Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel
Si l'estran a toujours été le cadre de nombreuses activités de pêche à pied, notamment de coquillage, grâce aux différents accès terrestres à l'estran qui ont été ménagés depuis la côte, la mytiliculture sur bouchots a été introduite à la fin des années 50 par un groupe de mytiliculteurs originaires de la baie de l'Aiguillon, située aux confins de la Vendée et de la Charente maritime. L'implantation d'ateliers mytilicoles sur le port du Vivier-sur-Mer dont l'activité importante de commerce jusqu'à l'entre-deux-guerres cessa définitivement en 1952, permit la réalisation d'une première base mytilicole dès les années 60. En 1998, la construction d'une réserve d'eau de mer permit l'adduction de l'ensemble des ateliers de préparation des moules en eau salée.
Après avoir obtenue son AOC, la Moule de Bouchot du Mont Saint Michel obtient son AOP. Le Décret n° 2011-640 du 8 juin 2011 relatif à l'appellation d'origine contrôlée «Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel» publie le cahier des charges ci dessous.
Décret n° 2011-640 du 8 juin 2011 relatif à l'appellation d'origine
contrôlée «Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel»
Le Premier ministre,
Sur le rapport de la ministre de l'économie, des finances et de l'industrie
et du ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la
ruralité et de l'aménagement du territoire,
Vu le règlement (CE) n° 510/2006 du Conseil du 20 mars 2006 relatif à la
protection des indications géographiques et des appellations d'origine des
produits agricoles et des denrées alimentaires ;
Vu le code rural et de la pêche maritime, notamment ses articles L. 641-5,
L. 641-6 et L. 641-7 ;
Vu le
code de la consommation, notamment ses articles L. 115.1 et L. 115.16 ;
Vu la proposition de la commission permanente agissant sur délégation du
comité national des appellations laitières, agroalimentaires et forestières
de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) en date du 25
février 2010 ;
Vu l'approbation du plan d'inspection relatif à l'appellation d'origine
contrôlée « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » par la
formation restreinte du conseil des agréments et contrôles de l'INAO lors de
sa séance du 11 juillet 2008,
Décrète :
Article 1
Le cahier des charges de l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » annexé au présent décret, est homologué.
Article 2
Seules peuvent bénéficier de l'appellation d'origine contrôlée « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel », initialement reconnue par décret du 11 juillet 2006, les moules répondant aux conditions fixées par le cahier des charges mentionné à l'article 1er du présent décret.
Article 3
Le décret du 11 juillet 2006 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » et le décret du 11 juillet 2006 relatif à l'agrément de l'appellation d'origine contrôlée « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » ainsi que les textes pris pour leur application sont abrogés.
Article 4
La ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, le ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire et le secrétaire d'Etat auprès de la ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.
CAHIER DES CHARGES DE L'APPELLATION D'ORIGINE
MOULES DE BOUCHOT DE LA BAIE DU MONT-SAINT-MICHEL
Service compétent de l'Etat membre :
Institut national de l'origine et de la qualité, Arborial, 12, rue Rol-Tanguy,
TSA30 003, 93555 Montreuil-sous-Bois Cedex.
Téléphone : 01-73-30-38-99.
Télécopie : 01-73-30-38-04. Courriel :
info@inao.gouv.fr
Groupement demandeur :
Comité de défense des « Moules de bouchot de la Baie du
Mont-Saint-Michel », Maison de la baie, Le Port Est, 35960 Le
Vivier-sur-Mer.
Téléphone : (33) (0)2-99-48-84-38.
Fax : (33) (0)2-99-48-84-67.
Composition : concessionnaire/concessionnaire exploitant/conditionneur.
Statut juridique : syndicat professionnel, loi des 12 et 21 mars 1920.
Type de produit :
Classe 1-7 ― Mollusques.
1. Nom du produit
« Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel ».
2. Description du produit
Les moules bénéficiant de l'appellation d'origine « Moules de bouchot de
la baie du Mont-Saint-Michel » sont des moules fraîches entières,
vivantes caractérisées par une coquille lisse et foncée, de forme
régulière et une chair de couleur jaune à orangée exempte de tout crabe
ou grains de sable. La texture de la chair est onctueuse et fondante et
sa saveur à dominante sucrée.
Les moules appartiennent essentiellement à l'espèce Mytilus edulis.
Elles présentent une longueur moyenne égale ou supérieure à 4 cm, un
taux de chair supérieur ou égal à 120 selon l'indice de Lawrence et
Scott et une teneur en glucides supérieure à 4 % de la chair cuite. Les
modalités de mesure et de contrôle de ces critères sur les lots de
moules prêts à être commercialisés sont précisées dans la partie 5
relative à la méthode d'obtention.
3. Délimitation de l'aire géographique
L'aire géographique de production des moules comprend une zone d'élevage (3.1) et une zone de préparation et de conditionnement (3.2).
3.1 La zone d'élevage des moules s'étend de la partie de l'estran de la
baie du Mont-Saint-Michel, située au sud de l'alignement du clocher de
Carolles et de la pointe de la Chaîne et à l'ouest de la limite
interdépartementale Ille-et-Vilaine/Manche.
Cette zone délimitée offre aux moules les conditions d'une alimentation
abondante, spécifique et variée qui est liée à l'originalité de la baie
du point de vue à la fois :
― morphologique (présence d'un très vaste estran) ;
― sédimentaire (couverture de sables fins sur lesquels se développent
des peuplements benthiques spécifiques) ;
― hydrodynamique (interactions entre le courant issu du plus important
marnage de marées de France et le flux des rivières qui se jettent dans
la baie) ; et
― écologique (transfert et interactions entre divers écosystèmes dont
les polders, les vasières et les marais maritimes).
Les mécanismes d'alimentation des moules dépendent également dans cette
zone des caractéristiques des masses d'eau (température, salinité,
turbidité) dans lesquelles elles se développent.
Cette zone délimitant l'implantation des bouchots et des réserves est
constituée par :
― les parties du domaine maritime où se trouvent des masses d'eau
caractéristiques du système général de production biologique de la baie
du Mont-Saint-Michel et présentant notamment une faible vitesse de
transport ; et
― un estran disposant d'une vaste étendue et de sédiments constitués de
sables fins à Macoma balthica ou de sables fins à moyens zoogènes de bas
niveaux.
3.2. La zone de préparation et de conditionnement des moules s'étend aux
territoires des communes suivantes : Cancale, Cherrueix, Le
Vivier-sur-Mer, Mont-Dol, Saint-Benoît-des-Ondes, Saint-Méloir-des-Ondes.
