BIOGRAPHIE GRATUITE DE MONTESQUIEU

"Montesquieu est l'un des pères du libéralisme classique et des droits de l'homme"
Frédéric Fabre

 

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 Naissance le 18 janvier 1689 de Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu au château de la Brède. Fils de Jacques de Secondat de Montesquieu (1654-1713) et de Marie-Françoise de Pesnel, baronne de la Brède (1665-1696), il est issu d'une grande famille de parlementaires bordelais. La tante de LATAPIE, l’homme d’affaires de son père Jacques, écrit sur son livre de messe :
« Ce jourd’hui 18 janvier 1689, a été baptisé dans notre Eglise paroissiale, le fils de M. de Secondat, notre seigneur. Il a été tenu sur les fonds par un pauvre mendiant de cette paroisse, nommé Charles, à telle fin que son parrain lui rappelle toute sa vie que les pauvres sont nos frères. Que le Bon Dieu nous conserve cet enfant.»

La famille de Montesquieu était de bonne noblesse, d’épée et de robe qui se distinguaient par leur honnêteté et leur amour du bien public. Elle avait adopté la Réforme en son temps et l’avait abjurée avec Henri IV. Jacques de Secondat, second fils du baron de Montesquieu  président à mortier au parlement de Guyenne, épousa en 1686 Marie-Françoise de Pesnel qui lui apporta la terre et le château de La Brède situés près de Bordeaux. Dans la famille depuis le XIème siècle les terres de la Brède furent érigées en Baronnie par Henri IV par lettres patentes en Février 1606.

1689- 1692: Comme la plupart des enfants de la noblesse, il est confié, dès sa naissance, à une nourrice habitant le moulin du Bourg. Jusqu’à l’âge de 3 ans, il vit comme un petit paysan et parle le gascon.

1693: Il retourne au château de La Brède pour y être élevé jusqu'à l'âge de onze ans.

1896: Mort de sa mère.

1700- 1705: A 11ans, son père l’inscrit au Collège de Juilly près de Paris pour faire ses humanités, chez les Oratoriens dont l’enseignement très moderne est dispensé en français et axé sur l’histoire et les langues vivantes. Au sortir du collège, il se consacre au droit à Bordeaux.

1708: Il obtient sa licence de droit et devient avocat au parlement de Bordeaux. Il se rend à Paris et fréquente les milieux savants et lettrés pour compléter ses connaissances « juridiques».

1711: Publication de "La damnation éternelle des païens" dans laquelle il montre que les philosophes de l’Antiquité n’ont pas mérité l’enfer.

1713:  Mort de son père le 15 novembre, il hérite des nombreuses propriétés des Secondat et du château de la Brède avec ses riches vignobles. Toute sa vie, Montesquieu restera fidèle à ses racines de propriétaire terrien.

1714: Charles-Louis de La Brède est reçu au parlement de Bordeaux avec le titre de conseiller.

1715: Montesquieu épouse la protestante d’origine calviniste Jeanne de Lartigue qui lui apporte en dot d’immenses domaines viticoles en Graves, en Entre-Deux-Mers et dans l’Agenais. Que ce choix ait été un défi à l’absolutisme catholique ou qu’il ait exprimé seulement son dédain à l’endroit des ostracismes, le fait est que ce mariage protestant et la fréquentation de la belle-famille réformée ont entretenu chez Montesquieu l’esprit de contestation à l’encontre des pouvoirs politico-religieux tels que l’Ancien-Régime les avait formés et verrouillés.

Grand travailleur et gestionnaire, il se consacre à l’exploitation de ses domaines plus particulièrement de ses propriétés viticoles. Il écrira d’ailleurs «Je ne sais si mes vins doivent leur réputation à mes livres ou mes livres à mes vins».  Très attaché à ses terres, il demeure au château au moment des vendanges et arpente la propriété avec son régisseur. Il reçoit régulièrement ses amis étrangers au château. L’image de Montesquieu vigneron permet de situer sa doctrine économique et sa pensée politique, sachant que la fortune du vin de Bordeaux était liée à ses clients anglais comme à ceux des Pays-Bas.

