BIOGRAPHIE DE JEAN DE LA FONTAINE

"Jean de la Fontaine (1621-1695) fabuliste merveilleux, conteur libertin, a mérité son ciel car il était un ami fidèle même dans l'adversité"
Frédéric Fabre

8 juillet 1621 : Jean de la Fontaine est baptisé en l'église Saint Crépin de Château Thierry. Son père est Charles de La Fontaine, Maître des Eaux-et-Forêts et Capitaine des Chasses à Château-Thierry. Sa mère est Françoise Pidoux, fille du Bailli de Coulommiers. Elle a 12 ans de plus que son époux. A leur mariage, elle est déjà veuve de Louis de Jouy dont elle a eu une fille, Anne de Jouy.

Il passe ses premières années dans l'hôtel particulier que ses parents, ont acheté en 1617 au moment de leur mariage à Château Thierry. Le poète gardera cette maison jusqu'en 1676. Classée monument historique en 1886, la demeure abrite aujourd’hui le Musée Jean de La Fontaine. Au collège de Château Thierry, il y rencontre les frères Maucroix.

26 septembre 1623 : Son frère, Claude La Fontaine est baptisé en l'église Saint Crépin de Château Thierry.

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27 avril 1641 : La Fontaine est admis à l'Oratoire.

28 octobre 1641 : "Invité" à se rendre à la maison de Saint Magloire pour étudier la théologie, il préfère quitter en octobre 1642, sa carrière religieuse.

1645-1647 : La Fontaine fait ses études de droit à Paris. Il fréquente une petite académie littéraire et amicale dite de la "Table Ronde", un groupe de jeunes poètes dont François Maucroix, Pellisson, Furetière, Charpentier, Tallemant de Réaux, Conrart et Antoine Rambouillet de La Sablière qui épousera Marguerite Hessein, la future protectrice de La Fontaine.

1647 : Son père considère qu'à 26 ans, son fils doit se marier. Il organise son mariage avec Marie Héricart alors âgée de 14 ans. Elle est la  fille d’Agnès Petite et de Louis Héricart, lieutenant civil et criminel du baillage de La Ferte-Milon. Le contrat de mariage est signé le 10 novembre, chez le notaire Thierry François sis à la Ferté Milon. Elle lui donne un fils, Charles mais il se lasse très vite de son épouse qu’il délaisse. Il lui préfère ses fréquentations libertines parisiennes.

1649 : La Fontaine est inscrit comme avocat en la Cour du Parlement de Paris. Claude, confrère de l’Oratoire, renonce à sa part d’héritage moyennant pension, en faveur de Jean.

1652 : Le 20 mars, La Fontaine acquiert la charge de Maître particulier triennal des eaux et des forêts du duché de Château-Thierry.

1653 : Le 30 octobre, son fils Charles est baptisé. Jean se montre distant et peu concerné par son fils. François Maucroix, l'ami de toujours en est le parrain. Il assume pleinement son rôle, en contribuant à l'éducation de l'enfant.

1654 : Le 17 août, l'Eunuque, comédie adaptée de Térence et première œuvre de La Fontaine, est publiée.

1657 : La Fontaine écrit des vers pour Fouquet alors Surintendant des Finances.

1658 : En mars ou avril, son père meurt. La Fontaine hérite alors de la charge de capitaine des chasses et de Maître particulier ancien des Eaux et Forêts du duché de Château-Thierry. Il hérite aussi des lourdes dettes de son père. Par soucis de sûreté, La Fontaine et sa femme demandent la séparation de biens. Le ménage lui-même n’est guère plus uni, puisque le poète se montre être un mari indifférent.

Il dédie son poème épique Adonis tiré d’Ovide à Fouquet.

1659 : Jean de La Fontaine entre au service de Fouquet grâce aux bons offices de Jacques Jannart, oncle de son épouse Marie Héricart et substitut de Fouquet au Parlement. Jean écrit, outre une série de poèmes de circonstances prévus contre une "pension poétique", un texte composite à la gloire du domaine de son patron, le Songe de Vaux. Il vit entre Paris chez Jannart et Château Thierry.

1660 : Il se lie avec Charles Perrault, Saint-Evremond et Madeleine de Scudéry qu'il rencontre à Vaux. Il écrit une pièce de théâtre, Les Rieurs du Beau-Richard jouée à Château Thierry devant le duc de Bouillon.