Cette zone est constituée des communes présentant une limite avec le
domaine maritime de la baie du Mont Saint-Michel, des voies d'accès
traditionnelles au bas estran par navigation ou par circulation au sol,
et une proximité avec la zone d'élevage et de réserve.
Cette zone délimitée correspond aux usages mytilicoles antérieurs
constatés depuis les années 1950 avec l'implantation progressive
d'ateliers mytilicoles. Ces ateliers sont situés à proximité des voies
d'accès traditionnelles desbouchots au bas estran par navigation ou par
circulation au sol, compte tenu des exigences de respect des usages et
de préservation du milieu naturel mais aussi des exigences liées à un
accès facile et régulier aux bouchots et un travail rapide des moules
après leur culture.
4. Eléments prouvant que le produit est originaire de l'aire géographique
Le suivi documentaire mis en place tout au long du processus de mise en
œuvre des moules ainsi que la procédure de contrôle analytique et
organoleptique définie permettent de garantir un suivi du produit de sa
phase d'élevage à celle de sa mise à la consommation.
Tout opérateur intervenant dans les conditions de production de
l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du
Mont-Saint-Michel » doit s'engager au respect des textes réglementaires
relatifs à l'appellation par la souscription d'une déclaration
d'identification auprès du groupement par pli recommandé avec demande
d'avis de réception postal, ou déposés contre décharge au plus tard le
1er mai de l'année qui précède la première récolte de moules destinées à
l'appellation d'origine, selon un modèle validé par le directeur de
l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO).
Cette déclaration permet de répertorier l'ensemble des opérateurs
intervenant dans le processus de production, de lavage, de calibrage et
de conditionnement de l'appellation et les moyens de production mis en
œuvre.
Par opérateur intervenant dans les conditions de production de
l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du
Mont-Saint-Michel » on entend notamment:
― le concessionnaire, qui met en œuvre des installations de cultures de
moules ;
― le concessionnaire exploitant, ci-après dénommé « exploitant », qui
réalise notamment les opérations de culture, de récolte, de criblage et
de lavage des moules ;
― le conditionneur qui met en œuvre des moules lavées et criblées en vue
de leur commercialisation.
La déclaration d'identification du concessionnaire comporte notamment :
les références du concessionnaire, les références des concessions de
bouchots, les références des concessions de réserve, en précisant, le
cas échéant, celles qui sont utilisées pour stocker des moules d'autres
origines, les références des chantiers de stockage des cordes de
naissain, le nom de l'entreprise qui pêche les moules, les nom et numéro
sanitaire de l'entreprise qui calibre et lave les moules.
La déclaration d'identification de l'exploitant comporte notamment : les
références de l'entreprise, les références du responsable, les
références des installations de stockage, de lavage, de criblage, de
conditionnement, en précisant, le cas échéant, celles qui sont utilisées
pour traiter des moules d'autres origines.
La déclaration d'identification du conditionneur comporte notamment :
les références de l'entreprise, les références du responsable, les
références des installations de conditionnement, en précisant, le cas
échéant, celles qui sont utilisées pour traiter des moules d'autres
origines.
Différents types de registres sont exigés, pour l'enregistrement des
pratiques d'élevage et de purification, pour le suivi des quantités de
moules mises en œuvre lors des opérations de lavage-criblage et enfin
pour le suivi des quantités conditionnées.
Un registre d'élevage précise notamment, pour chaque ligne de bouchot,
le nom du collecteur et la date d'introduction des cordes dans l'aire,
la date d'ensemencement et le nombre de pieux ensemencés, les dates de
récolte et le nombre de pieux récoltés par date.
Un registre de stockage précise notamment, pour chaque réserve et pour
chaque bassin, un plan de répartition des containers ou des mannes
(paniers) avec pour chacun d'entre eux les lignes de bouchot d'origine,
la date d'entrée et la date de sortie et la destination des moules.
Un registre des opérations de lavage précise notamment les dates et
heures de réalisation des opérations, les coordonnées des bouchots
d'origine et les quantités lavées et calibrées.
Un registre des opérations de conditionnement précise notamment les
dates de réalisation des opérations, les coordonnées des bouchots ou les
références des exploitants ayant lavé et calibré les moules, les
quantités mises en œuvre et les quantités conditionnées.
Les registres sont tenus à la disposition des agents chargés du contrôle
sur les lieux même où sont entreposés les produits. Ils peuvent être
tenus sous forme informatisée.
Les données figurant dans les registres sont conservées par leur
détenteur durant l'année à laquelle les registres se rapportent et
l'année suivante.
Par ailleurs, sur un modèle de document validé par le directeur de l'INAO,
une déclaration récapitulative de production établie annuellement
indique, en fonction de la qualité de l'opérateur, les quantités
commercialisées en distinguant les moules qui ont été conditionnées dans
l'installation prévue à cet effet des moules qui ont été transférées en
vue d'un conditionnement dans une autre installation, le nombre de pieux
comportant des moules non récoltées à l'issue de la période de récolte
et leur localisation. Elle est transmise au groupement par les
opérateurs intervenant dans les conditions de production à l'issue de la
période de récolte et au plus tard le 30 mars.
Afin de garantir la traçabilité, les moules destinées à l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » ne peuvent être entreposées avec des moules ne pouvant prétendre à l'appellation dans une même installation de réserve ou dans un même bassin qu'à la seule condition qu'elles le soient dans des récipients distincts et identifiés.
Pendant les opérations de lavage et de criblage, les moules destinées à
l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du
Mont-Saint-Michel » ne peuvent être entreposées et mises en œuvre avec
des moules élevées en dehors de l'aire délimitée définie au point 3.
Pendant les opérations de conditionnement, les moules destinées à
l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du
Mont-Saint-Michel » ne peuvent être entreposées avec des moules ne
pouvant prétendre à l'appellation.
En outre, chaque emballage est identifié par un système de marquage
agréé par les services de l'Institut national de l'origine et de la
qualité et distribué par le groupement.
Ce marquage indique :
― le poids ;
― le nom du producteur ;
― les références du centre d'expédition ;
― la date de conditionnement ;
― le numéro d'ordre du conditionnement ;
― le nom de l'appellation.
Les lots de moules prêtes au conditionnement peuvent circuler entre
centres d'expédition dans des contenants identifiés par un bordereau de
transfert comportant notamment les indications suivantes :
― le lieu de pêche ;
― le type de moules : pêche ou réserve et dans ce dernier cas complété
de la date de mise en réserve ;
― en cas de passage en bassin, la date de mise d'entrée ;
― le nom de l'entreprise ayant lavé et trié les moules ;
― le nom de l'entreprise destinataire ;
― la date de lavage et de tri ;
― le poids brut.