Il envoie au Régent un Mémoire sur les dettes de l'État pour proposer des moyens efficaces pour remédier du déficit budgétaire laissé par Louis XIV qui vient de mourir.

1716: A vingt-sept ans, il devient président à mortier au parlement de Bordeaux, grâce à son oncle, l’aîné de la famille qui possédait cette charge et la lui lègue avec tous ses biens, fortune et propriétés à condition de prendre le nom de Montesquieu. Cet oncle avaient des sympathies pour le jansénisme et était hostile à leur persécution. Montesquieu conserve ce poste jusqu’en 1726 et y prononça de nombreux discours. Compatriote de Michel de Montaigne, il s'asseyait comme lui mais cent soixante ans plus tard, sur les fleurs de lis de la cour de Bordeaux. Comme lui encore, il se sentait fort peu de goût pour les occupations de son état. Il avouait même qu'il n'arrivait pas à comprendre la procédure alors que «des bêtes» la comprenaient parfaitement.

Sa femme lui donne un fils Jean-Baptiste qui naît à Martillac.

La statue de Montesquieu sur l'Esplanade Montesquieu à Bordeaux

Publication de "Éloge de la sincérité" et de "Dissertation sur la politique des Romains dans la Religion". Il y dénonce la religion comme moyens qu’utilisent les puissants pour pérenniser leur domination sur les humbles. Il y recueille beaucoup de menus faits et les utilise pour arriver à une théorie tout à fait fausse. Son objet principal parait avoir été de mettre à nu ses sentiments anti-chrétiens. A coup sûr, les académiciens de Bordeaux qui entendirent la lecture de ce mémoire, ne soupçonnèrent pas alors le brillant avenir de son auteur.

Parallèlement, Montesquieu se passionne pour les sciences. Il est élu à l’Académie Royale des Sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux que Louis XIV a fondée en 1712 et rédige des traités de physique ou de médecine :

* Les causes de l’écho
* Les glandes rénales
* La cause de la pesanteur des corps

Il y rencontre Melon inspecteur des fermes et secrétaire de Law au ministère des finances.

1717: Naissance de sa première fille Marie.

1721:"Les lettres persanes" sont publiées anonymement à Amsterdam pour lui éviter de compromettre sa réputation de magistrat. Le succès est tel que "Les lettres persanes se vendent comme du pain". L'anonymat n'est alors que de courte durée et diffère de plusieurs années son élection à l'Académie française. Le succès de ce roman audacieux ouvre à Montesquieu les portes des salons parisiens. L’abbé de Saint-Pierre le paraine pour celui de l'influente marquise de Lambert où il rencontre notamment La Motte Houdart, Marivaux, Crébillon et l'abbé Dubos. Il est aussi reçu dans le club de l'Entresol et dans les salons de Brancas, d’Aiguillon, du Deffant, de Tencin et de Geoffrin.

A travers le voile transparent d’une fiction ingénieuse, il offre aux yeux de ses compatriotes au fil de ce roman épistolaire, des vérités hardies et fait entrer dans un cadre étroit, les principes les plus importants de la politique et de la philosophie. Il y donne en quelques lignes, l’équivalent d’un grand ouvrage de philosophie.

Montesquieu lisait beaucoup et il avait pour les modernes une prédilection marquée. La lecture des Amusements sérieux et comiques de Dufresny et celle du Diable boiteux de Lesage, lui donnèrent l'idée d'un ouvrage humoristique où la satire morale et même politique pourrait trouver place. «Paris est un monde entier, disait Dufresny au IIIe, de ses Amusements... Imaginez-vous donc combien un Siamois y trouverait de nouveautés surprenantes... Il me prend envie de faire voyager ce Siamois avec moi; ses idées bizarres et figurées me fourniront sans doute de la variété, et peut-être de l'agrément... Nous verrons un peu de quelle manière il sera frappé de certaines choses que les préjugés de l'habitude nous font paraître raisonnables et naturelles.» Lesage avait aussi créé la plaisante invention du diable boiteux qui enlève comme un simple couvercle le toit de toutes les maisons et permet de voir tout ce qui s'y passe. C'est de là que sont sorties les "Les lettres persanes". Sous prétexte de communiquer au public la correspondance de Persans nommés Usbeck et Rica, Montesquieu a fait un livre qui est à la fois un roman dramatique, voluptueux et même libertin. C'est une peinture satirique de sa société contemporaine.