1661 : Le 17 août, La Fontaine assiste en qualité de rapporteur, aux fêtes de Vaux organisés par Fouquet en l'honneur du roi.

Le 5 septembre, Fouquet est arrêté sur ordre du roi avant que le Songe de Vaux ne soit achevé.

1662 : En mars, l'Elégie aux Nymphes de Vaux est imprimée clandestinement. En août, le Duc de Bouillon, neveu de Turenne, seigneur de Château-Thierry épouse Marie-Anne Mancini, plus jeune des nièces de Mazarin. Elle devient ainsi la Duchesse de Bouillon.

1663 : En janvier, La Fontaine écrit l’Ode au Roi, pour demander l'indulgence royale en faveur du malheureux Fouquet. Cette défense lui vaut la haine de Jean-Baptiste Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même. Il rencontre les frères Boileau, Molière et Racine au cabaret de la Croix Blanche, haut lieu du libertinage parisien.

En août, il accompagne en Limousin l'oncle de sa femme, Jacques Jannart dans son exil.

1664 : Le 14 janvier, La Fontaine prend un privilège pour des Nouvelles en vers tirées de Boccace et de l'Arioste.

Le 8 juillet, il reçoit un brevet de Gentilhomme pour servir la mère du Duc de Bouillon, Marguerite de Lorraine, Duchesse douairière d'Orléans, au palais du Luxembourg à Paris. Il y rencontre Mesdames de Sévigné et de La Fayette, ainsi que La Rochefoulcauld. La Fontaine se sépare de corps de Marie Héricart qui se retire à Château Thierry.

Le 10 décembre, il imprime deux contes et des nouvelles tirées de Boccace et de l'Arioste dont Joconde. Cette réécriture suscite une petite querelle littéraire, sous forme d’une compétition avec la traduction qu’en a proposée Bouillon. Le débat porte sur la liberté dont peut disposer le conteur par rapport à son modèle. Le texte de Bouillon est extrêmement fidèle, voire parfois littéral, alors que le texte de La Fontaine s’écarte à plusieurs reprises du récit du Roland furieux. Boileau écrit  La Dissertation sur Joconde pour trancher le débat à l’avantage de La Fontaine.

1665 : Le 10 janvier, Les dix Contes et Nouvelles en vers sont achevés d'être imprimés chez Barbin.

Le 30 juin, Giry publie le tome I de la Cité de Dieu de Saint Augustin dont les œuvres poétiques sont traduites par La Fontaine.

1666 : Le 21 janvier, la deuxième partie des Contes et Nouvelles en vers, est publiée chez Billaine.

1667 : Il donne trois contes inédits au Recueil de Discours Libres et Moraux.

Le 18 février, Giry publie le tome II de la Cité de Dieu de Saint Augustin dont les œuvres poétiques sont toujours traduites par La Fontaine.

1668 : Le 31 mars, des Fables choisies dédiées au Grand Dauphin, sont imprimées chez Barbin. Dans sa dédicace, il explique: "Je me sers d'animaux pour instruire les hommes".

1669 : Le 31 janvier, La Fontaine imprime Les Amours de Psyché et de Cupidon complétés d'Adonis alors inédit. Ce livre  suscite une relative incompréhension puisque sa forme inédite contrevient aux principes élémentaires de l’esthétique classique, par un mélange de prose, de vers, de récits mythologiques tirés d’Apulée et de conversations littéraires. Ce roman met en scène les «quatre amis» représentés par La Fontaine, Molière, Boileau et Racine.

1670 : Le 20 décembre, est publié par Port Royal, le Recueil de Poésies Chrétiennes dédié au prince de Conti et auquel La Fontaine a collaboré.

1671 : Le 21 janvier, La Fontaine cesse d'être Maître des eaux et Forêts. Ses trois charges sont rachetées par le Duc de Bouillon. Il perd cette source de revenus.

Le 27 janvier, un troisième recueil de Contes et nouvelles en vers est publié chez Barbin.

Le 12 mars, est achevé d'imprimer chez Barbin, Fables nouvelles et autres poésies avec huit fables inédites.

1672 : La Fontaine perd sa situation  auprès de la duchesse douairière d'Orléans pour cause de mort de cette dernière. Deux fables sont publiées séparément, Le Soleil et Les Grenouilles ainsi que Le Curé et Le Mort.

1673 : Le 17 février, La Fontaine rédige une épitaphe pour la mort de Molière.

