SAINT ÉMILION
Dès le Moyen Âge, la superficie du vignoble augmente avec la notoriété des
vins. Leur qualité était soumise au contrôle de la Jurade par le sceau du
vinettier, avant transport vers l’Angleterre depuis le port de Pierrefitte sur
la Dordogne.
La Jurade est instaurée en 1199 par Jean Sans Terre, roi d’Angleterre qui délègue ses pouvoirs économiques, politiques et judiciaires, à des notables et des magistrats afin de gérer l’administration générale de la cité. En échange de ces privilèges accordés, l’Angleterre peut jouir du «privilège des Vins de Saint-Emilion».
L’autorité de la Jurade perdure jusqu’à la Révolution Française en 1789.
En 1948, les viticulteurs réunis au sein du syndicat viticole ressuscitent la Jurade sous la forme d’une confrérie, qui devient alors l’ambassadrice des vins de Saint-Emilion à travers le monde, avec pour ambition de garantir l’authenticité et la qualité de ses vins.
La Jurade est ainsi porteuse de la notoriété des appellations, et organise chaque année la Fête de Printemps en juin et le Ban des vendanges en septembre.
Lors de ces manifestations, les membres de la Jurade défilent dans la cité, vêtus de la robe rouge traditionnelle. En juin comme en septembre, après avoir assisté à la messe, les jurats se rendent dans le cloître de l’église collégiale ou dans l’église monolithe pour procéder aux intronisations.
Après le déjeuner, ils se rendent en procession à la Tour du Roy, du sommet de laquelle ils proclament solennellement le ban des vendanges.
En juin, la Jurade procèdent au Jugement du vin nouveau, destiné à en prédire les qualités de la récolte précédente.
Le Décret n° 2011-125 du 28 janvier 2011 relatif à l'appellation d'origine contrôlée «Saint-Emilion» confirme l'AOC Saint-Emilion.
CAHIER DES CHARGES DE L'APPELLATION D'ORIGINE CONTRÔLÉE SAINT-ÉMILION
Chapitre Ier
I. ― Nom de l'appellation
Seuls peuvent prétendre à l'appellation d'origine contrôlée « Saint-Emilion », initialement reconnue par le décret du 14 novembre 1936, les vins répondant aux dispositions particulières fixées ci-après.
II. ― Dénominations géographiques et mentions complémentaires
Pas de disposition
particulière.
III. ― Couleur et types de produit
L'appellation d'origine contrôlée « Saint-Emilion » est réservée aux vins tranquilles rouges.
IV. ― Aires et zones dans lesquelles différentes opérations sont réalisées
1° Aire géographique :
La récolte des raisins, la vinification, l'élaboration et l'élevage des vins
sont assurés sur le territoire des communes suivantes du département de la
Gironde : Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Emilion, Saint-Etienne-de-Lisse,
Saint-Hippolyte, Saint-Laurent-des-Combes, Saint-Pey-d'Armens, Saint-Sulpice-de-Faleyrens,
Vignonet et Libourne, pour la partie de son territoire limitée au sud par le
ruisseau la Capelle et son prolongement jusqu'au chemin vicinal n° 28, par ce
chemin jusqu'à la Dordogne et par la voie ferrée Bordeaux-Bergerac.
2° Aire parcellaire délimitée
:
Les vins sont issus exclusivement des vignes situées dans l'aire parcellaire de
production telle qu'approuvée par l'Institut national de l'origine et de la
qualité lors des séances du comité national compétent des 16 novembre 1938, 15
septembre 1977 et 4 novembre 1982.
L'Institut national de l'origine et de la qualité dépose auprès des mairies des
communes mentionnées au 1° les documents graphiques établissant les limites
parcellaires de l'aire de production ainsi approuvées.
3° Aire de proximité immédiate
:
L'aire de proximité immédiate, définie par dérogation pour la vinification,
l'élaboration et l'élevage des vins, est constituée par le territoire des
communes suivantes du département de la Gironde : Libourne, pour la partie de
son territoire qui ne figure pas dans l'aire géographique, Lussac, Montagne,
Néac, Pomerol, Puisseguin, Sainte-Colombe, Saint-Genès-de-Castillon,
Saint-Magne-de-Castillon et Sainte-Terre.
V. ― Encépagement
1° Encépagement :
Les vins sont issus des cépages suivants :
― cépages principaux : cabernet franc N, cabernet-sauvignon N, carmenère N, cot
N (ou malbec), merlot N ;
― cépage accessoire : petit verdot N.
