne ou des circuits de commercialisation existants, les preuves
d'une dynamique locale (remise en état de châtaigneraies, nouvelles plantations,
activités artisanales de transformation des châtaignes, activités de
valorisation de la châtaigneraie comme les sentiers du châtaignier...).
Une analyse multicritère a permis de définir l'aire géographique où doivent se
réaliser les opérations suivantes : production des châtaignes, tri,
transformation et conditionnement.
Cette aire géographique s'étend au territoire des communes suivantes :
Département de l'Ardèche
Accons, Ailhon, Aizac, Ajoux, Albon-d'Ardèche, Alboussière, Alissas, Antraigues-sur-Volane, Arlebosc, Asperjoc, (Les) Assions, Astet, Aubenas, Aubignas, Barnas, Beauchastel, Beaumont, Beauvène, Berzème, Boffres, Borne, Boucieu-le-Roi, Bozas, Burzet, Chalencon, Chambonas, Champis, Chassiers, Châteauneuf-de-Vernoux, Chazeaux, (Le) Cheylard, Chirols, Colombier-le-Jeune, Colombier-le-Vieux, Coux, (Le) Crestet, Creysseilles, Darbres, Désaignes, Dompnac, Dornas, Dunière-sur-Eyrieux, Empurany, Fabras, Faugères, Flaviac, Fons, Freyssenet, Genestelle, Gilhac-et-Bruzac, Gilhoc-sur-Ormèze, Gluiras, Gourdon, Gravières, Intres, Issamoulenc, Jaujac, Jaunac, Joannas, Joyeuse, Juvinas, Labastide-sur-Bésorgues, Labatie-d'Andaure, Labégude, Lablachère, Laboule, Lachapelle-sous-Aubenas, Lachapelle-sous-Chanéac, Lalevade-d'Ardèche, Lamastre, Largentière, Laurac-en-Vivarais, Laval-d'Aurelle, Laviolle, Lentillères, Loubaresse, Lussas, Lyas, Malarce-sur-la-Thines, Malbosc, Marcols-les-Eaux, Mariac, Mayres, Mercuer, Meyras, Mézilhac, Mirabel, Montpezat-sous-Bauzon, Montréal, Montselgues, Nonières, Nozières, (Les) Ollières-sur-Eyrieux, Pailharès, Payzac, Péreyres, Planzolles, Pont-de-Labeaume, Pourchères, Prades, Pranles, Privas, Prunet, Ribes, Rocher, Rochessauve, Rocles, Rompon, Rosières, (Le) Roux, Sablières, Saint-Agrève, Saint-Andéol-de-Vals, Saint-André-Lachamp, Saint-Apollinaire-de-Rias, Saint-Barthélemy-Grozon, Saint-Barthélemy-le-Meil, Saint-Barthélemy-le-Plain, Saint-Basile, Saint-Christol, Saint-Cierge-la-Serre, Saint-Cierge-sous-le-Cheylard, Saint-Cirgues-de-Prades, Saint-Didier-sous-Aubenas, Saint-Etienne-de-Boulogne, Saint-Etienne-de-Fontbellon, Saint-Etienne-de-Serre, Saint-Félicien, Saint-Fortunat-sur-Eyrieux, Saint-Genest-de-Beauzon, Saint-Genest-Lachamp, Saint-Georges-les-Bains, Saint-Gineis-en-Coiron, Saint-Jean-Chambre, Saint-Jean-de-Muzols, Saint-Jean-le-Centenier, Saint-Jean-Roure, Saint-Jeure-d'Andaure, Saint-Joseph-des-Bancs, Saint-Julien-Boutières, Saint-Julien-du-Gua, Saint-Julien-du-Serre, Saint-Julien-en-Saint-Alban, Saint-Julien-Labrousse, Saint-Julien-le-Roux, Saint-Laurent-du-Pape, Saint-Laurent-les-Bains, Saint-Laurent-sous-Coiron, Saint-Martin-de-Valamas, Saint-Martin-sur-Lavezon, Saint-Maurice-en-Chalencon, Saint-Mélany, Saint-Michel-d'Aurance, Saint-Michel-de-Boulogne, Saint-Michel-de-Chabrillanoux, Saint-Paul-le-Jeune, Saint-Pierre-de-Colombier, Saint-Pierre-la-Roche, Saint-Pierre-Saint-Jean, Saint-Pierreville, Saint-Pons, Saint-Priest, Saint-Privat, Saint-Prix, Saint-Romain-de-Lerps, Saint-Sauveur-de-Montagut, Saint-Sernin, Saint-Sylvestre, Saint-Victor, Saint-Vincent-de-Durfort, Sainte-Marguerite-Lafigère, (Les) Salelles, Sanilhac, Sceautres, Silhac, (La) Souche, Tauriers, Thueyts, Toulaud, Ucel, Valgorge, Vals-les-Bains, (Les) Vans, Vaudevant, Vernon, Vernoux-en-Vivarais, Vesseaux, Veyras.
Département de la Drôme Gervans, Tain-l'Hermitage.
Département du Gard Aujac, Bordezac, Courry, Gagnières,
Meyrannes, Peyremale, Saint-Brès.
Identification parcellaire :
En outre, chaque parcelle ou châtaignier isolé fait l'objet d'une identification
propre sur des critères relatifs à :
― la configuration paysagère (secteurs pentus retenus et secteurs de plaine
exclus) ;
― le type de parcelles (exclusion des parcelles situées hors d'une zone
castanéicole traditionnelle).
Pour bénéficier de l'appellation d'origine « Châtaigne d'Ardèche », les
châtaignes sont récoltées dans des vergers ou sur des châtaigniers isolés,
identifiés et situés dans l'aire géographique susmentionnée. L'identification
des vergers ou des châtaigniers isolés est effectuée sur la base des critères
relatifs à leur lieu d'implantation fixés par le comité national en charge des
produits agroalimentaires de l'Institut national de l'origine et de la qualité
en sa séance du 11 décembre 2003, après avis de la commission d'experts désignée
à cet effet.
Tout producteur désirant faire identifier un verger ou un châtaignier isolé en
effectue la demande par le biais d'une « déclaration de châtaigniers » déposée
auprès des services de l'INAO au plus tard le 30 avril de l'année de la première
déclaration de récolte et s'engage à respecter les critères relatifs à leur lieu
d'implantation.
La demande est enregistrée par les services de l'INAO. L'enregistrement vaut
identification de la parcelle tant qu'il n'est pas constaté de non-respect de
l'engagement du producteur.
Tout verger ou châtaignier isolé pour lequel l'engagement visé ci-dessus n'est
pas respecté est retiré de la liste des vergers ou des châtaigniers isolés
identifiés par les services de l'INAO après avis de la commission d'experts.
Les listes des critères et des vergers ou des châtaigniers isolés identifiés
sont consultables auprès des services de l'INAO et du groupement.
4. Eléments prouvant que le produit est originaire de l'aire géographique
La châtaigne d'Ardèche est suivie et
contrôlée depuis le châtaignier jusqu'au produit final par le biais de contrôles
documentaires, de contrôles sur site, d'examens analytiques et organoleptiques.
Identification des opérateurs :
L'ensemble des opérateurs intervenant dans les conditions de production
(producteurs, stations fruitières, producteurs ― expéditeurs, producteurs ―
transformateurs) sont identifiés, ainsi que leurs moyens de production, par le
biais d'une déclaration d'identification déposée auprès du groupement avant le
30 avril de l'année de la première revendication en appellation d'origine.
Celle-ci décrit notamment les éléments ci-après relatifs aux châtaigniers :
variétés, dates de plantation/surgreffage, nombre d'arbres, surface.
Tout opérateur qui souhaite ne pas affecter tout ou partie de ses moyens de
production à l'appellation d'origine doit souscrire auprès du groupement avant
le 30 avril, pour l'année en cause, une déclaration de non-intention de
production pour l'appellation d'origine qui peut porter sur tout ou partie de
son outil de production.