Boileau publie l'art poétique pour reprendre toutes les formes de poésies en citant les meilleurs auteurs. La Fable et La Fontaine sont oubliés.

Comme La Fontaine a des difficultés financières, Marguerite de La Sablière l’accueille et l’héberge dans son hôtel de la rue Neuve des Petits Champs. Il peut recevoir Charles Perrault, Chaulieu, La Fare, Bernier médecin et disciple de Gassendi et bon nombre de savants tels que Roberval ou Sauveur. Marguerite de La Sablière vit séparément de son mari. Elle est surnommée méchamment "La Tourterelle" par Madame de Sévigné et très gentiment "La Belle Iris" par La Fontaine.

A la requête des solitaires de Port-Royal, La Fontaine publie chez Barbin, le Poème de la captivité de Saint Malc tiré d'une lettre de saint Jérôme, traduite par Arnauld d'Andilly.

1674 : La protection de Madame de Montespan et de sa sœur Madame de Thianges, permet à La Fontaine de se lancer dans l’opéra, avec un projet de collaboration avec Jean-Baptiste Lully originaire de Florence. Le projet avorte. Furieux, La Fontaine rédige une satire contre Lully, dans un poème intitulé Le Florentin. Il publie aussi un  recueil de Nouveaux Contes licencieux, mais sans privilège.

1675 :  Le 5 avril, l’édition du recueil de Nouveaux Contes, est saisie et sa vente interdite

1676 : Le 2 janvier, La Fontaine vend sa maison natale de Château-Thierry à son cousin Antoine Pintrel et achève ainsi de payer les dettes paternelles.

1677 : Le 29 juillet, La Fontaine prend un privilège pour une nouvelle édition des Fables. La duchesse de Bouillon née Marie Anne Mancini le protège.

1678 : Le 3 mai, les trois premiers volumes des Fables sont imprimés et dédiés à Madame de Montespan. Les deux premiers volumes correspondent aux fables de 1668.

1679 : Le 15 juin, le quatrième volume des Fables, dédié à Madame de Montespan, est publié.

1680 : La Duchesse de Bouillon compromise dans l'affaire des poisons, s'exile à Nérac. Madame de la Sablière abandonnée par son amant La Fare, se consacre à la dévotion et déménage. La Fontaine la suit rue Saint Honoré. Elle le loge dans une petite maison à côté de la sienne.

1682 : La Fontaine publie un "Poème du Quinquina", poème philosophique accompagné de deux nouveaux contes.

1683 : Le 6 mai, la Comédie Française joue le Rendez-vous, une comédie écrite par La Fontaine.

Le 15 novembre, La Fontaine obtient la majorité des voix contre Boileau, à l'académie française pour remplacer Colbert, mais le roi exige que Boileau son historiographe, entre d'abord. L'élection de La Fontaine est gelée durant six mois.

1684 : Le 17 avril, Boileau est élu à l'académie française pour remplacer le siège de Bazin de Bezons. Le 24 avril, La Fontaine est confirmé au siège de Colbert. Son élection est agréée par le roi contre la promesse de ne plus rimer de contes. Il est reçu à l'académie française le 2 mai. En sus du remerciement traditionnel et d'un rapide éloge sur les vertus de son adversaire Colbert, il prononce un "Discours à Madame de La Sablière" où il se définit, en une formule fameuse, comme "papillon du Parnasse" contre Boileau qualifié de "législateur du Parnasse".

1685 : Le 28 juillet, est imprimé "Ouvrages de Prose et de Poésie" des sieurs Maucroix et de La Fontaine. Le recueil contient des traductions de Platon, Démosthène et Cicéron par François de Maucroix ainsi que de nouvelles fables et de nouveaux contes de La Fontaine.

Antoine Furetière rédige son propre dictionnaire et passe outre le privilège de l'Académie Française pour la rédaction du dictionnaire. Il est exclu. En réponse, il lance une série de pamphlets notamment contre son ami La Fontaine accusé de trahison pour avoir défendu le privilège de l'académie française contre lui.

1687 : Durant le scandale de la querelle des anciens et des modernes, La Fontaine se range clairement aux cotés des anciens, par une "Épître à Monsieur de Soissons", prétexte à une déclaration de principes littéraires, dont la plus fameuse reste "Mon imitation n’est point un esclavage".

1688 : En mars, Madame de la Sablière loue son hôtel particulier rue Saint Honoré et se retire aux incurables. Elle garde sa petite maison notamment pour La Fontaine.