2° Règles de proportion à
l'exploitation :
La proportion du cépage petit verdot N ne peut être supérieure à 10 % de
l'encépagement.
La conformité de l'encépagement est appréciée sur la totalité des parcelles de
l'exploitation produisant le vin de l'appellation d'origine contrôlée.
VI. ― Conduite du vignoble
1° Modes de conduite :
a) Densité de plantation.
Les vignes présentent une densité minimale à la plantation de 5 500 pieds par
hectare.
L'écartement entre les rangs ne peut être supérieur à 2 mètres et l'écartement
entre les pieds sur un même rang ne peut être inférieur à 0,80 mètre.
b) Règles de taille.
La taille est obligatoire. Elle est effectuée au plus tard au stade feuilles
étalées (stade 9 de Lorenz).
Les vignes sont taillées selon les techniques suivantes favorisant l'étalement
et l'aération de la végétation sur un seul plan de palissage, tout en limitant
le nombre de grappes :
― taille en Guyot simple ou Guyot double ;
― taille à coursons (cots) en cordon de Royat ou en éventail ;
― taille à longs bois (astes).
Chaque pied porte un maximum de 12 yeux francs.
Dans tous les cas, le chevauchement des longs bois (astes) est interdit.
c) Règles de palissage et de hauteur de feuillage.
La hauteur de feuillage palissé doit être au minimum égale à 0,6 fois
l'écartement entre les rangs, la hauteur de feuillage palissé étant mesurée en
limite inférieure à 0,10 mètre en dessous du fil de pliage et en limite
supérieure à la hauteur de rognage.
d) Charge maximale moyenne à la parcelle.
La charge maximale moyenne à la parcelle est fixée à 9 000 kilogrammes par
hectare.
Le nombre de grappes au mètre linéaire, à la récolte, est inférieur ou égal à
12.
Lorsque l'irrigation est autorisée conformément aux dispositions de l'article D.
645-5 du code rural et de la pêche maritime, la charge maximale moyenne à la
parcelle des parcelles irriguées est fixée à 6 500 kilogrammes par hectare.
e) Seuil de manquants.
Le pourcentage de pieds de vigne morts ou manquants visé à l'article D. 645-4 du
code rural et de la pêche maritime est fixé à 20 %.
f) Etat cultural de la vigne.
Les parcelles doivent être conduites afin d'assurer un bon état cultural global
de la vigne, notamment son état sanitaire, l'entretien de son sol et l'état
sanitaire de la vendange.
En particulier, aucune parcelle ne peut être laissée à l'abandon.
2° Autres pratiques culturales
:
Afin de préserver les caractéristiques des sols qui constituent un élément
fondamental du terroir :
― toute modification substantielle de la morphologie du relief et de la séquence
pédologique naturelle des parcelles destinées à la production de l'appellation
d'origine contrôlée est interdite, à l'exclusion des travaux de défonçage
classique ;
― l'apport de terre exogène sur des parcelles de l'aire parcellaire délimitée
est interdit. On entend par terre exogène une terre qui ne provient pas de
l'aire parcellaire délimitée de l'appellation.
3° Irrigation :
L'irrigation pendant la période de végétation de la vigne ne peut être
autorisée, conformément aux dispositions de l'article D. 645-5 du code rural et
de la pêche maritime, qu'en cas de sécheresse persistante et lorsque celle-ci
perturbe le bon développement physiologique de la vigne et la bonne maturation
du raisin.
VII. ― Récolte, transport et maturité du raisin
1° Récolte :
a) Les vins proviennent de raisins récoltés à bonne maturité et présentant un
bon état sanitaire.
b) Dispositions particulières de récolte.
Le tri de la vendange est obligatoire dès lors que la vendange comporte un
pourcentage supérieur à 5 % de baies présentant un état sanitaire dégradé ou un
niveau de maturité insuffisant. Ce tri est réalisé par l'opérateur soit à la
parcelle, soit au chai.
c) Dispositions particulières de transport de la vendange.
L'utilisation du foulobenne (benne autovidante munie d'une pompe à palette dite
centrifuge) est interdite.
2° Maturité du raisin :
a) Richesse en sucre des raisins.
Ne peuvent être considérés comme étant à bonne maturité les raisins présentant
une richesse en sucre inférieure à 194 grammes par litre de moût pour le cépage
merlot N et 180 grammes par litre de moût pour les autres cépages.
b) Titre alcoométrique volumique naturel minimum.