Traçabilité et contrôle des conditions de production :
Tout opérateur intervenant dans les conditions de production de l'appellation
d'origine tient à jour une comptabilité matières au moyen de registres retraçant
l'ensemble des mouvements des produits et le déroulement des manipulations,
permettant le contrôle des conditions de production.
Les châtaignes pour lesquelles est revendiquée l'appellation d'origine contrôlée
sont comptabilisées séparément des autres.
Les producteurs tiennent à jour un cahier de culture où sont recensées les
opérations d'élagage, d'amendements et de fertilisation (types d'apport par
parcelle, et en cas d'apports de matières organiques non agricoles : analyses
des lots, dates d'apport).
Chaque apport de châtaignes d'un producteur à un autre opérateur s'accompagne de
l'émission d'un bon d'apport conservé par les deux parties, comportant au
minimum les références des opérateurs, les quantités de châtaignes par variété,
la date de livraison.
Les producteurs de châtaignes souscrivent annuellement une déclaration de
récolte auprès du groupement avant le 15 février suivant la récolte, précisant
les quantités de châtaignes fraîches produites au verger et leurs destinations.
Selon les types d'opérateurs, les registres de manipulation indiquent : les
dates et types de désinsectisation, le type de séchage, le conditionnement.
Au terme des activités annuelles de collecte, de tri, de transformation et de
conditionnement, chaque opérateur effectue une déclaration annuelle de stock et
de commercialisation auprès du groupement avant le 10 septembre suivant la
récolte, récapitulant les quantités de châtaignes sous les différentes formes de
présentation, entrées, mises en œuvre, commercialisées et en stock.
Chaque contenant unitaire est identifié par un système de marquage.
Contrôles sur le produit :
Des examens analytique et organoleptique sont réalisés sur des échantillons
prélevés par sondage parmi les lots conditionnés.
Les châtaignes sèches et la farine sont soumises à un examen analytique réalisé
par un laboratoire agréé par les pouvoirs publics : leur taux d'humidité est
mesuré. Les échantillons ayant été jugés conformes à l'examen analytique sont
soumis à un examen organoleptique. Les aspects examinés sont les suivants :
― pour la farine : la granulométrie ;
― pour les châtaignes sèches entières : les défauts d'aspect ;
― les critères descriptifs du produit appréciés par dégustation.
Pour les châtaignes fraîches, un examen organoleptique est réalisé sur tous les
échantillons prélevés. Il porte sur l'homogénéité variétale, le calibre minimal,
la qualité sanitaire des fruits (extérieure et intérieure, après découpe),
l'aspect général des fruits.
En outre, une partie des échantillons fait l'objet d'une dégustation (pour cela,
les châtaignes fraîches sont cuites) afin d'en vérifier la conformité par
rapport aux autres éléments décrits au point 2.
Les documents suivants répondent à un modèle approuvé par le directeur de l'INAO
:
― déclaration de châtaigniers ;
― déclaration d'identification ;
― déclaration de non-intention de production pour l'appellation d'origine ;
― déclaration de récolte ;
― déclaration annuelle de stock et de commercialisation.
Les autres données sont enregistrées sur des documents propres à chaque
opérateur.
5. Description de la méthode d'obtention
Toutes les opérations depuis la production des châtaignes jusqu'au conditionnement sont réalisées dans l'aire géographique décrite.
5.1. Production des châtaignes
Variétés et vergers :
Les châtaignes sont récoltées dans des vergers ou sous des châtaigniers isolés,
identifiés selon la procédure décrite dans le point 3.
Les châtaignes proviennent exclusivement des variétés locales anciennes de
l'espèce Castanea sativa Miller sélectionnées au fil des siècles dans les
différents bassins de production ardéchois par l'interaction entre les
conditions naturelles locales et le travail de l'homme. Ceci exclut notamment
les variétés hybrides. Ces variétés locales anciennes donnent des fruits
caractéristiques, tels que décrits dans la partie II du cahier des charges : des
fruits petits à moyens, un tan souvent pénétrant, un goût typique et développé.
Elles sont répertoriées et décrites précisément dans l'ouvrage Marrons et
châtaignes d'Ardèche, écrit par Jacky Reyne en 1984.
Jusqu'à la récolte 2011 incluse, à l'intérieur de chaque verger, la présence de
châtaigniers d'autres variétés que les variétés locales anciennes autorisées est
admise sans que leur nombre n'excède 20 % du nombre de châtaigniers du verger
considéré. Les fruits de ces châtaigniers sont récoltés et stockés séparément et
ne peuvent prétendre à l'appellation d'origine « Châtaigne d'Ardèche ».
Les châtaigniers sont conduits selon les dispositions suivantes :
Densité de plantation :
Lors de son entrée en production, chaque châtaignier doit disposer d'un espace
de 100 m au minimum, libre de tout autre arbre et être espacé d'au moins 7 m des
arbres d'autres espèces de la parcelle.
Greffage :
Les arbres sont greffés sur un porte-greffe de l'espèce Castanea.
Entrée en production des arbres :
Le bénéfice de l'appellation d'origine ne peut être accordé qu'aux châtaignes
provenant d'arbres qui ont au minimum huit ans après leur plantation ou cinq ans
à partir de la pose du greffon en cas de surgreffage.
Entretien des châtaigniers :
Les châtaigniers doivent être régulièrement entretenus au niveau sanitaire. Il
doit y avoir suppression régulière des rejets et entretien de la couverture
végétale du sol.
Lors de l'entrée en production des châtaigniers, seule la culture des
myrtilliers et l'enherbement fauché ou pâturé sont autorisés dans un rayon de 7
m autour du tronc de chaque arbre, en tant que culture intercalaire.
Avant chaque récolte, le sol doit être nettoyé de toute couverture végétale
autre que l'herbe et les myrtilliers, pouvant gêner la récolte, dans un rayon de
7 m au minimum autour du tronc de chaque châtaignier.
Tous les châtaigniers doivent être élagués au moins une fois tous les vingt ans.
La culture des myrtilliers ou la production d'herbe sous les châtaigniers sont
des pratiques traditionnelles qui ont été maintenues. La châtaigneraie
traditionnelle ardéchoise étant souvent formée de parcelles de très petite
taille ou d'arbres isolés, l'option a été prise de raisonner l'entretien par
arbre et non par verger entier.
Amendement :
La fertilisation et les amendements chimiques sont interdits.
L'épandage de produits organiques d'origine non agricole ou non forestière et de
boues de station d'épuration, seuls ou en mélange, n'est autorisé sur les
parcelles qu'à condition que ces produits soient analysés lot par lot (camion,
citerne,...), concernant les germes pathogènes, les métaux lourds et les
composés-traces organiques retenus dans la réglementation avant épandage et
compostés. Ils doivent être immédiatement enfouis après épandage.
Rendement :
Le rendement annuel maximum de châtaignes fraîches par châtaignier, en moyenne
sur l'exploitation, quelle que soit leur destination, est fixé à 100 kg. En
outre, ne peuvent prétendre à l'appellation d'origine que les châtaignes
récoltées dans des vergers dont la production totale, quelle que soit sa
destination, ne dépasse pas 5 t de châtaignes fraîches à l'hectare en moyenne
sur l'exploitation.
Récolte :
Les châtaignes sont récoltées à maturité après la chute des fruits qui peut être
assistée par gaulage. L'utilisation de matériel de vibrage ou de produit
chimique visant à hâter la chute des fruits est interdite.
Le ramassage se fait directement sur le sol ou sur filet. Le ramassage est
réalisé manuellement ou assisté d'outils mécaniques qui n'endommagent pas les
fruits.
Stockage :
Avant leur mise en œuvre ou leur entrée en chambre froide, les fruits sont
stockés dans des emballages aérés placés dans un local sec, aéré, et à l'abri de
la lumière.
Les fruits doivent être récoltés rapidement après leur chute : toute production
livrée aux stations fruitières et aux transformateurs ne doit pas présenter plus
de 15 % de fruits présentant des traces d'attaque de champignons.