"Les lettres persanes" sont une des Suites que tant d'auteurs ont cru pouvoir donner aux Caractères de La Bruyère. Rien ne montre mieux la différence profonde qui sépare le siècle de Louis XIV de celui de Louis XV. La mort de Louis XIV avait renouvelé la France. Au vieillard autoritaire succédait un enfant de cinq ans. Le testament du monarque était cassé par ce même Parlement de Paris que Louis XIV avait réduit à un silence de cinquante ans. C'était le duc d'Orléans, l' élève de l'abbé Dubois, la débauche en personne, qui gouvernait au nom du jeune roi. La Régence était le règne de l'esprit frondeur, du mépris absolu pour tout ce qu'on appelle préjugé et enfin de la débauche élégante. Les Lettres persanes sont au même degré que les poésies de La Fare et de l'abbé Chaulieu la littérature qui convenait à une telle époque.

Voyage de Usbeck et Rica

Grâce à la merveilleuse habileté avec laquelle il avait choisi son cadre, Montesquieu pouvait établir ses musulmans en qualité de juges sévères de nos institutions politiques ou religieuses, de nos façons de comprendre la vie sociale, la famille, l'administration de la justice. Il pouvait dire sans crainte que le pape était «une vieille idole qu'on encense par habitude». Il pouvait appeler Louis XIV «ce grand magicien qui fait croire à ses sujets qu'un écu en vaut deux et qu'un morceau de papier est de l'argent» Enfin ses musulmans et leurs eunuques noirs étaient dans leur rôle en parlant des femmes avec la plus parfaite désinvolture et avec des métaphores orientales.

1724:  Il publie pour mademoiselle de Clermont soeur du Duc de Bourbon, une autre œuvre de divertissement "Le temple de Gnide" inspiré de sa vie dans les salons parisiens et les milieux libertins. Très apprécié également, ce roman érotique de style régence est combattu par le parti religieux. Pourtant, il ne se déclare pas volontiers en être l'auteur puis prétend ensuite qu'il s'agit d'une  traduction d'un ouvrage de grec ancien.

1725: Il est élu à l’Académie française mais son élection est annulée. La raison officielle est qu’il réside en province. Il écrit "Le Dialogue de Sylla et d’Eucrate" ouvrage qui ne sera publié qu’en 1745.

Il publie "Traité général des devoirs".

1726: Montesquieu renonce à sa charge de président à mortier. Il vend sa charge pour payer ses dettes et affermir ses propriétés viticoles. Son vin est commercialisé en Angleterre. Il dispose alors d’une très confortable rente de 34 200 livres tout en préservant prudemment les droits de ses héritiers sur sa charge puisqu' à sa mort, elle doit leur être retourné. Il a ainsi appliqué le principe de la noblesse britannique de la vente à durée déterminée. 