La Fontaine, écrit une fable Le Milan, le Roi et le Chasseur, dédiée au prince de Conti, en cadeau de mariage.

1689 : La Fontaine devient un familier de la famille Vendôme et du prince de Conti.

1690-1691 : Le Mercure Galant publie trois fables inédites de La Fontaine.

1691 : Le 28 novembre, Orphée, une tragédie lyrique de La Fontaine est jouée à l'Opéra.

1692 : Le 21 octobre, une nouvelle édition des fables, recueille les inédites. Cette publication est dédiée au duc de Bourgogne, fils aîné du Grand Dauphin, et à ce titre, héritier présomptif de la Couronne.

En décembre, La Fontaine tombe gravement malade, vraisemblablement de la tuberculose. Il demande alors à voir un prêtre. Le curé de l'église Saint-Roch lui envoie le jeune abbé Pouget qui vient d'obtenir son doctorat de théologie. Celui-ci s'applique à le confesser et à lui faire abjurer sa vie épicurienne et ses contes licencieux.

1693 : Le 6 janvier, Madame de la Sablière meurt.

Le 12 février, La Fontaine malade fait amende honorable des ses Contes et en demande pardon à Dieu, à l'Eglise et à L'Académie Française. Il reçoit l'extrême-onction.

Au printemps, La Fontaine est recueilli par Monsieur et Madame d'Hervart, une famille de banquiers qui l'admire.

Le 14 mai, il traduit le Dies Irae, qu'il fait lire devant l'Académie après la réception de Jean de La Bruyère.

Le 1er juin, La fontaine publie une nouvelle Fable.

Le 1er septembre, une publication de Fables choisies rassemblent les Fables les plus appréciées avec dix nouvelles Fables inédites.

1695 : Le 9 février, La Fontaine a une défaillance dans la rue.

Le 13 avril, La Fontaine meurt chez les Hevrart, rue Plâtrière. Un cilice est trouvé sur son corps. Il est inhumé le lendemain, au cimetière des Salons - Innocents.

1817 : Sa dépouille est transférée avec celle de Molière au cimetière du Père-Lachaise.

2006 : Le film Jean de La Fontaine Le Défi est réalisé par Daniel Lavigne avec Lorant Deutsch dans le rôle principal et Philippe Torreton.