Le bordereau de transfert est fixé au contenant parun collier de couleur
différente de ceux pour la commercialisation. Il comporte le sigle « AOP
» et les références de l'entreprise ayant lavé et calibré les moules.
Les sacs sont identifiés par le nom de l'appellation d'origine pré
imprimé sur le contenant ainsi que par un collier de couleur différente
selon le poids du conditionnement. Ce collier comporte le sigle « AOP »
et les références de l'entreprise ayant lavé et calibré les moules.
Les barquettes sont identifiées par le nom de l'appellation d'origine
préinscrit sur le contenant.
Ces emballages peuvent servir de support à l'étiquetage notamment de la
marque d'identification sanitaire ou des indications prévues au point 8
« Eléments spécifiques de l'étiquetage ».
Les centres d'expédition des moules bénéficiant de l'appellation
d'origine doivent répondre aux conditions sanitaires de production et de
mise sur le marché des coquillages vivants prévues par les règlements et
textes en vigueur.
L'ensemble de cette procédure est complétée par des examens analytique
et organoleptique permettant de s'assurer de la qualité et de la
typicité des moules.
5. Description de la méthode d'obtention du produit
Les moules de bouchot sont élevées sur des pieux verticaux alignés et
plantés dans le sol de l'estran. De ce fait, elles vivent sans contact
avec le sol et subissent l'alternance des marées.
La méthode d'obtention des moules est précisée ci-après.
5.1. Rapatriement des larves de moules
et ensemencement des bouchots
Les larves de moules destinées à la production de « Moules de bouchot de
la baie du Mont Saint-Michel » doivent être rapatriées à l'intérieur de
la zone d'élevage définie au point 3 sur des cordes constituées de
fibres naturelles et biodégradables, au plus tard le 30 juin. A ce stade
elles mesurent moins de 2 mm de longueur en moyenne sur la corde et
peuvent facilement se détacher soit en utilisant leur pied pour ramper,
soit en se laissant flotter dans la colonne d'eau. Une fois fermement
fixées, les larves vont donner le naissain qui va se développer sur les
cordes placées sur des chantiers situés à l'intérieur de la zone
d'élevage définie au point 3. Le naissain peut rester sur les chantiers
au plus tard jusqu'au 31 octobre de l'année de rapatriement des larves.
L'ensemencement consiste à enrouler et à fixer sur les pieux les cordes
de naissains ou les boudins qui sont des filets tubulaires dans lesquels
ont été introduits du nouvellain issu de naissain élevé dans l'aire et
extrait de la surabondance d'autres pieux ensemencés la même année de
production. Après l'implantation définitive du naissain sur les pieux,
on parle pour désigner les individus en cours d'élevage de jeunes
moules.
L'ensemencement au moyen des cordes de naissain est effectué au plus
tard le 31 octobre. Au moment de la pose d'une corde de naissain ou d'un
boudin, une hauteur minimale de 30 centimètres est respectée entre le
sol et le niveau inférieur de la corde ou du boudin.
Conformément au décret du 22 mars 1983 modifié fixant le régime de
l'autorisation des exploitations de cultures marines, il est fixé pour
l'appellation un taux d'ensemencement maximum des bouchots implantés
dans la zone d'élevage définie au point 3 qui correspond à :
65 % par ligne de 100 mètres linéaires dans la zone de l'est du bief du
Vivier-sur-Mer à Cherrueix, la zone nord-ouest du banc des Hermelles et
la zone nord-est du banc des Hermelles ;
55 % par ligne de 100 mètres linéaires dans le reste de la zone
d'élevage délimitée.
Les chantiers à naissains doivent être débarrassés de toutes moules et
cordes au plus tard le 31 octobre.
5.2. Elevage, récolte et stockage des moules de bouchot
Les moules sont élevées au sein de concessions ou parties de concessions
situées à l'intérieur de la zone d'élevage définie au point 3. L'élevage
des moules de bouchot est un élevage sur pieu vertical d'une hauteur
maximale de 5,5 mètres, partiellement enterré et inamovible dès lors que
le naissain est fixé dessus. La hauteur ensemencée du pieu est limitée à
3,5 mètres. Le clayonnage des pieux est interdit.
Les concessions de bouchots comprennent chacune des lignes de pieux
verticaux organisées successivement vers le large et dont la répartition
et la densité sont précisées comme suit :
110 pieux par ligne de 100 mètres linéaires dans la zone de l'est du
bief du Vivier-sur-Mer à Cherrueix ;
140 pieux par ligne de 100 mètres linéaires dans la zone nord-ouest du
banc des Hermelles, la zone nord-est du banc des Hermelles et le reste
de la zone d'élevage délimitée.
L'élevage des moules se déroule pendant une période minimale de onze
mois consécutifs dont huit mois minimum sur bouchot à compter de
l'ensemencement des bouchots concernés. Au-delà d'une période d'élevage
de plus de vingt-quatre mois, les moules ne peuvent plus bénéficier de
l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du Mont
Saint-Michel ».
L'élevage sur le pieu consiste à y placer un nombre optimal d'individus,
la gestion de la population étant réalisée en supprimant les moules en
excédent et en les transférant après introduction dans des boudins
tubulaires sur d'autres pieux qui le nécessiteraient.
Un rendement annuel maximum de 60 kg de moules commercialisées par pieu
est fixé pour l'ensemble des concessions ou parties de concessions de
bouchots d'une exploitation destinées à la production de « Moules de
bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel ».
La période de récolte des moules est fixée entre le 15 juin et le 15
février de l'année suivant celle de l'ensemencement des bouchots
concernés. Les moules élevées pendant une période minimale de dix-huit
mois peuvent être récoltées entre le 15 juin et le 31 juillet de l'année
suivant celle de l'ensemencement des bouchots concernés.
La date d'ouverture et la date de clôture de récolte sont fixées chaque
année par les services de l'INAO après avis du groupement en tenant
compte sur des échantillons représentatifs des résultats d'analyses du
taux de chair selon l'indice de Lawrence et Scott ainsi que de la teneur
en glucides de la chair cuite et de l'appréciation organoleptique des
moules par une commission de dégustation.
Après récolte, les moules peuvent être mises en réserve, à l'aide de
récipients clos, à claires-voies, au sein de concessions ou parties de
concessions situées à l'intérieur de l'aire d'élevage des moules définie
au point 3 ou immergées à l'aide de récipients clos, à claires-voies,
dans des bassins insubmersibles alimentés avec l'eau de mer et aménagés
dans les centres de purification et les centres d'expédition situés à
l'intérieur de l'aire de préparation des moules définie au point 3.