5.2. Eléments spécifiques aux châtaignes destinées à la commercialisation sous
la forme «châtaigne fraîche»
Les châtaignes destinées à la
commercialisation sous la forme de châtaignes fraîches, entières, et non
épluchées n'ont pas subi de congélation et répondent aux dispositions suivantes.
Tri, désinsectisation, calibrage :
Les fruits récoltés doivent être triés sur table ou par flottaison.
Ensuite, ils sont désinsectisés par trempage longue durée en eau froide
(immersion des fruits dans l'eau durant neuf jours au minimum, puis ressuyage),
par choc thermique ou par fumigation au moyen d'une substance autorisée.
Les producteurs vendant leur propre production dans le cadre de circuits courts
traditionnels de vente, c'est-à-dire avec au plus un intermédiaire entre le
producteur et l'utilisateur final, sont exemptés de l'obligation de
désinsectiser les lots commercialisés avant le 10 novembre qui suit la récolte.
Ils doivent procéder sur ces lots à un tri visuel sur table précédé d'une
flottaison. L'étiquetage des emballages unitaires de châtaignes issu de ces lots
contenant les châtaignes concernées comporte la mention « châtaignes non
désinsectisées ».
A compter du 10 novembre, toutes les châtaignes fraîches doivent faire l'objet
d'une désinsectisation selon une des méthodes définies ci-dessus.
Le calibrage des châtaignes est effectué sur des grilles à trous ronds. Les
châtaignes destinées à la vente au consommateur final doivent présenter un
calibre correspondant à 100 fruits maximum par kilogramme.
Présentation :
Les châtaignes sont conditionnées dans des emballages, propres et aérés
permettant de préserver les caractéristiques et la qualité du produit.
La vente au consommateur final des châtaignes fraîches est réalisée dans des
contenants d'une capacité inférieure ou égale à 10 kg. Dans chaque contenant,
les châtaignes présentent un calibre homogène. La vente au consommateur final
est réalisée dans l'emballage d'origine.
Les châtaignes conditionnées sont stockées dans un local ventilé et à l'abri de
la lumière. Les emballages définitifs peuvent être regroupés dans un contenant
aéré de plus grande dimension. En cas de stockage en chambre froide, la
température minimale est de ― 1 °C.
5.3. Eléments spécifiques aux châtaignes destinées à la commercialisation sous
la forme « châtaignes sèches entières » et « farine de châtaigne »
La transformation s'effectue à partir de châtaignes fraîches n'ayant pas subi de
congélation.
Séchage :
La température de séchage ne doit pas excéder 50 °C.
En cas séchage des châtaignes au feu de bois, si les fruits sont en contact avec
la fumée, les produits secs qui en sont issus portent la mention « fumé(s) » ou
« élaboré(s) à partir de châtaignes séchées au bois avec fumée ». Le séchage est
alors réalisé exclusivement au bois, à l'exclusion des bois de résineux et des
bois ayant fait l'objet d'un traitement chimique.
Dépiquage et tri :
Les châtaignes sont dépiquées et triées.
Le dépiquage consiste en la séparation mécanique ou manuelle des deux peaux
(péricarpe et tan) et de l'amande après séchage.
Le tri visuel des châtaignes sèches, permettant d'écarter les fruits présentant
des traces d'attaque par des champignons ou d'insectes ainsi que les châtaignes
mal épluchées, doit être effectué après le dépiquage.
Stockage des châtaignes sèches avant transformation et conditionnement :
Préalablement à leur conditionnement, les châtaignes sèches entières sont
stockées dans des contenants hermétiques, à l'abri de l'humidité, de l'air et de
la lumière.
Présentation des châtaignes sèches entières :
Les châtaignes sèches entières conditionnées présentent un taux d'humidité
inférieur ou égal à 10 %. Dans chaque contenant, les châtaignes présentent un
calibre homogène.
Moulinage :
Les châtaignes mises en œuvre contiennent au maximum 2 % de châtaignes non
issues des variétés locales anciennes de l'espèce Castanea sativa Miller, 5 % de
châtaignes sèches présentant un défaut d'aspect (début d'attaque par des
champignons ou des insectes) et 5 % de châtaignes dont plus d'un tiers de la
surface est recouverte de tan séché.
Les châtaignes sèches entières ou brisées sont moulinées, par moulin à marteaux
ou par moulin à meule jusqu'à l'obtention d'une farine.
Le cumul des châtaignes présentant l'un ou l'autre de deux types de défauts
précisés ci-dessus ne peut pas dépasser 8 % du nombre de châtaignes sèches mises
en œuvre.
Stockage de la farine de châtaignes avant conditionnement :
Préalablement à son conditionnement, la farine de châtaignes est stockée dans
des contenants hermétiques, à l'abri de l'humidité, de l'air et de la lumière.
Présentation de la farine de châtaignes :
La farine présente un taux d'humidité inférieur ou égal à 10 %.
Conditionnement des châtaignes sèches entières et de la farine de châtaigne :
Le conditionnement des châtaignes sèches entières et de la farine de châtaigne
est effectué dans des emballages hermétiques, neufs et propres.
Les châtaignes sèches entières et la farine sont conditionnées dans des
contenants d'une capacité inférieure ou égale à 10 kg.
Les produits conditionnés sont stockés dans un local sec et à l'abri de la
lumière.
La vente au consommateur final est réalisée dans l'emballage d'origine.
5.4 Justification du conditionnement dans l'aire géographique
Les éléments suivants justifient
d'imposer un conditionnement obligatoire dans l'aire géographique :
La châtaigne fraîche est un fruit frais. La châtaigne fraîche épluchée contient
environ 55 % d'eau (source : monographie « Châtaignes et marrons » du CTIFL). A
ce titre, il est sujet à dessiccation ou à fermentation en cas de conditions de
stockage et de manipulations inadéquates. Ceci peut occasionner l'apparition de
moisissures, de pourriture et d'odeurs parasites qui portent préjudice aux
caractéristiques du produit. Le cahier des charges prévoit donc des conditions
de stockage évitant toute évolution négative du produit. Il prévoit par ailleurs
des types d'emballage à utiliser (taille maximale, emballage aéré) afin de
préserver ses caractéristiques. Le groupement communique auprès des acheteurs
sur la nécessité de conserver ces fruits au froid et de ne pas les traiter comme
des fruits secs.
Les variétés utilisées étant des variétés locales, l'adaptation des méthodes de
désinsectisation, de tri et de calibrage à chacune, au sein du bassin de
production où elles sont connues, constitue un savoir-faire local.
Le conditionnement des châtaignes fraîches dans l'aire permet donc de préserver
les caractéristiques du produit.
Enfin, le conditionnement dans l'aire géographique est de nature à apporter des
garanties en termes de traçabilité et contrôle sur le produit. En effet, la
châtaigne est un produit fongible, c'est-à-dire qu'il peut facilement y avoir
mélange au sein des emballages de fruits d'origines ou de variétés différentes.
Le système de marquage apposé sur chaque contenant unitaire au moment du
conditionnement dans l'aire géographique et qui accompagne le produit jusqu'à la
commercialisation finale apporte une garantie supplémentaire de la
non-substitution des produits au moment de la commercialisation.
Pour les formes sèches : ces produits sont susceptibles de se réhydrater ou de
s'oxyder s'ils ne sont pas conditionnés rapidement. L'utilisation de
conditionnements hermétiques tels que prévus dans le cahier des charges permet
d'éviter ou de limiter ces phénomènes. En outre, le conditionnement dans l'aire
géographique permet de limiter le temps d'attente avant conditionnement. Enfin,
il est obligatoire de conditionner ces produits dans des contenants de volume
limité, ce qui limite la durée de contact du produit avec l'air, même après
ouverture. La taille de ces contenants est adaptée à leur utilisation.
Ces éléments permettent de conclure que pour les châtaignes fraîches aussi bien
que pour les formes de conservation sèches le conditionnement est une condition
de production qui concourt à la préservation des caractéristiques du produit. De
ce fait, cette opération doit être réalisée dans l'aire géographique.