LA BIOGRAPHIE DE LA FONTAINE PAR HONORE DE BALZAC

Jean de La Fontaine est né à Château-Thierry, le 8 juillet 1621. Son père, Jean de La Fontaine, Maître des Eaux-et-Forêts à Château-Thierry, avait épousé Françoise Pidoux, fille du Bailli de Coulommiers.
La jeunesse du plus grand de nos poètes est enveloppée d'un voile presqu'impénétrable : le siècle, dont il est un des plus beaux ornements, lui a marqué trop d'indifférence, pour avoir su recueillir des détails chers à la postérité.
Si La Fontaine étudia, ce fut sous des maîtres de campagne; quant aux grands enseignements, ils vinrent de la nature. Toute sa vie, il ignora le grec; lorsqu'une connaissance intime d'un beau passage de l'Iliade lui devenait nécessaire, il avait recours à Racine; grâce à l'habileté du célèbre interprète, La Fontaine, semblable aux aveugles auxquels la nature accorde presque un sens de plus pour comprendre les œuvres du Créateur, parvenait à saisir toutes les beautés d'un langage qui lui était inconnu : enfin, l'avis qu'un de ses parents nommé Pintrel lui donna, bien tard pour tout autre, de consulter les anciens et de les prendre pour modèles, accuse la profonde insouciance de sa jeunesse pour les travaux répugnants de l'école.
A dix-neuf ans, la fantaisie lui prit d'entrer à l'Oratoire, sans doute à cause du farniente qu'il crut apercevoir dans la vie monastique; peut-être aussi la liberté dont on jouissait dans cette Congrégation le séduisit-elle; mais effrayé aussitôt qu'il sentit un lien, il n'y resta que dix-huit mois. S'il faut en croire un auteur, c'est là qu'on aurait surpris La Fontaine, jetant son bonnet carré d'un étage élevé, et s'amusant à l'aller chercher poux le laisser tomber encore.
Ce seul fait révèle toute une existence, prédit tout un avenir : il suffit aux âmes amies de la poésie, de cette poésie qui se glisse dans la vie, dans les sentiments, dans les actions, comme elle entre dans le marbre, comme elle anime les vers, comme elle glorifie les siècles, pour deviner les secrets et les pensées d'une jeunesse oisive, vagabonde, ignorante même : puis, si l'on vient à rassembler en un seul tableau les peintures si gracieuses de l'enfance, éparses dans les Fables de La Fontaine, peut-être comprendra-t-on, de cœur et tout à coup, son jeune âge, fainéant pour le vulgaire, mais avide de sensations, les recueillant avec ivresse, les amassant sans savoir qu'un jour le souvenir les rapportera fidèlement au poète. C'est en un mot la création magique de la mine d'or, dont la nature dérobe le long travail à l'homme étonné.
Si la dernière moitié de la vie de La Fontaine ne justifiait pas entièrement cette histoire présumée de son enfance, il est une anecdote qui la rendrait sincère à un vrai poète; c'est le récit fait par un contemporain du jour d'avènement au temple de Mémoire, le jour de la nativité poétique de La Fontaine. Il avait vingt-deux ans; un jeune officier en quartier d'hiver à Château-Thierry lut devant lui et avec emphase l'Ode de Malherbe:
Le croirez-vous, races futures, etc.
«Il écouta, dit-on, avec des transports mécaniques de joie, d'admiration et d'étonnement.» Là, ses lèvres furent touchées, comme celles du prophète, par un charbon ardent, et son génie s'éveilla. Le père de La Fontaine avait ardemment souhaité un fils auteur; aussi les premiers essais du jeune homme lui causèrent-ils une joie incroyable. Il est peut-être le seul de nos grands hommes dont la vocation ait été en harmonie avec les vœux paternels. La Fontaine fut revêtu de la charge de son père; mais il en remplit les fonctions avec si peu de goût qu'après trente ans d'exercice, il ignorait, au dire de Furetière, la plupart des termes de son métier.
Il épousa par complaisance pour sa famille la fille d'un lieutenant au baillage royal de La Ferte-Milon, nommée Marie Héricart. Elle était assez jolie et spirituelle; mais on prétend qu'elle fut l'original de madame Honesta, du conte de Belphégor. La Fontaine en eut un fils et vécut peu de temps avec elle. On voit qu'il ne fut pas plus ravi du mariage, qu'à dix-neuf ans de l'Oratoire. Le poète demeurait au sein du monde idéal de ses créations et ne pensait pas à quitter sa ville natale, où il vivait obscur, lorsque la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin, y fut exilée; on lui présenta La Fontaine : la protectrice de Pradon sut deviner les grâces naïves de la jeune muse provinciale; et, rappelée de son exil, elle amena La Fontaine à Paris.
Il trouva dans cette ville un de ses oncles nommé Jannart. Cet oncle était le favori de Fouquet; il présenta son neveu au surintendant; le poète en reçut une pension; et au jour delà disgrâce, La Fontaine lui en témoigna une reconnaissance digne des temps antiques. Il y a quelque chose d'attendrissant dans la visite qu'il fit à Amboise, pour voir seulement la prison où son bienfaiteur avait gémi, et se faire conter la manière dont il était gardé. «Sans la nuit, dit-il, on n'aurait jamais pu m'arracher de cet endroit.»
La Fontaine adopta le séjour de Paris, et ne retourna plus à Château-Thierry que pour y vendre son bien, pièce à pièce, lorsque la nécessité l'y poussait, ainsi qu'il le dit lui-même dans son épitaphe : Mangeant son fonds avec le revenu.
Vivant parmi les personnages les plus célèbres du siècle, Racine, Chaulieu, Lafare, Boileau, Molière, Chapelle, Mignard, furent ses amis, et les princes de Condé, de Conti, le duc et le grand prieur de Vendôme, le duc de Bourgogne, ses protecteurs.
La Fontaine, nommé gentilhomme ordinaire de madame Henriette d'Angleterre, première femme de Monsieur, perdit cette place à la mort soudaine de cette princesse. Alors, ayant vendu une grande partie de son bien, et ne sachant guère tirer parti de ses ouvrages, il resta, seul de tant de grands hommes, oublié d'un Monarque dont les fastueuses largesses allaient chercher le mérite en pays étrangers ; mais aussi, deux femmes célèbres, d'abord Madame de la Sablière, et à sa mort, Madame Hervart, prirent soin de La Fontaine comme d'un enfant. Il trouva pour commencer, chez madame de La Sablière, le célèbre Bernier, auquel il dut les principes des philosophies d'Epicure, de Lucrèce et de Descartes, qui grossirent le trésor de ses magnifiques images et de ses idées sublimes.
Bien que les Contes aient été publiés dans un temps où Louis XIV, entouré de maîtresses et légitimant leurs enfants, ne songeait guère à se faire dévot, les Contes, ces chefs-d'œuvre inimitables de grâce, le désespoir des poètes, servirent de prétexte à Louis XIV pour ajourner pendant six mois l'élection de La Fontaine à l'Académie.
Ce fut dans le laps de temps compris entre l'année 1645 et l'année 1680, c'est-à-dire dans un espace de trente années environ, que La Fontaine fit paraître les chefs-d'œuvre qui l'ont immortalisé. Leurs diverses publications jetèrent peu d'éclat; comme toutes les poésies profondément pensées, elles demandaient aux contemporains et des méditations courageuses et le long abandon que réclame une belle poésie pour être entièrement comprise : Molière seul vit la brillante apothéose que l'avenir préparait au Bonhomme; mais une cour plongée dans le délire des fêtes, mais une nation tout entière à la galanterie, enivrées d'une gloire qui se glissait, comme une lumière, dans les moindres actions du souverain, pouvaient-elles se recueillir et entendre de tels chants, au milieu des rumeurs de la paix et de la guerre? Si Molière, Racine et Corneille virent naître leur renommée, ils le durent à l'éclat des triomphes de la scène; Bossuet arrêta l'attention, parce qu'il prophétisait sur des tombes; Bayle, La Bruyère, La Fontaine, Fénelon, penseurs profonds, livrant leurs œuvres aux hasards des préoccupations contemporaines, attendirent leurs couronnes de la postérité.