1727: Naissance de sa deuxième fille Denise

Il se représente à l’Académie Française pour succéder à Louis de Sacy en déclarant que s’il n’était pas nommé, il quitterait la France. Son élection certaine, ses adversaires lui opposent ses "lettres persanes". Voltaire explique alors que Montesquieu a eu recours à un subterfuge. Il a fait imprimer à quelques exemplaires, une édition spéciale dont on aurait retranché les passages suspects. Il existe en effet une édition rarissime des "lettres persanes", imprimée à Cologne, chez Pierre Marteau, avec le millésime de 1721 et qui porte l'indication suivante: "Seconde édition, revue, corrigée, diminuée et augmentée par l'auteur". Montesquieu a trompé le cardinal Fleury alors ministre. Les suppressions annoncées portent sur quelques billets sans importance, les numéros des lettres ont été simplement changés et les passages relatifs au roi et au pape ont subsisté sans le moindre changement. Toute la différence, est qu'ils ne se lisent plus aux Lettres XXIV et XXIX, mais aux lettres XVIII et XIX. Le cardinal Fleury feint d’être dupe, se désintéresse de l’élection grâce à la puissante influence de la Marquise de Lambert et Montesquieu est admis à l'Académie française.

1728: Montesquieu est élu le 5 janvier contre Mathieu Marais. C’est la première grande victoire du parti philosophique. Il est reçu le 24 janvier 1728. Le discours de réception est lu par Roland Mallet mais la froideur que lui témoignent ses nouveaux confrères, même ceux qui étaient ses amis, l’engage à voyager à travers l’Europe et, finalement, il fréquente peu l’Académie.

De 1728 à 1731: Il fait le tour de l'Europe: Autriche, Hongrie, Italie, Hollande, Allemagne et Angleterre où il demeure un an et demi. Ces voyages permettent à Montesquieu d'effectuer une observation approfondie qui lui procure les données les plus récentes et concrètes de la géographie, de la culture, de la diplomatie, des conditions économiques, des mœurs et des systèmes politiques des différents pays européens. A Rome, il rencontre des Anglais jacobites et des jésuites revenus de Chine. A  Venise, il rencontre le comte de Bonneval, officier français devenu musulman et pacha ainsi que Law qui y demeure en exil. A Londres en 1730, il est élu membre de la Société Royale de Londres le 27 février puis initié à la Franc-maçonnerie le 12 mai.

1731: Il rentre à Bordeaux et reprend ses séjours à Paris et en Province. Le roi refuse son consentement à l’élection de Piron à l'académie française. En compensation, Montesquieu lui obtient par l’intermédiaire de Madame de Pompadour, une pension de mille livres.

1734: De retour au château de la Brède, Montesquieu publie "Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence". Cette réflexion devait être l'un des chapitres d'un important ouvrage de philosophie politique qu'il méditait depuis longtemps: "L'esprit des lois". Cet essai que pendant quatorze ans encore, il rédigera, organisera, augmentera, remaniera, sera "l'œuvre de toute sa vie".

C'est en historien, en jurisconsulte et en philosophe qu'il se mit à étudier l'histoire de Rome, à exposer les causes de sa grandeur et de sa décadence. Sans vouloir conter à nouveau les faits qui sont connus de tous, il entreprit de raisonner, de montrer comment une poignée de bandits parvint à fonder l'empire romain, comment ensuite ce colosse tomba de lui-même en pourriture. Si les Romains sont devenus les maîtres du monde, c'est, selon Montesquieu, parce qu'ils ont aimé la liberté, le travail et la patrie; parce qu'ils ont eu, en qualité de guerriers, une discipline forte et des principes arrêtés, ne désespérant jamais de la République, ne traitant jamais avec un ennemi victorieux, divisant habilement leurs ennemis et n'exaspérant pas les peuples vaincus. Telles sont les causes de la grandeur romaine. L'empire romain a péri parce que sa trop vaste étendue a amené des guerres civiles, détruit l'esprit de liberté, donné le droit de cité à tout l'univers; parce que le luxe a amené la corruption et la tyrannie; parce que les empereurs ont été souvent des monstres et enfin parce que la fondation de Constantinople a fait deux empires au lieu d'un.