Le temps de passage des moules en réserves ne peut excéder sept jours et
celui en bassin huit jours. Lorsque les moules effectuent à la fois un
passage en réserve et en bassin, le temps de passage total ne peut
excéder dix jours.
5.3. Préparation et conditionnement des moules de bouchot
Après passage éventuel en réserve ou bassin de purification, les moules
sont égrappées, lavées et triées dans des centres d'expédition situés à
l'intérieur de la zone de préparation et de conditionnement définie au
point 3. L'épaisseur minimale entre les barreaux des grilles de criblage
utilisées pour le criblage des moules est fixée à 12 mm.
Les moules appartiennent à l'espèce Mytilus edulis conformément à la
partie 2 relative à la description du produit. Toutefois, il est
constaté dans la baie du Mont-Saint-Michel le caractère naturel et
marginal de la présence de moules de l'espèce Mytilus galloprovincialis
ou de moules hybrides.
Pour prendre en compte cette situation naturelle et en limiter les
effets, les lots de moules prêts au conditionnement contiennent moins de
5 % de moules Mytilus galloprovincialis ou de moules hybrides
galloprovincialis-edulis.
Les lots de moules prêtes au conditionnement contiennent des moules
d'une longueur moyenne, égale ou supérieure à 4 cm, conformément à la
partie 2 relative à la description du produit. Les lots de moules prêts
au conditionnement doivent contenir une proportion de 20 % maximum de
moules inférieures à 4 cm.
Le taux de chair minimal, défini dans la partie 2 relative à la
description du produit, est calculé selon l'indice de Lawrence et Scott,
dont le protocole de mesure est le suivant : IC = poids sec de chair *1
000/(poids total ― poids coquilles). Un indice dit simplifié peut être
utilisé et mesuré comme suit : IS = poids des chairs après cuisson/poids
total avant cuisson.
Le taux de remplissage des moules prêtes au conditionnement peut être
modifié par arrêté interministériel en cas de circonstances
exceptionnelles, pour une récolte déterminée pris sur proposition du
comité national compétent de l'INAO. Toutefois, ces valeurs ne peuvent
en aucun cas être inférieures de 5 % du taux minimal fixé au point 2 «
Description du produit ».
Le conditionnement des moules est réalisé par des centres d'expédition
situés à l'intérieur de la zone de préparation et de conditionnement
définie au point 3. Le conditionnement s'opère sur des moules issues
d'un même producteur et dans un délai ne pouvant excéder dix-huit heures
après le lavage et le criblage des moules.
Le conditionnement des moules constitue une opération importante
susceptible de nuire à la qualité, à l'authenticité et, par suite, à la
notoriété de l'appellation si les exigences ci-dessus ne sont pas
respectées.
Le caractère périssable des moules nécessite en effet un travail rapide
des moules après culture et des circuits rapides de commercialisation ;
le conditionnement dans la zone délimitée permet de préserver les
qualités et caractéristiques du produit. Le conditionnement de moules
issues d'un même centre d'expédition renforce la traçabilité et la
garantie de l'authenticité du produit (partie 4), et par conséquent
permet de préserver la notoriété de l'appellation.
Le conditionnement et la commercialisation des moules s'effectuent dans
des contenants d'une capacité maximale de 15 kg. Le conditionnement
final peut être réalisé en sacs de 2 à 15 kg ou en barquette de 0,5 à 7
kg.
6. Eléments justifiant le lien avec le milieu géographique
6.1. Spécificité de l'aire géographique
6.1.1. Les facteurs ayant un lien potentiel avec le produit
6.1.1.1. Les facteurs naturels
Les communes concernées par l'appellation d'origine « Moules de bouchots
de la baie du Mont-Saint-Michel » sont situées sur le littoral de la
baie du Mont-Saint-Michel, au fond du golfe normano-breton.
La baie du Mont-Saint-Michel, caractérisée par son immense estran à la
très faible pente et par les marnages de marée les plus importants des
côtes françaises, constitue une entité géographique originale par bien
des aspects.
La baie du Mont-Saint-Michel présente une mosaïque d'écosystèmes
caractérisés par l'interaction de milieux terrestres (bocages, polders),
de milieux de transition entre terre et mer (marais maritimes, marais
d'eau douce, rivières et estuaires), de milieux marins (vasières). Tous
ces écosystèmes représentés sur de très vastes superficies sont
interdépendants par le jeu de transfert et d'interactions : flux de
matières organiques, de nutriments, migration journalière ou saisonnière
d'organismes. A côté des bassins versants d'environ 300 000 ha qui
apportent de la matière organique, des sels minéraux et l'eau douce, il
faut noter deux milieux particulièrement bien représentés dans la baie
et apportant une très forte productivité biologique. D'une part les 4
000 ha de marais salés drainés par un réseau complexe de criches
(chenaux naturels) qui jouent un rôle très important dans le transfert
de la production biologique vers le système côtier. D'autre part les 20
à 30 000 ha de vasières de sables fins sur lesquels se développent sous
forme de films posés sur la surface du sédiment des peuplements d'algues
benthiques microscopiques. Ces peuplements sont essentiellement
constitués de diatomées caractéristiques des milieux côtiers envasés et
dont la densité est considérable (fréquemment plusieurs milliers au
cm²).
L'estran de la baie du Mont-Saint-Michel représente plus de 250 km²
alternativement découvert et recouvert par des marées dont le marnage
atteint des niveaux exceptionnels : 11,50 m en marée de vive-eau moyenne
(Rétière, 1979), avec des maxima de 16 m (Cnexo, 1982). Il s'agit de
l'un des plus importants marnages d'Europe qui s'explique par la
situation de la baie. En effet lorsque l'onde de marée venant de
l'Atlantique pénètre dans le couloir de la Manche, elle bute sur la
barrière frontale que constitue le Cotentin. Cette onde de marée va donc
s'amplifier pour atteindre le maximum de hauteur à la pointe de l'angle
que constitue la baie.
Cet estran présente une très faible pente avec une dénivellation de
moins de 0,2 % et de ce fait une très faible profondeur d'eau qui se
refroidit et se réchauffe rapidement, accentuant les tendances de la
température de l'air. Ainsi, la lame de flot est au mois de mai de 2 °C
supérieure à la température de l'air et de 6 à 7 °C supérieure à la
température de l'eau du large. En hiver, le phénomène inverse est
observé, pouvant occasionner certaines années le gel du flux.