5.5. Définition de campagnes de production et de transformation
Afin de garantir au mieux le respect de
la qualité initiale des châtaignes, des campagnes de récolte, de séchage et de
transformation ont été fixées.
La campagne de récolte des châtaignes se déroule entre le 10 septembre et le 31
décembre. Les châtaignes destinées à la commercialisation sous forme sèche
doivent avoir été séchées au plus tard le 31 janvier suivant leur récolte. La
transformation finale des châtaignes (un stockage des châtaignes sèches avant
transformation en farine est possible) intervient au plus tard le 31 août de
l'année qui suit celle de leur récolte.
En cas de conditions climatiques exceptionnelles, ces dates peuvent être
modifiées par le directeur de l'INAO sur demande motivée du groupement
considéré.
5.6. Pourcentages de défauts
Pour les produits conditionnés, des
tolérances de calibres et de défauts sont définies ci-après.
Pour les châtaignes fraîches, la présence de châtaignes de calibres inférieurs
au calibre indiqué sur l'étiquetage est tolérée dans la limite maximale de 10 %
du nombre de fruits.
Dans chaque contenant, la présence de châtaignes présentant des traces d'attaque
interne par un champignon ou un insecte est tolérée dans la limite maximale de
10 % du nombre de fruits.
Pour les contenants où figure le nom de la variété, la présence d'autres
variétés de l'appellation d'origine que celle indiquée est tolérée dans la
limite maximale de 10 % du nombre de fruits.
Pour les châtaignes sèches entières, la présence de châtaignes présentant des
traces d'attaque par des champignons ou des insectes est tolérée dans la limite
maximale de 2 % du nombre de châtaignes. La présence de châtaignes sèches dont
plus d'un tiers de la surface est recouverte de seconde peau séchée ou de
châtaignes brisées est tolérée dans la limite maximale de 5 % du nombre de
châtaignes.
La quantité totale de châtaignes présentant des traces d'attaque ou des défauts
d'épluchage ne peut pas dépasser 5 % du nombre total de châtaignes sèches
conditionnées.
Pour les deux formes de présentation ci-dessus, les châtaignes issues d'autres
variétés que les variétés locales anciennes de l'espèce Castanea sativa Miller
n'excèdent pas 2 % du nombre de fruits par contenant.
6. Eléments justifiant le lien avec l'origine
6.1. Spécificités de l'aire
L'aire géographique de la « Châtaigne
d'Ardèche » se situe à l'ouest de la vallée du Rhône et s'étend principalement
sur le territoire du département de l'Ardèche, sur les bordures méridionales et
orientales du Massif central.
Les critères ayant servi à délimiter cette aire géographique allient à la fois
les caractéristiques du milieu naturel et les facteurs humains liés à la
production de « Châtaigne d'Ardèche ». Une analyse multicritère a permis de
définir l'aire géographique où doivent se réaliser les opérations suivantes :
production des châtaignes, tri, transformation et conditionnement.
L'aire géographique issue de l'application de ces critères est formée de 197
communes, dont 188 communes de l'Ardèche, 7 communes du Gard et 2 communes de la
Drôme.
Les limites naturelles de cette aire sont les suivantes :
― au nord, l'aire géographique s'arrête à la vallée du Doux ;
― au sud, la limite inclut la partie gardoise de la vallée du Chassezac ;
― à l'ouest, les reliefs (montagnes de Lozère, montagne ardéchoise et plateau du
Mézenc) forment une barrière physique et altitudinale de la culture du
châtaignier ;
― à l'est, la limite est matérialisée par des changements :
― géologiques (fin des roches métamorphiques et plutoniques, apparition de
terrains sédimentaires) ;
― topographiques (altitude inférieure à 300 m, ouverture sur les plaines d'Alès
et de la vallée du Rhône) ;
― paysagers (paysages ouverts utilisés par d'autres cultures : arboriculture
fruitière, viticulture, oléiculture).
Les éléments qui caractérisent l'aire géographique sont les suivants :
Facteurs naturels : l'aire géographique se situe sur la bordure sud-est du
Massif central, ancien massif hercynien érodé puis plissé et affecté par le
volcanisme pendant l'ère tertiaire. Le plissement alpin est à l'origine de son
relief bien marqué.
Les châtaigneraies de l'Ardèche se situent principalement sur des formations
plutoniques et métamorphiques. Suivant les substrats d'origine, l'exposition et
la pluviosité locale, les sols sont plus ou moins évolués, mais ont pour
caractères communs d'être pauvres en nutriments, acides (4,8 à 5,5) et bien
drainés.
Le châtaignier a trouvé son territoire d'élection dans les zones escarpées, sur
les pentes où il bénéficie d'un ensoleillement maximum et où les cultures
intensives ou plus exigeantes n'étaient pas possibles. Les secteurs de plaine ne
peuvent pas porter des châtaigneraies identifiées en appellation d'origine.
Le territoire de la châtaigneraie ardéchoise se caractérise en outre par une
altitude de 300 à 800 m (quelquefois 900 m selon les expositions) et une
pluviométrie moyenne de 700 à 800 mm par an avec pas plus de deux mois secs. Son
climat est classé dans les climats mésothermiques, à été tempéré et long et
hivers froids.
Facteurs humains : du haut Vivarais à la Cévenne ardéchoise, toute la zone des
pentes ardéchoises au-dessous de 800 ou 900 m, suivant les expositions, est
indissociable, dans la mémoire des hommes, du châtaignier. Elément marquant du
paysage, il a été pendant des siècles le pivot de toute une culture et une
composante indispensable de l'économie de la région.
Le châtaignier a fait l'objet d'une culture importante en Ardèche dès le Moyen
Age. Les tout premiers documents faisant allusion à l'utilisation de la
châtaigne datent du xive siècle et viennent du sud de la zone. C'est la charte
des Vans de 1313 où il apparaît que le droit d'enregistrement des marchandises
est payé en « blé, sel et châtaignes ». En 1336, il est mentionné qu'à Thuyets
des châtaignes sèches sont utilisées pour payer le cens (impôt seigneurial). Un
texte de 1338 indique qu'à Gravières la dîme payée à l'Eglise est payée en
châtaigne fraîche ou sèche depuis 80 à 100 ans. La châtaigne, fraîche ou sèche,
est un produit si courant qu'il sert dans le paiement des impôts.
L'étude des cadastres de 1390 à 1970 et les comptes des paroisses montrent que
la conquête des pentes par les châtaigneraies s'est surtout effectuée aux xviie
et xviiie siècles, période où les échanges s'organisent entre régions. La
châtaigne devient monnaie d'échange contre les grains et autres denrées plus
difficiles à produire dans les zones de pente, provenant du plateau ardéchois ou
de régions plus lointaines (Velay, Auvergne, Bourgogne). Cet essor commercial
entraîne le développement de gros bourgs aux pieds des reliefs, au débouché des
vallées et sur le passage des sentiers muletiers, où se développeront de grand
marchés de châtaignes dont certains subsistent encore (Privas, Aubenas, Les Vans
ou encore Saint-Sauveur-de-Montagut).
Pendant cette période, l'espace est fortement consacré à la culture du
châtaignier bien que les terres aient également potentiellement une vocation
céréalière. Cette évolution des pratiques agricoles correspond à une forte
augmentation, voire à une surabondance de la population qui trouve une activité
sur place avec l'industrie de la soie. Le châtaignier devient alors « l'arbre à
pain », la châtaigne « le pain de bois », aliment de base faisant l'objet d'une
culture vivrière de subsistance. Il est admis à l'époque en effet qu'une
châtaigneraie procure deux à trois fois plus de calories à l'hectare que des
céréales.
On assiste alors à la mise en place d'une culture dominante, à un niveau
d'intensification élevé. Le châtaignier devient le pilier de cette économie,
fournissant la nourriture des gens et des bêtes, ainsi que le bois destiné à de
multiples usages (charpentes, meubles...). Différents outils ou techniques
spécialisés pour les travaux sur le châtaignier (pinces ou « fourcoles » pour le
ramassage), le stockage des châtaignes « ériciés » ou « boursiers » pour stocker
les châtaignes fraîches), et leur transformation sont développés à cette époque.