Des vingt-trois chapitres qui composent ce petit volume, sept sont consacrés à énumérer les causes de grandeur. Les seize autres font connaître les causes de décadence, auxquelles s'attachait surtout Montesquieu. Il n'y a ni préface, ni conclusion et ni ordre rigoureux dans la succession des chapitres. Ce n'est qu'une suite de réflexions destinées à en faire naître d'autres dans l'esprit du lecteur. Le style est en général concis. C'est une œuvre de grande valeur, mais il ne faudrait pas exagérer son originalité. Guez Balzac, Saint-Evremond et Bossuet au siècle précédent, l'abbé de Vertot dans son Histoire des révolutions romaines, parue en 1719, avaient consacré à la philosophie de l'histoire romaine des ouvrages reconnus. Montesquieu qui semble les ignorer et qui n'a pas écrit une seule fois dans toutes ses œuvres le nom de Bossuet, a beaucoup profité des travaux de ses devanciers. "La Grandeur et la Décadence des Romains" ne serait que le développement d'un chapitre de l'Histoire universelle de Bossuet. Montesquieu qui a lu et médité très attentivement ce chapitre, a dû faire les plus grands efforts pour paraître original. L'imitation n'en est pas moins flagrante. Il y a dans les deux œuvres des passages identiques pour le fond, sinon pour le style. Le procédé auquel Montesquieu a dû recourir pour faire croire à son originalité a consisté à disposer les réflexions autrement que Bossuet, à les éparpiller, alors que Bossuet les groupait, à citer d'autres exemples, à paraphraser, à dire en une page ce que  Bossuet a resserré en trois lignes et enfin à faire constamment allusion aux choses de la vie contemporaine. Bossuet s'appliquait surtout à développer les causes de la grandeur de Rome, auxquelles il a accordé deux fois plus de place qu'aux autres. Montesquieu a choisi de privilégier l'étude des causes de la décadence. Montesquieu n'aimait pas Bossuet qu'il jugeait trop autoritaire et surtout trop chrétien et s'il publiait "la Grandeur et Décadence" alors qu'il travaillait à un autre ouvrage dont celui-ci aurait pu faire partie, c'est qu'il était bien aise de sonder l'opinion et de la préparer à bien accueillir "l'Esprit des lois".

1745: Il publie "Le Dialogue de Sylla et d'Eucrate".

1747: Il devient peu à peu aveugle. Mais grâce à ses secrétaires et sa fille Denise, il continue à écrire son œuvre. Helvétius et Saurin conscient de l'analyse critique de la monarchie, lui déconseillent de la publier.

Il ne semble pas les écouter et fait republier à Paris  "Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence" avec privilège royale pour assurer le lancement de l'Esprit des lois.

1748: En octobre, Montesquieu suit en partie le conseil des deux philosophes et publie anonymement à Genève chez Barrillot et fils, les trente et un livres de "l'Esprit des Lois" en deux volumes in-4. Il ne sollicita ni privilège ni approbation mais tout le monde savait qu'il en était l'auteur. Le succès fut prodigieux. Vingt-deux éditions sont imprimées en dix-huit mois. Le livre fut aussitôt traduit dans toutes les langues. C'était l'œuvre d'un penseur très libre qui parlait du christianisme poliment, mais sans enthousiasme. "L'Esprit des lois" devait par là même déplaire aux philosophes et aux croyants. Les philosophes se tinrent sur la réserve. Voltaire, qui parlera plus tard, ne dit rien alors. Les parlements ne se firent point déférer le livre. Les évêques ne décernèrent point de mandements contre lui et la Sorbonne qui ne savait que dire, fut heureuse de voir l'archevêque Beaumont s'entremettre entre Montesquieu et elle. Ce furent les gazettes religieuses, les Nouvelles ecclésiastiques jansénistes et le Journal de Trévoux jésuite qui attaquèrent le livre et accusèrent son auteur de spinozisme, de déisme et de croyance en la religion naturelle soit en une divinité en dehors de toute église établie.

Établissant les principes fondamentaux des sciences économiques et sociales, Montesquieu tente de dégager la logique des différentes institutions politiques par l’étude des lois considérées comme simples rapports entre les réalités sociales. Il envisage trois types de gouvernement : la république, la monarchie et le despotisme. Cette œuvre inspire les auteurs de la Constitution française de 1791 et est à l’origine du principe de séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Il est aussi considéré comme l'un des pères de la sociologie.