Les Œuvres de La Fontaine ont été analysées par une foule d'écrivains; il leur est arrivé, comme a tous les commentateurs, de parler froidement à des cœurs émus.
A Westminster , le Cicérone qui montre la hache dont un inconnu se servit pour décoller Charles Ier, dit aux curieux :
«Ne touchez pas la hache !»
Il existe si peu d'ouvrages qui, semblables aux œuvres du Créateur, n'aient besoin que des yeux pour exciter l'enthousiasme, qu'on devrait se garder, comme d'un sacrilège, de les confondre avec le reste, par des éloges de gazette.
Aussi avons-nous cru élever le seul monument digne de La Fontaine, en publiant ses Œuvres complètes, ornées de tout le luxe de la typographie, contenues dans un volume facile à transporter et d'un prix qui les rend accessibles à toutes les fortunes, malgré la beauté des vignettes et du papier. Là est l'éloge, parce que le poète y est tout entier; là est sa vie, parce que là sont toutes ses pensées. En 1692, La Fontaine tomba dangereusement malade, et alors, d'après les représentations de ses amis, il fit venir un confesseur : c'est à cette époque qu'il faut rapporter les anecdotes si originales, qui peignent le caractère de La Fontaine, sa candeur y parait sublime : elles sont tellement connues, que nous avons négligé de les raconter. Comme sainte Thérèse, il ne pouvait croire à l'éternité des peines, et le Bonhomme espérait que les damnés finiraient par se trouver en enfer comme des poissons dans l'eau.
Deux ans après, le 13 mars 1695, La Fontaine mourut âgé de 74 ans. Il fut inhumé auprès de Molière, qui l'avait précédé de vingt-deux ans. Aujourd'hui, les restes de ces deux génies, les plus beaux dont la France s'honore, ont été transportés au cimetière du Père Lachaise, et leurs tombes sont placées sous le même ombrage.
Tels sont les événements les plus marquants de la vie de La Fontaine. Les anecdotes, dont les notices faites jusqu'à ce jour sont remplies, donnent bien, à la vérité, une idée du caractère de La Fontaine et de sa manière de vivre; mais, outre qu'elles sont devenues populaires, et qu'il est maintenant superflu de les répéter, nous ne pensons pas qu'elles suffisent pour comprendre la prodigieuse organisation et la vie intellectuelle de ce grand poète. Il faut être poète soi-même, ou avoir l'âme grande, noble, élevée, pour sentir le charme de cette vie exempte des tourments imposés par la jalousie, l'approche de la gloire ou les enfantements de la pensée. La Fontaine est le seul qui n'ait point expié le don de son génie par le malheur; mais aussi sut-il cultiver la Muse pour la Muse elle-même; et loin d'escompter avidement ses inspirations en applaudissements fugitifs, en richesses, en honneurs, il se crut assez payé par les délices de l'inspiration, et il en trouva l'extase trop voluptueuse pour la quitter et se jeter dans les embarras de la vie : il abusa même de cette précieuse faculté que la nature accorde aux poètes d'échapper à tout ce que le monde offre de hideux, et de monter vers un monde céleste et pur. La Fontaine s'était créé un factice univers comme une jeune imagination se crée une maîtresse, et il abandonnait rarement les êtres fantastiques dont il était entouré : aussi les contemporains nous l'ont-ils représenté « ayant un sourire niais, les yeux éteints, une habitude de corps, ignoble; indices frappants de cette profonde extase qui fit le bonheur de sa vie. Cependant le long usage de cette puissance concentrique de notre âme usa l'âme elle-même; et pendant les dernières années de sa vie, si sa raison ne fut pas altérée, il est constant que le poète avait disparu.