Un des signes d'un début de forte commercialisation des châtaignes en dehors des
exploitations est l'augmentation des volumes séchés, l'extériorisation des
séchoirs traditionnels hors du logis et la diversité de l'outillage inventé. En
1600, dans son Théâtre d'agriculture, l'agronome ardéchois Olivier de Serres
cite la technique du séchage. Cette pratique atteint son apogée au milieu du
xixe siècle, période où la fabrication des cruses (nom local des châtaignes
sèches) semble être répandue en tous lieux.
Le séchage des châtaignes pouvait se faire dans des claies installées dans la
cheminée ou bien dans un appartement communiquant avec la cheminée (dans les
Boutières on parle de « mator »). Des fours étaient également adaptés pour
recevoir des claies. C'est la « clède », construction en pierres sèches
généralement de forme carrée à un étage, qui représente le mieux le séchage des
châtaignes. Elle pouvait être isolée dans la châtaigneraie ou intégrée au
hameau. Le toit ne comportait généralement pas de cheminée, la fumée s'échappant
au travers des fenestrous (petites fenêtres) ou des pierres disjointes. L'air
chaud en passant à travers les châtaignes entraînait la dessication des fruits
brassés par le producteur. Différents outils ont été mis en place pour piser ou
dépiquer (éplucher) les châtaignes sèches : utilisation d'un « pestel » (sorte
de pilon garni de clous à son extrémité), d'une « pise » (pièce de bois ronde ou
carrée dont une face est ornée de dents carrées sculptées dans le bois ou
composée de clous en fer et montée sur un manche courbe relativement fin) ou de
« soles » (souliers à semelles de bois dans lesquelles sont fichées des pointes
dentées)... Ces techniques demandaient souvent un « repisage » qui pouvait être
réalisé plus tard dans l'année, quand il y avait moins de travaux agricoles.
Les châtaignes sèches étaient broyées dans les moulins à meule utilisés pour les
céréales pour obtenir de la farine, au fur et à mesure des besoins. En effet,
les châtaignes sèches se conservent mieux que la farine. Les châtaignes sèches
étaient utilisées dans les échanges, mais la farine était généralement produite
au plus près des lieux de consommation.
L'examen des Mercuriales (archives départementales de l'Ardèche) montre que la
châtaigne est présente à la vente de septembre à juin, voire juillet certaines
années : il s'agit alors de formes conservées de la châtaigne d'Ardèche. La
Mercuriale de 1812-1813 est la plus complète et a été étudiée par plusieurs
chercheurs (Bruneton-Giovarni, Molinier).
Il y a moins de traces écrites concernant la farine de châtaigne, de
consommation familiale, que les châtaignes sèches, qui circulaient plus
largement. La présence des moulins atteste néanmoins de la production de farine
en Ardèche depuis au minimum le début du xviie siècle. Les moulins à grains
ardéchois servaient en effet principalement à la production de farine de
céréales (blé, seigle, orge...) mais aussi à la production de farine de
châtaigne (« Richesse des moulins d'Ardèche » [2009] de Jean-Pierre Azéma).
L'article Raoul Nogier Meunier ardéchois, au moulin du Mazel
(Saint-Joseph-des-Bancs) 1925-2003 paru dans le magazine Le Monde des moulins,
n° 5, juillet 2003, relate l'histoire d'un moulin vieux de trois siècles où se
réalisaient la mouture des céréales, de la châtaigne, voire la production
d'huile de noix. On peut citer aussi le moulin de la Mègue à Saint-Mélany qui «
au début du siècle dernier, assurait encore la fabrication de la farine [de
châtaigne] pour toute la vallée de la Drobie... » (Ardèche, la civilisation du
châtaignier par Christian Boucher, 2006).
La châtaigneraie atteint son maximum vers 1850, avec 58 000 ha. Ensuite, ce
développement se ralentit, puis les surfaces commencent à régresser. La
révolution industrielle, premier moteur de l'exode rural, le développement des
cultures de substitution, des hivers très rigoureux sont autant d'éléments qui
contribuent à ce déclin. Cette évolution s'accélère au xxe siècle, avec les
effets supplémentaires de la mévente des fruits, des coupes systématiques pour
l'industrie des tanins, et l'apparition des maladies cryptogamiques (encre et
endothia). De 50 000 t de fruits produits en 1890, sur plus de 50 000 ha, il ne
reste de nos jours que 4 à 5 000 t, récoltés sur une surface de 5 à 6 000 ha,
soit une diminution tout de même cinq fois moins importante que celle qu'a
connue la production nationale dans le même laps de temps.
Les techniques de séchage intéressent les inventeurs et quelques séchoirs
modernes apparaissent au début xxe siècle. Dans les années 1920, apparaissent
également des machines à « piser » les châtaignes sèches, c'est-à-dire
débarrasser mécaniquement les fruits encore chauds de leurs deux peaux. La
transformation se rationalise. Des systèmes sont mis en place pour faire
circuler les châtaignes sèches depuis les clèdes jusqu'aux décortiqueuses, ainsi
que des calibreuses.
Après le démantèlement des moulins à céréales traditionnels, la production de
farine de châtaigne d'Ardèche se trouve assurée essentiellement par des petites
unités de transformation, dédiées à la transformation de la châtaigne, qui
réalisent la mouture avec des moulins à meule ou à marteaux.
Pendant les périodes de guerre, l'armée a reconnu le rôle essentiel joué par la
farine de châtaigne et les châtaignes sèches produites en Ardèche. En effet, en
octobre 1917, le ministre du ravitaillement lance un projet d'approvisionnement
des troupes avec du pain élaboré avec de la farine de châtaigne d'Ardèche, mais
ceci n'aboutit pas du fait de la forte consommation locale de ce produit. Un
arrêté du 5 février 1945 réglemente la circulation des châtaignes sèches en
Ardèche : celles-ci sont réservées au ravitaillement général de l'Ardèche et ne
doivent pas être sorties du département. Ces deux épisodes soulignent
l'importance des formes sèches de présentation de la châtaigne d'Ardèche.
D'aliment essentiel pour la population locale, la châtaigne d'Ardèche, aussi
bien fraîche que sèche, devient une part de la gastronomie locale : rôties de
châtaignes au coin du feu, pâtisseries, pains à la farine de châtaigne,
accompagnement des plats de fêtes de fin d'année...
Dès le xixe siècle, les pâtissiers s'intéressent à la châtaigne indépendamment
de son utilisation quotidienne habituelle, car la population se détourne de la
consommation journalière de châtaignes simplement bouillies. En ce sens,
l'Ardèche est le berceau de la valorisation des châtaignes. Le développement des
produits transformés à base de châtaigne d'Ardèche a été favorisé par trois
facteurs : la disponibilité en main-d'œuvre formée aux travaux délicats suite à
la crise de la soie, l'abondance et la qualité de la matière première.
On peut citer plusieurs entreprises qui ont développé dès le xixe siècle des
produits renommés utilisant initialement la châtaigne d'Ardèche comme ingrédient
principal.
La Société anonyme des marrons glacés et confiseurs privadois Sérardy réunis a
été créée en 1882 à partir du savoir-faire du pâtissier confiseur privadois
Sérardy. Elle fabriquait entre autres des marrons glacés (qui est une châtaigne
confite dans le sucre). Clément Faugier débutera en 1887 dans cette entreprise
pour fabriquer les marrons glacés à plus grande échelle et industrialiser la
production.
La purée de châtaigne apparaît dans les catalogues de vente d'artisans locaux
(1900, Aubenas, Etablissements Contassot et Cie), et à cette même époque
Guillaume Appollinaire en vante les mérites : « et l'on ne saurait pas, vieux,
assez t'encourager à m'envoyer de ces marrons optimes qui réduits en purée
honorent fort Privas ».