Montesquieu a tenté d’interpréter sa rhétorique en rapport avec les réalités des États de son temps et des républiques démocratiques. Il inspirera Tocqueville et fournit un modèle pour la concorde du savant et du politique. Il pose la question du savoir politique qui doit impérativement garder une forme d’universalité, sans être hanté par le fantasme ruineux de sa toute puissance. La séparation des pouvoirs devient par conséquent, une nécessité.

Pour Montesquieu, la véritable servitude se situe là où l’on confond dans une même contrainte les trois relations de l’individu à la collectivité: les lois, les moeurs et les manières. Il n’existe pas de garantie structurelle absolue de la liberté politique.
La citoyenneté moderne dans une cité est là où «la loi civile regarde chaque particulier comme toute la cité même» et où «la liberté de chaque citoyen est une partie de la liberté publique». Les principaux conflits proviennent de ce que chacun fait de ses intérêts propres, l’intérêt commun alors qu’il faut que «chacun aille au bien commun en croyant aller à ses intérêts particuliers». Or le législateur est pris entre la nécessité d’édicter des maximes générales, les contraintes qui ne relèvent pas des lois et les niveaux différents de la légalité et de la légitimité. Il doit se montrer à la fois utopique et universel contre les idées d’uniformité. Les systèmes juridiques doivent être fondés sur l’évolution de la société et des moeurs.

Le titre de l'Esprit des lois est d'une longueur inusitée, le voici: De l'Esprit des lois, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement, mœurs, climat, religion, commerce, etc. (sic), à quoi l'auteur a ajouté des recherches sur les lois romaines, touchant les successions, sur les lois françaises et sur les lois féodales. Il ressort de ce titre même, dont la clarté n'est pas parfaite, que Montesquieu a voulu faire, comme il l'a dit dans son livre, «un ouvrage de pure politique et de pure jurisprudence». L'ouvrage est divisé en trente et un livres et subdivisé en plus de cinq cents chapitres ayant chacun leur titre particulier. Néanmoins, il serait assez difficile d'en reconstituer le plan. D'Alembert a essayé de le faire. Ce grand géomètre y a consacré vingt-cinq pages. Il n'a pas pleinement réussi.

Montesquieu a fait la philosophie de la jurisprudence et donner la quintessence des législations. Il commence par définir les lois en général. Sa définition convient, dans sa pensée, aux lois immuables de la nature et aux lois essentiellement muables que font les hommes. «Les lois, ce sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses.» Les lois politiques sont donc nécessairement en harmonie avec la nature des gouvernements et par conséquent, apparaît la division célèbre par laquelle débute le second livre. Il y a, selon Montesquieu, trois sortes de gouvernements possibles, le républicain aristocratique ou démocratique, le monarchique et le despotique. À ces formes diverses conviennent des lois de catégories très différentes car le ressort des républiques, c'est la vertu; celui des monarchies, c'est l'honneur; celui du despotisme, c'est la crainte. Mais les mots n'ont pas ici leur signification ordinaire; la vertu, ou vertu politique, c'est, aux yeux de Montesquieu, «l'amour de la patrie et de l'égalité». De même l'honneur est tout simplement une des formes de l'ambition, la recherche «des préférences et des distinctions», appelé aujourd'hui le carriérisme.

Telle est la base de tout le système. Toutes les études de Montesquieu reposent sur cette distinction des trois gouvernements et des trois ressorts qui font agir les gouvernés et par conséquent les gouvernants. Des principes généraux, Montesquieu descend aux applications particulières dont le nombre est presque infini. Il traite notamment de l'éducation, des lois politiques et des conditions de la vie sociale dans les républiques, dans les monarchies et dans les États despotiques. Il étudie les rapports des lois avec la défense, l'attaque, la liberté politique, les impôts. Il insiste d'une manière toute particulière sur leurs rapports avec le climat, avec la nature du sol, avec l'esprit général, les moeurs, les manières, avec le commerce, la population, la religion.