Compte tenu des faibles profondeurs moyennes, les mouvements des masses
d'eaux sont accompagnés d'importants déplacements de sédiments, qui
augmentent significativement la turbidité de l'eau de la baie par
rapport au reste du golfe normano-breton. Elle varie entre 10 et 100 mg
de particules/l dans les eaux de surface et peut atteindre en certains
points de la baie plus de 1 000 mg de particules/l (Nikodic, 1981).
Les mouvements des masses d'eau de la baie sont conditionnés par le
débit des rivières, les courants de marée ainsi que la courantologie de
la Manche. La baie du Mont-Saint-Michel constitue une zone où les houles
du large se trouvent largement diffractées autour de la pointe du Grouin
et de la pointe de la Chaîne, ce qui provoque une dissipation d'une
grande partie de leur énergie (Nikodic, 1981). La courantologie de la
baie qui intègre les vents d'orientation ouest mais dont l'intensité est
freinée par le massif de Saint-Malo, l'onde de marée, la dérive
littorale qui descend du nord du Cotentin vers le sud et le flux des
rivières qui se jettent dans la baie débouche sur un déplacement très
lent des masses d'eau qui entrent principalement par le nord pour
s'évacuer par l'ouest dans un courant senestre. En dehors des
oscillations liées au marnage des marées et au vent, une particule de
plancton mettra deux jours et demi pour parcourir 500 mètres dans le
fond de la baie, soit plusieurs semaines entre son entrée et sa sortie
(Garreau P., 1993).
La baie du Mont-Saint-Michel présente en outre la particularité de ne
pas disposer de populations endémiques significatives de mytilidés.
Mytilus galloprovincialis n'est présente dans le milieu que de façon
marginale, le plus souvent sous la forme d'hybride galloprovincialis-edulis
alors qu'elle est exploitée à quelques kilomètres à l'ouest et Mytilus
edulis, du fait des conditions de milieu de la baie, ne parvient pas à
se reproduire.
6.1.1.2. Les facteurs humains
Dans l'aire s'est développée une importante production mytilicole sur bouchots qui domine après le tourisme l'économie locale. La production de moules de bouchots d'appellation d'origine « baie du Mont-Saint-Michel » représente environ 10 000 tonnes/an, soit un chiffre d'affaires de plus de 20 millions d'euros, qui représente près de 25 % des ventes de moules de bouchots en France et 13 % de la consommation française de moules. Les moules d'appellation d'origine sont produites par une soixantaine d'entreprises employant environ 300 personnes et 100 saisonniers regroupées pour la plupart sur le port du Vivier-sur-Mer. Mais autour de la production mytilicole, de nombreuses activités connexes se sont développées allant des chantiers navals jusqu'au tourisme gastronomique.
6.1.2. Les éléments historiques concernant les facteurs du lien au terroir
6.1.2.1. Implantation de la mytiliculture dans la baie
Si l'estran a toujours été le cadre de nombreuses activités de pêche à pied, notamment de coquillage, grâce aux différents accès terrestres à l'estran qui ont été ménagés depuis la côte, la mytiliculture sur bouchots a été introduite à la fin des années 50 par un groupe de mytiliculteurs originaires de la baie de l'Aiguillon, située aux confins de la Vendée et de la Charente maritime. L'implantation d'ateliers mytilicoles sur le port du Vivier-sur-Mer dont l'activité importante de commerce jusqu'à l'entre-deux-guerres cessa définitivement en 1952, permit la réalisation d'une première base mytilicole dès les années 60. En 1998, la construction d'une réserve d'eau de mer permit l'adduction de l'ensemble des ateliers de préparation des moules en eau salée.
6.1.2.2. Mise en place d'une politique collective de préservation de la ressource et de la qualité du produit
Les mytiliculteurs, sensibilisés par les conséquences sur le milieu et
le produit de la surproduction qui pouvaient sévir de façon récurrente
dans certains centres, ont mis en œuvre une politique consistant à
réglementer de façon stricte le nombre de pieux et à gérer de façon
réactive et collective leur implantation en fonction de la capacité
trophique de la baie. Ainsi les bouchots ont été déplacés et
restructurés à cinq reprises pour adapter le nombre de pieux, la
densité, la localisation ainsi que le taux d'ensemencement des bouchots
à la ressource biologique. A partir de 1968, le nombre de pieux va
diminuer à chaque restructuration et la longueur de lignes de bouchots
va être plafonnée à partir de 1980. En matière d'organisation
collective, qui n'est pas limitée à la mytiliculture, puisque c'est
toute la production conchylicole de la baie, notamment ostréicole, qui
fait l'objet d'une régulation, la baie du Mont-Saint-Michel est en
France pionnière :
― premier secteur conchylicole à geler les implantations de concessions
;
― premier secteur conchylicole à limiter le nombre de pieux par ligne ;
― premier et seul secteur conchylicole à définir un taux maximal
d'ensemencement.
Par ailleurs la maîtrise de la qualité des eaux des bassins versants a
constitué une priorité pour les mytiliculteurs qui ont établi de façon
préventive, et ce bien avant que cela ne devienne une préoccupation
nationale, des outils de protection de la qualité des eaux. Enfin les
mytiliculteurs ont mis en place une procédure d'ouverture et de
fermeture de la récolte au vu d'examens analytiques et organoleptiques
afin de respecter la saisonnalité de Mytilus edulis, et notamment
d'éviter les récoltes trop précoces alors que les moules n'ont pas
encore atteint une taille suffisante.
6.2. Spécificités du produit
6.2.1. Caractéristiques distinctives du produit et de sa production
La moule de la baie du Mont-Saint-Michel est une moule de l'espèce Mytilus edulis élevée selon la culture sur bouchots. Cependant, elle se distingue nettement des moules de l'espèce Mytilus edulis des autres bassins de par leurs caractéristiques physico-chimiques (remplissage de la coquille, teneur en matière sèche et en glucides), du fait de leurs caractéristiques organoleptiques (couleur, texture et saveur) ainsi que de l'absence de corps étrangers (crabes ou grains de sable).