Les Etablissements Sabaton à Aubenas sont quant à eux nés en 1907. Ils avaient
dans leur gamme dès 1910 des marrons glacés et de la crème de marrons. La
Société des marrons glacés d'Aubenas, Contassot & Cie, qui, en association avec
Gustave Imbert, donne aujourd'hui la société Marrons-Imbert, travaillait quant à
elle dès la fin du xixe siècle, comme l'atteste le catalogue 1900 des archives
départementales, dans la fabrication des marrons glacés, confits, au sirop et de
la crème de marrons.
Quant à la crème de marrons de l'Ardèche qui utilisait des brisures de marrons
glacés, celle-ci a vite pris le pas en termes de volume sur le marron glacé, la
crème pouvant se consommer toute l'année, le plus souvent comme une confiture.
Malgré la réduction de la production depuis le xixe siècle, châtaigneraie et
castanéiculteurs sont toujours présents, tout comme le fort attachement culturel
qui lie les Ardéchois aux châtaignes. Il est important de souligner que
l'Ardèche est le premier département producteur de châtaignes en France.
6.2. spécificités du produit
Typicité du produit : l'appellation
d'origine « Châtaigne d'Ardèche » se présente sous forme de châtaignes fraîches,
de châtaignes sèches entières (épluchées) ou de farine de châtaignes. Elle est
issue exclusivement des variétés locales anciennes de Castanea sativa Miller.
La châtaigne d'Ardèche est un fruit de forme elliptique avec un apex prononcé
terminé par un plumet. Elle est de taille petite à moyenne. La cicatrice
placentaire (le hile) est petite, de forme rectangulaire et ne remonte pas sur
les faces latérales du fruit. Le tan (ou peau intérieure) peut pénétrer l'amande
jusqu'à la partager. En effet, les variétés locales anciennes ne permettent pas
d'obtenir des fruits de grande taille non cloisonnés. Elles ont été
sélectionnées depuis des siècles sur l'aspect gustatif. Après épluchage,
l'amande du fruit est de couleur blanc crémeux à jaune pale et présente des
nervures en surface.
L'utilisation des variétés locales anciennes parfaitement adaptées aux
conditions de milieu, confèrent à la « Châtaigne d'Ardèche » sous forme fraîche
des arômes typiques se caractérisant par des notes discrètes de brioche, de pain
au lait, de potimarron, de patate douce et de miel. En outre, son goût est
distinctement sucré, éventuellement accompagné d'une légère amertume. La texture
des châtaignes cuites est d'un abord ferme puis fondant en bouche.
La châtaigne sèche a subi un séchage modéré et progressif et présente de ce fait
des odeurs de fruits secs du type amande et noisette et de gâteau. Après
réhydratation, elle présente une texture et des caractéristiques aromatiques
proches de la châtaigne fraîche.
La farine de châtaignes présente une couleur allant du blanc cassé au jaune,
avec une touche de gris. Sa granulométrie est fine (0,8 mm au maximum). A
l'odeur puis en bouche se dégagent des notes de fruits secs du type amande et
noisette et de gâteau. Au niveau dégustation, les goûts typiques de la châtaigne
d'Ardèche sont aussi présents. La perception du sucré et de l'amertume sont plus
marqués que dans le fruit frais.
Les savoir-faire : en parallèle à la formidable extension du châtaignier en
Ardèche, qui a conquis les secteurs de pentes, la sélection des variétés ou
cultivars adaptés aux contextes pédoclimatiques locaux voit le jour. Dès 1600,
Olivier de Serres, célèbre agronome à Villeneuve de Berg en Ardèche, cite la
Sardonne ou « marron de Lyon ». C'est le cas également des variétés Garinche et
Comballe, sélectionnées pour leur adaptation aux zones d'altitude, dont
l'obtention remonterait au xviiie siècle. Chacune des zones castanéicoles
d'Ardèche s'est donc organisée très tôt à partir des variétés les mieux
adaptées, les développant suivant leurs propriétés spécifiques (bonne ou faible
conservation en frais, aptitude ou non à l'épluchage et au séchage...). Adaptées
à ce terroir, ces variétés possèdent des qualités gustatives supérieures et
spécifiques. Parmi les variétés les plus réputées, peuvent être citées : la
Comballe, la Merle, la Bouche de clos, la Bouche Rouge, la Sardonne, l'Aguyane
et la Précoce des Vans. Les autres variétés, moins connues, ne sont pas à
négliger car elles font partie de la richesse biologique locale.
La châtaigne d'Ardèche est conduite en verger de type traditionnel. Même si des
versants entiers sont couverts de châtaigniers, la châtaigneraie traditionnelle
ardéchoise, pour des questions d'aménagements fonciers, est souvent formée de
parcelles de très petite taille ou d'arbres isolés. Les châtaigniers peuvent
être mêlés à des arbres d'autres essences, ce qui demande de raisonner
l'entretien par arbre et non par verger entier. Seuls les arbres greffés sur un
porte-greffe de type Castanea sont retenus en appellation d'origine. Les
châtaigniers doivent être établis sur des secteurs de pente. Etant dans un
milieu particulièrement propice à leur développement, les arbres peuvent
atteindre des envergures très importantes (30 m de hauteur) et pour cela, une
densité maximale a été fixée : il ne peut pas y avoir plus de 100 châtaigniers à
l'hectare. Chaque châtaignier doit disposer de 100 m² au minimum, libres de tout
arbre. La situation des châtaigniers en altitude, en pente et avec une densité
limitée favorise la répartition de la lumière dans la frondaison et
l'alimentation des fruits.
Afin de respecter l'aspect multifonctionnel de la châtaigneraie ardéchoise
(production de bois, de fruits, lieu de pâture, lieu de randonnée, partie de
l'écosystème local...), les arbres d'autres essences ainsi que l'enherbement et
la présence de myrtilliers ne sont pas interdits dans les châtaigneraies à
condition qu'ils ne gênent pas le développement des châtaigniers.
Les abords des châtaigniers doivent faire l'objet d'un entretien régulier,
notamment par la suppression des rejets, l'entretien de la couverture végétale
et de façon cyclique, l'élagage, ce qui garantit la pérennité de la
châtaigneraie.
Le choix a été fait de respecter au plus près le rythme de l'arbre et de
privilégier les solutions naturelles : la fertilisation et les amendements
chimiques sont interdits et les traitements en cours de culture sont
actuellement quasiment inexistants et principalement des traitements de type «
lutte biologique ».
Comme autrefois, les châtaignes sont récoltées à maturité après la chute des
fruits qui peut être assistée par gaulage. L'utilisation de matériel de vibrage
ou de produit chimique visant à hâter la chute des fruits est interdite. Le
ramassage se fait directement sur le sol ou sur filet. Les fruits doivent être
mis en œuvre rapidement après la récolte pour éviter le développement des
moisissures. Un tri et une désinsectisation permettent d'éliminer au maximum les
fruits défectueux.
Sous des dehors de fruit résistant, la châtaigne est un fruit frais et fragile,
sensible aux moisissures et aux insectes. Pour la conserver et profiter de ses
bienfaits toute l'année, il a fallu inventer des techniques de conservation
capables de prolonger la durée de vie des châtaignes. Parmi ces techniques, le
séchage est sans doute la plus aboutie, par les outils mis en œuvre, la
succession des opérations nécessaires et les résultats obtenus.
Le principe est de faire perdre à la châtaigne fraîche une partie de son eau
(jusqu'à une teneur en eau d'au maximum 10 %) afin qu'elle se conserve, puis
d'ôter les deux peaux protectrices du fruit. Par cette méthode, les fruits bien
préparés et bien entreposés peuvent se conserver plusieurs années. La réduction
des châtaignes en farine facilite leur utilisation dans les préparations de
pâtisserie.
Le séchage doit être modéré et progressif, pour respecter les caractéristiques
des châtaignes. Ceci a conduit à fixer une température maximale de 50 °C pour
éviter les déshydratations brutales. Le séchage peut se faire au feu de bois ou
par séchoir à air pulsé. En cas de contact des fruits avec la fumée, le séchage
confère une note fumée aux châtaignes sèches ou à la farine et ceci est donc
indiqué sur l'étiquetage.