Honoré de Balzac

CITATIONS DE LA FONTAINE

  • Chacun se dit ami : mais fou qui s'y repose
    Rien n'est plus commun que le nom
    Rien n'est plus rare que la chose.

  • Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute.

  • Aide-toi, le ciel t'aidera.

  • On a souvent besoin d'un plus petit que soi.

  • Je le répète, et dis, vaille que vaille,
    Le monde n'est que franche moutonnaille.

  • D’un magistrat ignorant
    C’est la robe qu’on salue.

  • Beaucoup mieux seul qu'avec des sots.

  • L'avarice perd tout en voulant tout gagner.

  • Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.

  • Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette.

  • On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu'on prend pour l'éviter.

  • Défendez-vous par la grandeur,
    Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse :
    La Mort ravit tout sans pudeur.

  • Selon que vous serez puissant ou misérable
    Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

  • On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

  • Aimer sans foutre est peu de chose. - Foutre sans aimer ce n'est rien.

  • Tout l'univers obéit à l'Amour ;
    Aimez, aimez, tout le reste n'est rien.

  • Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

  • Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.

  • Il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre.

  • Le cœur fait tout, le reste est inutile.

  • Patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage.

  • La méfiance est mère de la sûreté.

  • Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse,
    Ne saurait passer pour galant.

  • Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.

  • Les gens sans bruit sont dangereux. Il n'en est pas ainsi des autres.

  • Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours - Qu’on ne l’ait mis par terre

  • C'est double plaisir de tromper le trompeur.

  • Les plus accommodants, ce sont les plus habiles.

  • Les petits, en toute affaire,
    Esquivent fort aisément :
    Les grands ne le peuvent faire.

  • Les délicats sont malheureux
    Rien ne saurait les satisfaire.

  • S'il fallait condamner
    Tous les ingrats qui sont au monde,
    A qui pourrait-on pardonner ?

  • C'est souvent du hasard que naît l'opinion
    Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

  • Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
    J'aurai vécu sans soin, et mourrai sans remords.

  • Hélas ! on voit que de tout temps
    Les petits ont pâti des sottises des grands.

  • La ruse la mieux ourdie
    Peut nuire à son inventeur ;
    Et souvent la perfidie
    Retourne sur son auteur.

  • Laissez dire les sots, le savoir a son prix.

  • Les vertus devraient être sœurs
    Ainsi que les vices sont frères.

LIENS EXTERNES

D'Autres Biographies de Jean DE LA FONTAINE

Le superbe site de Jean-Marc Bassetti : http://www.lafontaine.net

Festival Jean de la Fontaine : http://www.festival-jeandelafontaine.com/

L'association pour le musée Jean de la Fontaine : http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/

Musée Jean de la Fontaine : http://www.musee-jean-de-la-fontaine.fr/

Mairie de Château - Thierry : http://www.chateau-thierry.fr/

Office de Tourisme de Château - Thierry : http://www.chateau-thierry.fr/Tourisme

Tourisme en Pays de Sud de l'Aisne : http://www.chateau-thierry-tourisme.com/

Lycée La Fontaine à Paris : http://lyc-fontaine.scola.ac-paris.fr/

Lycée La Fontaine à Niamey au Niger : http://www.lfniamey.fontaine.ne/

Lycée Professionnel Privé La Fontaine à Faverges près d'Alberville : http://www.lpp-lafontaine.com/

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