6.2.1.1. Caractéristiques physico-chimiques
Les caractéristiques qui font l'objet d'un examen sont liées à la
qualité organoleptique du produit. Ainsi le taux de chair et la teneur
en matière sèche traduisent le caractère charnu de la moule et la teneur
en glucides qui comprennent essentiellement les réserves en glycogène
exprime, d'une part, la texture onctueuse et fondante et, de l'autre, la
saveur sucrée spécifique de cette moule.
a) Remplissage de la coquille :
Le taux de chair permet une bonne appréciation du remplissage de la
coquille de la moule par la chair. Plusieurs comparaisons ont montré que
l'indice de Lawrence et Scott : poids sec chair/(poids total ― poids
coquille) pendant la saison de commercialisation était supérieur aux
indices observés dans d'autres secteurs de production des moules de
bouchots à travers une augmentation plus rapide en début de campagne (un
mois d'avance environ), un pic plus élevé (pouvant être supérieur de 100
%) et une diminution plus lente et différée en fin de saison (de plus
d'un mois) cf. étude réalisée entre février 1993 et décembre 1995 par
l'IFREMER Concarneau sur trois sites de Bretagne (Aven, baie de Morieux
et baie du Mont-Saint-Michel) (1).
Ce fort niveau de remplissage de la coquille est apprécié dans le cadre
de l'examen analytique qui est réalisé très régulièrement sur la
production de chaque opérateur depuis la saison 2005. Cet examen se fait
à partir d'un indice simplifié comparé sur environs 8 % des échantillons
à l'indice de Lawrence et Scott qui est en outre réalisé sur les
résultats en limite basse. Ainsi plus de 80 % des 49 échantillons
analysés lors des périodes de commercialisation avec l'indice de
Lawrence et Scott étaient supérieurs à 120 et plus de 85 % des 640
échantillons analysés avec l'indice simplifié étaient supérieurs à 25,5
(résultat correspondant au niveau 120 de l'indice de Lawrence et Scott.
(1) LE MAO P. et ROUGERIE M. (coord.) (1998) ― Projet Qualité des mollusques : grille nationale de qualité des moules. Rapport IFREMER DRV/RA/RST/98-07b-SETE, 41 pages.
b) Composition chimique :
Par ailleurs la même étude de l'IFREMER Concarneau (2) comparant les
moules de trois sites de Bretagne a montré que les moules de la baie du
Mont-Saint-Michel présentaient une teneur en matière sèche en moyenne
supérieure de 15 % à celle d'autres secteurs de moules de bouchots.
Cependant, la principale spécificité de ce produit est sa richesse en
glucides qui est aisément vérifiée lors du contrôle par l'examen
organoleptique. Des études ont montré des écarts de plus de 30 % entre
la moule de bouchots de la baie du Mont-Saint-Michel et les moules de
bouchots d'autres centres.
(2) LE MAO P. et ROUGERIE M. (coord.) (1998) ― Projet Qualité des mollusques : grille nationale de qualité des moules. Rapport IFREMER DRV/RA/RST/98-07b-SETE, 41 pages.
Valeur moyenne de la composition chimique des moules de trois bassins de Bretagne
EAU |
MAT. SÈCHE |
LIPIDE |
GLUCIDE |
||
|---|---|---|---|---|---|
| Mont-Saint-Michel | Moyenne | 66,99 | 33,01 | 2,43 | 9,43 |
| Ecart-type | 0,99 | 0,99 | 0,20 | 1,38 | |
| Coefficient variation (%) | 1,48 | 3,00 | 8,24 | 14,63 | |
| Nombre d'analyses | 24 | 24 | 24 | 24 | |
| Aven | Moyenne | 71,19 | 28,81 | 1,95 | 6,47 |
| Ecart-type | 1,56 | 1,56 | 0,32 | 1,51 | |
| Coefficient variation (%) | 2,19 | 5,41 | 16,37 | 23,33 | |
| Nombre d'analyses | 31 | 31 | 31 | 31 | |
| Morieux | Moyenne | 71,79 | 28,21 | 1,78 | 4,38 |
| Ecart-type | 0,68 | 0,68 | 0,43 | 1,16 | |
| Coefficient variation (%) | 0,94 | 2,42 | 24,57 | 26,54 | |
| Nombre d'analyses | 11 | 11 | 11 | 11 | |
|
Etude réalisée entre février 1993 et décembre 1995 par l'IFREMER Concarneau. |
|||||
6.2.1.2. Caractéristiques organoleptiques
Lors de sa première visite le 16 septembre 1993, la commission d'enquête de l'INAO a réalisé une dégustation à l'aveugle des moules de bouchots de Chausey, Arguenon, Donville et baie du Mont-Saint-Michel, les moules de bouchots de la baie du Mont-Saint-Michel ont été reconnues et préférées. cf. tableau ci-dessous.
Dégustation de moules de bouchots de diverses origines réalisée à l'aveugle sur lots prélevés en condition identique en septembre 1993
ESPÈCES ET MODE D'ÉLEVAGE |
CHAUSEY |
ARGUENON |
MONT SAINT-MICHEL |
DONVILLE |
|
|---|---|---|---|---|---|
Edulis Bouchots |
Edulis Bouchots |
Edulis Bouchots |
Eludis Bouchots |
||
Moules crues |
Nez |
Minéral discret |
Elégant |
Poisson fin frais |
Iodé |
Bouche |
Saveur végétale |
Saveur plaisante |
Saveur élégante ― fin |
Goût puissant |
|
Remplissage |
Bon |
Bon |
Très bon |
Hétérogène |
|
Moules cuites |
Saveur |
Assez discret ― fin |
Saveur discrète voire fade |
Goût délicat ― Sucré ― Equilibré |
Saveur puissante ― un peu grossière |
Texture |
Tendre |
Caoutchouteuse |
Onctueuse |
Tendre |
|
Couleur |
Blanc crémeux |
Jaune pâle |
Orangé ― Homogène |
Blanc jaune clair ― hétérogène |
|
Appréciation |
Ordre de préférence |
2 |
4 |
1 |
3 |
Par la suite, les travaux des commissions professionnelles de
dégustation ainsi que ceux de différents organismes scientifiques (3)
ont permis de faire émerger des fiches de caractérisation et de notation
des moules. Celles-ci décrivent la moule avec les caractères suivants :
― la coquille est lisse et foncée, de forme régulière ;
― la chair est de couleur jaune à orangée. Elle se distingue très
nettement des moules des sites voisins de Mytilus edulis élevés sur
bouchots : couleur jaune clair des moules du Cotentin et couleur blanc
crème des moules de Chausey ;
― la chair remplit toute la coquille et présente un aspect charnu plein
et lisse. Cf. taux de chair ;
― l'odeur du fumet rappelle les embruns et le poisson frais ;
― la texture de la chair est charnue, onctueuse, fondante, crémeuse,
veloutée. Cf. teneur en glucides ;
― les crabes (Pinnothères pisum) comme les grains de sable sont
totalement absents ;
― la saveur est à dominante sucrée. Cf. teneur en glucides ;
― la perception aromatique est forte et complexe, elle intègre les
arômes de viande blanche, de poisson, d'œuf, de champignon, de fruits
secs et d'épices.