Ensuite, les deux peaux du fruit sont retirées mécaniquement ou manuellement :
les châtaignes sont « dépiquées ». Elles sont ensuite triées pour éliminer les
fruits présentant des défauts.
Le moulinage en farine est réalisé par des moulins à meules ou des moulins à
marteaux, jusqu'à l'obtention de la finesse requise.
Les châtaignes fraîches, les châtaignes sèches ainsi que la farine sont utilisés
dans une multitude de préparations culinaires salées ou sucrées ardéchoises.
La notoriété : les écrits mentionnant les châtaignes fraîches et les châtaignes
sèches en Ardèche datent du xive siècle. Ce n'est qu'avec la commercialisation
des châtaignes fraîches, des châtaignes sèches et de la farine de châtaigne en
dehors de leur berceau d'origine que le nom « châtaigne d'Ardèche » est utilisé.
La qualité de la châtaigne d'Ardèche est reconnue dès le xixe siècle : les
comparaisons des cours entre différents départements montrent que, malgré la
règle générale qui veut que les zones de plus grosses productions soient
également les zones où les cours sont les plus bas, la châtaigne d'Ardèche fasse
exception. Les auteurs écrivent : « dans ce cas l'explication doit plutôt être
rapportée à la qualité de la marchandise offerte et dans la longue tradition
exportatrice de ce département ».
Depuis cette période, la châtaigne d'Ardèche n'est plus seulement un produit
consommé localement mais un produit de qualité reconnue, consommé dans toute la
France. « Les mangeurs de châtaignes en effet ne sont pas seulement les pauvres
habitants des montagnes [...] mais aussi toute une population rurale ou citadine
qui s'en nourrit ou s'en délecte en l'achetant. » (Ariane Bruneton-Governatori).
La châtaigne d'Ardèche achetée sur les marchés de Lamastre et d'Aubenas par les
commissionnaires du quai Saint-Antoine devient « Marron de Lyon » et se vend à
Paris, dans l'est et le nord de la France. L'arrondissement de Tournon « en
exporte à Lyon, dans le Midi et dans la Haute-Loire une quantité considérable »
(enquête de 1810-1811).
Les villes du Sud ― Marseille, Alès, Nîmes ― sont les plus friandes de
châtaignes sèches d'Ardèche, où elles sont consommées par les familles de
pêcheurs.
Au début du xxe siècle, l'Ardèche approvisionne des maisons d'alimentation de
Paris (Avenir agricole de l'Ardèche, 1919), en farine de châtaigne et châtaignes
entières d'Ardèche, pour usage culinaire, en confiserie et en pharmacie.
Les châtaignes d'Ardèche, qu'elles soient fraîches, sèches ou sous forme de
farine, bénéficient donc d'une réputation ancienne attestée. Le dynamisme de la
filière permet d'entretenir cette réputation.
Les châtaignes d'Ardèche sont réputées à travers nombre de préparations
culinaires réalisées à partir de châtaigne d'Ardèche :
― plats traditionnels : cousina, écuellée... ;
― confiseries telles que confitures, crème de marrons, marrons glacés ;
― pâtisseries et pains à base de farine de châtaigne d'Ardèche (par exemple la «
baguette ardéchoise »).
De grands chefs ont développé toute une gastronomie liée à l'utilisation de
châtaigne d'Ardèche, comme Régis Marcon dans son restaurant « trois étoiles » de
Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire) ou Jean-François Chanéac, dans son
restaurant de Sagnes et Goudoulet (Ardèche).
Des fêtes locales sont organisées autour de ce produit : les Castagnades et des
lieux de mémoire font découvrir la civilisation du châtaignier aux visiteurs :
la maison du châtaignier de Saint-Pierreville, le musée de la châtaigneraie à
Joyeuse.
Le parc naturel régional des monts d'Ardèche, créé en 2001 et dont l'identité
est fortement liée à la châtaigneraie ardéchoise et la châtaigne d'Ardèche,
contribue à faire connaître davantage ce produit et son histoire.
Feuille de châtaigner du Miocène
supérieur trouvée en Ardèche
6.3. Lien causal
Le châtaignier est une espèce
typiquement acidophile et calcifuge. Il apprécie les sols légers, drainants et
redoute les sols trop humides, compacts et mal aérés. Les caractéristiques
naturelles de l'aire géographique de production de la châtaigne d'Ardèche (sols
acides sur formations plutoniques ou métamorphiques, altitudes de 300 à 800 m,
températures moyennes et pluviométrie suffisantes...) ont apporté à cet arbre un
milieu tout à fait adapté à son écologie, comme en témoigne la présence de
pollen ainsi que de nombreuses feuilles fossilisées, permettant d'affirmer que
le châtaignier y prospérait à l'état sauvage dès l'ère tertiaire.
La position des châtaigneraies sur des secteurs de pentes leur permet en outre
un ensoleillement optimal pour l'alimentation des fruits. Les pluies de fin
d'été ou de début d'automne au sud de l'Ardèche sont particulièrement favorables
au développement et au grossissement des fruits, qui est une phase importante du
cycle du châtaignier.
Avec le greffage, s'est développée la culture du châtaignier pour ses fruits. La
culture du châtaignier est attestée depuis le Moyen Age en Ardèche et dès le
xive siècle on trouve des écrits mentionnant cette production. A cette époque
est aussi mentionnée explicitement l'utilisation de châtaignes sèches comme
monnaie pour payer les impôts.
L'augmentation forte de la population ardéchoise du xviie au xxe siècle a
entraîné le développement de la culture de la châtaigne, qui pour une même
surface fournissait deux fois à trois fois plus de calories qu'une culture de
céréales. L'Ardèche ne se prête en effet pas au développement de cultures
intensives. A l'époque, le châtaignier est qualifié « d'arbre à pain » et
conquiert les pentes ardéchoises. Les cruses ou châtaignes sèches remplaçaient
bien souvent les céréales qui faisaient défaut. Réduites en farine, elles
pouvaient être utilisées en pâtisserie ou pour la fabrication du pain.
Différents outils et bâtis spécifiques développés localement prouvent un ancrage
fort de la production, du séchage et du broyage des châtaignes dans la vie
rurale ardéchoise.
La multifonctionnalité fait partie de l'essence même du territoire castanéicole.
Parmi ces fonctions, le pâturage, la production sylvicole font partie intégrante
des activités associées à la châtaigneraie traditionnelle ardéchoise et
participent à la gestion des paysages ruraux. Les techniques de production de la
châtaigne d'Ardèche sont restées aussi proches que possible des techniques
traditionnelles : culture en zone de pentes uniquement, plantations à basse
densité, limitation des intrants, techniques de conservation des châtaignes
respectant les caractéristiques du fruit et permettent de retrouver dans le
produit les caractéristiques de ces variétés traditionnelles. Une châtaigneraie
entretenue et récoltée signifie aussi une biodiversité préservée, une protection
contre des risques environnementaux : incendies, érosion, gestion de l'eau, et
le maintien de paysages ouverts.
Des siècles d'expérience ont amené le paysan d'Ardèche à sélectionner des
variétés adaptées aux conditions spécifiques des sols, climats et expositions et
répondant à ses propres besoins en produit frais, ou à transformer. Chacune des
zones castanéicoles d'Ardèche s'est donc organisée à partir des variétés-phares
les mieux adaptées, développant suivant leurs propriétés spécifiques (bonne ou
faible conservation en frais, aptitude ou non à l'épluchage et au séchage...)
des usages particuliers dont le bâti est parfois encore témoin (clèdes, silos à
châtaignes). Ces variétés ont été sélectionnées sur leurs qualités
organoleptiques.
Adaptées à ce terroir et bénéficiant de conditions naturelles très propices à
l'alimentation des fruits en sucre, ces variétés sont caractérisées par un goût
typique et une perception du sucré fortement développés. Elles contribuent en
outre à la richesse de la biodiversité ardéchoise et à sa valeur culturelle.