Il établit ensuite une distinction fondamentale entre les lois divines et les lois humaines: «la force principale de la religion vient de ce qu'on la croit; la force des humains vient de ce qu'on les craint», et il pose ce principe, qu'on ne doit point «statuer par les lois divines ce qui doit l'être par les lois humaines, ni régler par les lois humaines ce qui doit l'être par les lois divines». Enfin, après avoir montré l'origine et les changements des lois romaines et françaises, il établit de la manière la plus formelle dans son XXIXe livre, que le législateur doit être modéré. «Je le dis, s'écrie-t-il, et il me semble que je n'ai fait cet ouvrage que pour le prouver: l'esprit de modération doit être celui du législateur; le bien politique, comme le bien moral, se trouve toujours entre deux limites.» À l'appui de ses théories, Montesquieu cite une infinité d'exemples et présente une multitude d'observations.

Dès la publication de ce monument, il est entouré d'un véritable culte. Il poursuit alors sa sa vie de notable mais reste affligé par la perte presque totale de la vue. Montesquieu a même exercé sur le monde politique une influence que lui-même ne prévoyait certainement pas. Il était monarchiste au sens qu'il donne à ce mot. Il croyait le pouvoir royal suffisamment équilibré par l'existence de la noblesse et des parlements et Louis XIV ou Louis XV n'étaient pas clairement considérés comme des despotes. Il était surtout très éloigné de souhaiter la forme républicaine et il n'a pas soupçonné un seul instant, ce grand théoricien de la politique, que la France aurait après lui, en moins d'un siècle et demi, trois fois la monarchie parlementaire, trois fois le despotisme, sous Robespierre et sous les deux Napoléon et trois fois la République. Il ne pressentait pas davantage qu'au début de toutes ces révolutions successives, les autorités s'inspireraient de lui et chercheraient à appliquer ses principes et surtout à se couvrir de son autorité.

1750: Montesquieu répond aux accusations jansénistes et jésuites en publiant "La défense de l'Esprit des Lois", une brillante clarification de sa réflexion et une redéfinition des éléments clefs de sa pensée politique.  Comme il avait pour lui la supériorité du talent, il n'eut pas de peine à terrasser ses adversaires en se donnant les apparences de la modération. Il fut assez habile pour esquiver les objections sérieuses qui lui étaient faites et il pulvérisa les autres. "L'Esprit des lois" est aussi défendu par Voltaire et Fréron.

1751: "L'Esprit des Lois" est mis à l'Index par le Pape. Son succès est ainsi confirmé et accentué puisqu'un livre interdit était une promesse de succès commercial. L'assemblée Générale du Clergé et la Faculté de Théologie de la Sorbonne condamne cet essai et en fait extraire, les années suivantes, 17 propositions.

1753: Il est élu directeur de l'Académie Française.

1754: Il publie "Lysimaque".

1755: Le 10 février, devenu pratiquement aveugle et atteint d’une fièvre inflammatoire, il meurt à Paris, d’une fluxion de poitrine qui l’emporte au bout de 15 jours. Peu de monde assiste à son enterrement dans une chapelle de l’Église St Sulpice. Selon Grimm, Denis Diderot est le seul homme de lettres qui y assiste.

1757: Publication posthume de l'article "Essai sur le goût" que par amitié pour Diderot et d'Alembert, Montesquieu avait rédigé dans les dernières années de sa vie pour leur Encyclopédie

1758: Une importante Histoire de Louis XI non encore publiée est brûlée par imprudence.

1783: "Arsace et Isménie" histoire orientale écrite en 1830 dans le goût des Mille et une nuits est publiée.

1796: Lorsque le Conseil des Anciens voudra lui faire les honneurs du Panthéon, ni sa tombe ni sa dépouille ne sont trouvées car l’Eglise Saint Sulpice et son cimetière avaient été profanés pendant la Terreur.

1899: Publication posthume de "Mes Pensées".

1944: Publication de  "Pensées suivies de Spicilège"

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