Grâce à la mémorisation de ces caractères, les professionnels et les
connaisseurs, membres des commissions de dégustation ont su détecter, à
quelques rares exceptions près, lors des séances d'examen organoleptique
d'agrément, les témoins originaires d'autres bassins de production (4).
(3) Station IFREMER de Concarneau, laboratoire de technologie alimentaire de l'ENSA de Rennes. (4) Sur l'année 2005, 6 lots de moules de bouchots hors zone issus de 4 bassins de production différents (Normandie, Côtes-d'Armor, Côte d'Opale, Chausey) ont tous été jugés non conformes par les commissions de dégustation.
6.2.2. Eléments liés à la notoriété du produit
Dès les premières années qui suivirent son implantation, la production de « Moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » va apparaître comme une référence sur le marché présentant notamment un prix de vente supérieur aux produits des autres centres. Un relevé des prix de vente pratiqués en France, réalisé en 1990 par la direction départementale des affaires maritimes, a montré que les prix des moules de bouchots de la baie du Mont-Saint-Michel étaient supérieurs à la moyenne nationale de plus d'1 franc/kg, soit 15 % du prix et les plus élevés de France, quel que soit l'espèce ou le mode de conduite. Cf. tableau ci-dessous.
Prix de la production dans les principaux centres mytilicoles selon la classification des affaires maritimes en 1990
CENTRES de production |
ESPÈCE |
MODE DE CONDUITE |
QUANTITÉ (T) |
VALEUR (1 000 F) |
PRIX MOYEN (F/kg) |
|---|---|---|---|---|---|
Sète |
Gallo |
Suspension |
13 832 |
82 439 |
5,96 |
La Rochelle |
Edulis |
Bouchots |
8 009 |
57 905 |
7,23 |
Cherbourg |
Edulis |
Pêche |
9 000 |
54 000 |
3,00 |
Saint-Malo (baie du Mont-Saint-Michel) |
Edulis |
Bouchots |
6 394 |
48 068 |
7,52 |
Auray |
Mixte |
Mixte |
4 150 |
31 083 |
7,49 |
Saint-Brieuc |
Mixte |
Mixte |
4 300 |
30 960 |
7,20 |
Marennes-Oléron |
Edulis |
Bouchots |
3 379 |
20 950 |
6,20 |
Noirmoutier |
Edulis |
Bouchots |
3 316 |
14 756 |
4,45 |
Les Sables |
Edulis |
Bouchots |
1 863 |
12 482 |
6,70 |
Autres |
Mixte |
Mixte |
7 517 |
49 387 |
6,57 |
Production nationale |
61 760 |
402 030 |
6,51 |
||
Sources : direction nationale des affaires maritimes. |
|||||
Cette position s'est maintenue et même renforcée malgré la création de nouveaux centres de production, notamment sur le littoral ouest du Cotentin. Au sein de l'organisation de producteurs qui participe depuis 1997 à la commercialisation des moules de Bretagne, les différents bassins de production ont pour pratique d'attendre le début de campagne de production en baie du Mont-Saint-Michel avant de déterminer leur prix de vente en fonction de la qualité et des volumes de leurs moules. Les prix de vente de ces moules, quels que soient l'espèce et le mode de production, ont été ces dernières années de 10 à 27 % inférieur au prix des moules de la baie du Mont-Saint-Michel. Source : Organisation de producteurs de moules de Bretagne
6.3. Lien causal entre l'aire géographique
et la qualité ou les caractéristiques du produit
La baie du Mont-Saint-Michel se présente, de par ses conditions
bathymétriques comme particulièrement adaptée à la production de moules
sur bouchots. En effet, en raison de la pente très faible et très
régulière de l'estran, la zone apte à l'implantation des bouchots y est
particulièrement étendue. C'est ce qui a attiré les mytiliculteurs
originaires de la baie de l'Aiguillon, en quête de nouveaux sites,
d'autant plus que le bas estran de la baie du Mont-Saint-Michel
présentait des voies d'accès traditionnelles par navigation ou par
circulation au sol.
La technique de production de moules « sur bouchot » permet aux moules
d'utiliser les sources de nourriture à différents niveaux de la tranche
d'eau, évite le contact des coquillages sur le sol et donc la présence
de sables et de parasites dans les coquilles et provoque l'alternance de
périodes émergées et immergées, ce qui habitue les moules à l'exposition
à l'air et évite leur ouverture précoce sur l'étalage. Mais cette
technique trouve dans la baie des conditions exceptionnelles. En effet,
du fait de l'étendue de l'estran et de l'importance du marnage parfois
deux fois supérieurs aux autres centres, les moules peuvent bénéficier
encore plus aisément des ressources nutritives disponibles aux
différents niveaux de la tranche d'eau et sont exposées plus longtemps à
l'air.
L'accumulation thermique des vasières de la baie du Mont-Saint-Michel
conduit :
― en hiver, à un refroidissement des températures de l'eau qui va
débarrasser Mytilus edulis de ses parasites ou compétiteurs, plus
sensibles au froid (Mytilus edulis est tolérante au froid, son activité
reste normale entre 0 et 26 °C) ;
― au printemps, à un réchauffement des températures entraînant dès le
mois de mai un pic de production précoce de phytoplancton qui correspond
au début du remplissage des moules.
La présence des sédiments fins à moyens ainsi que la courantologie de la
baie développent une turbidité relativement élevée qui conditionne la
composition des eaux en nutriments et influence également la capacité de
filtration des moules. A chaque mouvement de marée, une fraction des
diatomées qui recouvrent les sédiments est remise en suspension et
devient donc potentiellement consommable pour les moules.
Du fait des marées et des courants, le temps de résidence très important
des masses d'eau au fond de la baie permet la production à l'intérieur
de la baie de plusieurs générations successives de phytoplancton qui
sont autant de ressources alimentaires disponibles pour les moules.
Les caractéristiques des masses d'eau, en interdisant la présence de
Mytilus galloprovincialis comme la reproduction de Mytilus edulis, vont
mettre les moules implantées à l'abri de toute compétition spatiale et
nutritionnelle et leur permettre un développement rapide. Mais cette
spécificité biologique n'a pu être exploitée que parce que les
mytiliculteurs de la baie ont su mettre au point à partir de 1962 le
captage des larves sur cordes, implantées à leur retour dans la baie sur
les pieux.