La majorité de ces variétés locales produit des fruits de taille relativement
réduite comparativement aux autres variétés, notamment les variétés hybrides.
Ainsi, les producteurs sélectionnent les plus gros fruits pour la vente en frais
et utilisent les fruits plus petits et plus cloisonnés pour l'élaboration des
châtaignes sèches ou la farine.
La gastronomie ardéchoise témoigne de l'utilisation multiple de la châtaigne
aussi bien dans les plats salés que dans les gâteaux ou des produits de
confiserie. L'agronome Olivier de Serres décrit comment sont confectionnées
purée et confiture de châtaigne (Théâtre de l'agriculture, 1600). Au début du
xxe siècle, la châtaigne passe du statut de nourriture de l'agriculteur
ardéchois au statut de nourriture festive et peut même avoir des applications
médicales.
Les artisans et les industriels ardéchois développent la commercialisation de la
purée de châtaignes ou de la crème de marrons et des marrons glacés dans les
années 1900.
Ceci a permis d'engendrer une notoriété importante de la « châtaigne d'Ardèche »
tant sous sa forme fraîche que sous ses formes sèches. Les châtaignes de
l'Ardèche sont aussi synonymes de convivialité, de fêtes (notamment fêtes
d'Antraigues, de Desaignes et Privas) chaleureuses et populaires. On les
retrouve naturellement associées à de nombreuses manifestations, de toute
dimension ― culturelle, sportive ― tant la « rôtie de châtaigne » est un point
de rencontre...
Aujourd'hui le parc naturel régional des monts d'Ardèche, dont les limites
s'appuient sur la zone castanéicole ardéchoise, s'associe avec les Castagnades
d'automne. Au cœur des villages, les Castagnades d'automne réunissent les
castanéïculteurs, artisans, artistes, restaurateurs, professionnels de l'accueil
touristique et plus largement l'ensemble des habitants. Ils se retrouvent pour
faire vivre l'automne dans les monts d'Ardèche et accueillir les visiteurs
autour du fruit, de sa culture, de sa gastronomie mais aussi autour du bois de
châtaigner et ses usages.
La châtaigne occupe une place économique importante en Ardèche. Elle créée
directement plus d'un millier d'emplois sur la filière : dont 50 à 100 pour la
commercialisation et 250 à 300 pour la transformation, et permet à l'Ardèche
d'être le premier département producteur de châtaignes en France.
La châtaigne et la châtaigneraie traditionnelle constituent des enjeux
économiques, sociaux et environnementaux forts pour l'Ardèche. Elles contribuent
au maintien de l'activité rurale dans des zones agricoles défavorisées : 1 000
exploitations situées dans des zones difficiles de montagne ou de piémont sont
concernées par la castanéiculture.
7. Références concernant la structure de contrôle
Nom : Institut national de l'origine et
de la qualité (INAO).
Adresse : 51, rue d'Anjou, 75008 Paris.
Téléphone : 01-53-89-80-00.
Télécopie : 01-42-25-57-97.
L'Institut national de l'origine et de la qualité est un établissement public à
caractère administratif, jouissant de la personnalité civile, sous tutelle du
ministère de l'agriculture, déclaré autorité compétente au sens du règlement n°
882-2004.
Nom : direction générale de la concurrence, de la consommation et de la
répression des fraudes (DGCCRF).
Adresse : 59, boulevard Vincent-Auriol, 75703 Paris Cedex 13.
Téléphone : 01-44-87-17-17.
La DGCCRF est un service du ministère en charge de l'économie.
8. Eléments spécifiques de l'étiquetage
L'étiquetage sur les emballages
unitaires comporte, dans l'ordre suivant, les mentions suivantes dans le même
champ visuel et sur le devant de l'emballage :
― le nom de l'appellation d'origine « Châtaigne d'Ardèche » inscrit en
caractères de dimension au moins égale à celle des caractères les plus grands
figurant sur l'étiquetage ;
― le cas échéant, une des mentions suivantes : « Farine de châtaignes », «
Châtaignes sèches entières », immédiatement après sans mention intermédiaire ;
― le logo « AOP » ;
― jusqu'à l'enregistrement en AOP, la mention « appellation d'origine contrôle »
ou le logo « AOC » ;
― la mention : « fumée(s) » ou « élaborée(s) à partir de châtaignes séchées au
bois avec fumée » selon le mode de séchage.
A l'exception des châtaignes commercialisées en frais, l'année de récolte des
châtaignes figure dans le même champ visuel que les mentions précitées.
L'étiquetage des emballages unitaires de châtaignes exemptées de l'obligation de
désinsectisation, dans le cadre de vente en circuits courts avant le 10 novembre
de la campagne, comporte la mention « châtaignes non désinsectisées ».
Outre l'étiquetage, les documents d'accompagnement et les factures doivent
comporter le nom de l'appellation d'origine, et la mention « appellation
d'origine protégée » ou le logo « AOP » et, jusqu'à l'enregistrement en AOP, la
mention « Appellation d'origine contrôlée » ou « AOC ».
Chaque emballage est identifié par un système de marquage agréé par les services
de l'Institut national de l'origine et de la qualité et distribué par le
groupement.
9. Exigences nationales
Principaux points à contrôler et méthodes d'évaluation :
CONDITIONS DE PRODUCTION |
||
|---|---|---|
Point à contrôler |
Valeur de référence |
Méthode d'évaluation |
Localisation de l'outil de production. |
Tous les outils de production (depuis la production de châtaigne jusqu'au conditionnement) localisés dans l'aire géographique. |
Contrôle documentaire et/ou visuel. |
Implantation des châtaigniers. |
Châtaigniers identifiés dans la liste établie par l'INAO. |
Contrôle documentaire. |
Variétés et cultures intercalaires. |
Pas de variété hybride : variétés locales anciennes. Cultures intercalaires limitées aux myrtilliers ou à l'enherbement entretenu. |
Contrôle documentaire et/ou visuel. |
Tri et désinsectisation des châtaignes fraîches. |
Réalisation d'un tri et d'une désinsectisation réalisés selon les techniques prévues (sauf dérogation encadrée). |
Contrôle documentaire et/ou visuel. |
Date limite de séchage. |
Séchage avant le 31 janvier suivant la récolte. |
Contrôle documentaire et/ou visuel. |
CARACTÉRISTIQUES DU PRODUIT |
||
|---|---|---|
Châtaignes fraîches |
||
Point à contrôler |
Valeur de référence |
Méthode d'évaluation |
Aspects des fruits. |
10 % maximum de fruits présentant des traces d'attaques d'insectes ou de champignons. |
Examen organoleptique. |
Qualité sensorielle. |
Conformité à l'appellation d'origine. |
Examen organoleptique. |
Châtaignes sèches ou farine |
||
Taux d'humidité. |
Taux d'humidité (inférieur ou égal à 10 %). |
Examens analytiques |
Granulométrie, pourcentage de défauts, caractéristiques organoleptiques. |
Conformité à l'appellation d'origine |
Examens organoleptiques. |
LIENS EXTERNES
des recettes de cuisine avec la châtaigne d'Ardèche: http://www.confrerie-chataigne.fr/recettes.html
Le site du syndicat de la châtaigne d'Ardèche: http://www.chataigne-ardeche.com/
La confrèrerie de la châtaigne d'Ardèche: http://www.confrerie-chataigne.fr/
Le parc régional des Monts d'Ardèche: http://www.parc-monts-ardeche.fr
La communauté de communes des châtaigniers: http://www.chataigniers.fr/
Le musée de la châtaigneraie: http://www.pays-beaumedrobie.com/fr/musee-chataign/accueil-chataigne.php
Une vidéo sur la châtaigne d'Ardèche: http://www.youtube.com/watch?v=E5hCKcWRnk8&feature=channel
Une autre vidéo sur la châtaigne d'Ardèche: http://www.dailymotion.com/video/x2634v_travel