Les écosystèmes de la baie, à travers les ressources alimentaires qu'elles génèrent, sont exclusivement responsables du développement quantitatif et qualitatif des moules, aucun complément alimentaire n'étant apporté aux moules. La forte productivité des marais salés et des vasières ainsi que les différents mécanismes de transfert qui permettent les échanges entre les écosystèmes terrestres et marins expliquent les forts taux de remplissage comme les caractéristiques organoleptiques spécifiques des moules de la baie du Mont-Saint-Michel. Le lien entre les micro-algues présentes en surface des vasières de l'estran et le développement des moules de la baie du Mont-Saint-Michel a pu être montré grâce à l'analyse de leurs contenus stomacaux. En effet il a pu être observé que 96 % des squelettes siliceux retrouvés dans ces contenus stomacaux appartiennent non pas à des espèces se développant en pleine mer mais à 4 des espèces de diatomées colonisant les sédiments des vasières de l'estran (5).
Mais ces différentes ressources alimentaires sont interdépendantes et il
est impossible de mettre en évidence le rôle particulier de l'une ou
l'autre d'entre elles. Ainsi, la production de phytoplancton interne à
la baie dépend des apports de sels nutritifs des bassins versants, les
populations benthiques recyclent les matières organiques issues des
marais maritimes et le développement de ces diverses populations est lié
aux propriétés des masses d'eau de la baie.
Enfin, c'est grâce aux différentes mesures de maîtrise de la production
et de préservation du milieu mises en place par les professionnels que
cette ressource peut être valorisée par les moules de bouchots de la
baie du Mont Saint-Michel.
Ainsi le milieu géographique de la baie du Mont-Saint-Michel permet, par
ses composantes naturelles, judicieusement exploitées par les
professionnels depuis l'origine de cette production, de conférer aux
moules de l'espèce Mytilus edulis, élevées sur bouchots, des
caractéristiques spécifiques.
(5) Savoure B., Grare S., Radureau A. « Quelques données sur le microphytobenthos des estrans du secteur du vivier ». In Effect of Environmental Change on European Salt Marshes. Rapport CEE 1995.
7. Références concernant la structure de contrôle
Nom : Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), Arborial,
12, rue Rol-Tanguy, TSA 30 003, 93555 Montreuil-sous-Bois Cedex.
Téléphone : 01-73-30-38-99.
Télécopie : 01-73-30-38-04.
L'Institut national de l'origine et de la qualité est un établissement
public à caractère administratif, jouissant de la personnalité civile,
sous tutelle du ministère de l'agriculture, déclaré autorité compétente
au sens du règlement 882-2004.
Nom : Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la
répression des fraudes (DGCCRF).
Adresse : 59, boulevard Vincent-Auriol, 75703 Paris Cedex 13, téléphone
: 01-44-87-17-17, fax : 01-44-97-30-37.
La DGCCRF est un service du ministère de l'économie, des finances et de
l'industrie.
8. Eléments spécifiques de l'étiquetage
L'étiquetage des moules bénéficiant de la dénomination « Moules de
bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel » prévoit que chaque
conditionnement unitaire comporte :
― le nom de l'appellation d'origine « Moules de bouchot de la baie du
Mont-Saint-Michel » inscrit en caractères de dimensions au moins égales
à celles des caractères les plus grands figurant sur l'étiquetage
― la mention « appellation d'origine protégée » et le logo « AOP »
immédiatement avant ou après le nom de l'appellation sans mentions
intermédiaires.
― jusqu'à l'enregistrement communautaire, le logo « AOC » doit être
apposé à proximité du nom de l'appellation, sans mention intermédiaire.
Outre l'étiquetage, les documents d'accompagnement, les factures doivent
comporter le nom de l'appellation d'origine et jusqu'à l'enregistrement
communautaire la mention « appellation d'origine contrôlée » ou « AOC ».
9. Exigences nationales : Points principaux à contrôler et leur méthode d'évaluation
PRINCIPAUX POINTS À CONTRÔLER |
VALEURS CIBLES |
MÉTHODES D'ÉVALUATION |
|||
|---|---|---|---|---|---|
Habilitation |
Localisation des opérateurs dans l'aire (concessionnaires, éleveurs, laveurs-cribleurs, conditionneurs) |
100 % des opérateurs présents dans la zone d'élevage et ou dans la zone de préparation |
Contrôle documentaire et/ou visuel |
||
Zone d'élevage |
Respect du taux maximum d'ensemencement des bouchots |
65 % par ligne de 100 mètres linéaires dans la zone est du bief du Vivier-sur-Mer à Cherrueix, la zone nord-ouest du banc des Hermelles et la zone nord-est du banc des Hermelles. 55 % par ligne de 100 mètres linéaires dans le reste de la zone d'élevage délimitée |
Contrôle documentaire et/ou visuel |
||
Durée de la période d'élevage |
Période minimale de 11 mois consécutifs, dont 8 mois minimum sur bouchots Période maximale de 24 mois |
Contrôle documentaire et/ou visuel |
|||
Zone de préparation |
Stockage des moules après récolte |
Durée maximum de stockage : en réserve : 7 jours en bassin : 8 jours en bassin et réserve : 10 jours |
Contrôle documentaire et/ou visuel |
||
Epaisseur minimale entre les barreaux des grilles |
Ecartement minimum de 12 mm |
Contrôle visuel |
|||
Conditionnement des moules |
A l'intérieur de la zone de préparation et de conditionnement délimitée Sur des moules issues d'un même producteur |
Contrôle documentaire et/ou contrôle visuel |
|||
Examens analytique et organoleptique |
Caractéristiques analytiques des moules |
Taux de chair supérieur ou égale à 120 selon l'indice Lawrence et Scott Longueur moyenne des moules égale ou supérieure à 4 cm, maximum 20 % de moules de taille inférieure à 4 cm |
Examen analytique mesure |
||
Caractéristiques organoleptiques des moules |
Conformité au barème de notation (présentation et flaveur de la chair) Examen par une commission d'examen organoleptique |
Examen organoleptique |
|||
LIENS EXTERNES
Le Comité de la Moule de Bouchots du Mont Saint Michel http://www.moules-aoc.com/
La Baie du Mont Saint Michel : http://www.baie-mont-saint-michel.fr/fr/la_conchyliculture.php
La Vivière : http://www.coquillagesbretagne.com/
Une video de TF1 sur les moules de Bouchot : http://videos.tf1.fr/jt-13h/les-fameuses-moules-de-bouchot-du-mont-saint-michel-5906382.html
Les moules obtiennent l'AOP : http://alimentation.gouv.fr/moules-saint-michel
Les pêcheurs à pied : http://www.fbls.net/pecheur-pied.htm