Les vins présentent un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 11 %.
VIII. ― Rendements. ― Entrée
en production
1° Rendement :
Le rendement visé à l'article D. 645-7 du code rural et de la pêche maritime est
fixé à 53 hectolitres par hectare.
2° Rendement butoir :
Le rendement butoir visé à l'article D. 645-7 du code rural et de la pêche
maritime est fixé à 65 hectolitres par hectare.
3° Entrée en production des
jeunes vignes :
Le bénéfice de l'appellation d'origine contrôlée ne peut être accordé aux vins
provenant :
― des parcelles de jeunes vignes qu'à partir de la deuxième année suivant celle
au cours de laquelle la plantation a été réalisée en place avant le 31 juillet ;
― des parcelles de jeunes vignes qu'à partir de la première année suivant celle
au cours de laquelle le greffage sur place a été réalisé avant le 31 juillet ;
― des parcelles de vignes ayant fait l'objet d'un surgreffage, au plus tôt la
1re année suivant celle au cours de laquelle le surgreffage a été réalisé avant
le 31 juillet et dès que les parcelles ne comportent plus que des cépages admis
pour l'appellation. Par dérogation, l'année suivant celle au cours de laquelle
le surgreffage a été réalisé avant le 31 juillet les cépages admis pour
l'appellation peuvent ne représenter que 80 % de l'encépagement de chaque
parcelle en cause.
IX. ― Transformation, élaboration, élevage, conditionnement, stockage
1° Dispositions générales :
Les vins sont vinifiés conformément aux usages locaux, loyaux et constants.
a) Assemblage des cépages.
Les vins ne peuvent être issus du seul cépage accessoire.
La proportion du cépage accessoire ne peut être supérieure à 10 % de
l'assemblage final du lot de vin conditionné.
b) Fermentation malolactique.
Tout lot de vin commercialisé (en vrac) ou conditionné présente une teneur en
acide malique inférieure ou égale à 0,30 gramme par litre.
c) Normes analytiques.
Tout lot de vin commercialisé (en vrac) ou conditionné présente une teneur en
sucres fermentescibles (glucose et fructose) inférieure ou égale à 3 grammes par
litre.
Tout lot de vin commercialisé (en vrac) présente une teneur en acidité volatile
inférieure ou égale à :
13,26 milliéquivalents par litre, soit 0,79 gramme par litre exprimé en acide
acétique (0,65 gramme par litre exprimé en H2SO4).
Tout lot de vin commercialisé (en vrac) présente une teneur une teneur en SO2
total inférieure ou égale à 140 milligrammes par litre.
d) Pratiques œnologiques et traitements physiques.
Les techniques soustractives d'enrichissement (TSE) sont autorisées dans la
limite d'un taux de concentration maximum de 15 %.
Les vins ne dépassent pas, après enrichissement, le titre alcoométrique
volumique total de 13,5 %.
e) Matériel interdit.
L'utilisation du foulobenne (benne autovidante munie d'une pompe à palette dite
centrifuge) est interdite.
L'utilisation du pressoir de type continu muni d'une vis sans fin de diamètre
inférieur à 400 millimètres est interdite.
f) Capacité globale de la cuverie de vinification.
Tout opérateur doit disposer d'une capacité de cuverie de vinification
équivalente au minimum à 1,5 fois la production moyenne décennale revendiquée de
l'exploitation.
La capacité de vinification disponible au moment de la récolte correspond aux
contenants de vinification tels que les cuves de vinification et les barriques.
g) Bon état d'entretien global du chai (sol et murs) et du matériel (hygiène).
Le chai (sols et murs) et le matériel de vinification présentent un bon état
d'entretien général.
2° Dispositions par type de
produit :
Les vins font l'objet d'un élevage au minimum jusqu'au 31 mars de l'année qui
suit celle de la récolte.
3° Dispositions relatives au
conditionnement :
a) Les vins ne peuvent être conditionnés qu'à compter du 31 mars de l'année
suivant celle de la récolte.
b) Pour tout lot conditionné, l'opérateur adresse à l'organisme de contrôle
agréé, en accompagnement de la déclaration préalable de conditionnement, une
analyse du lot à conditionner réalisée avant le conditionnement.
Pour les opérateurs de type continu ou semi-continu tels que définis au chapitre
II, les analyses des lots conditionnés sont tenues à disposition de l'organisme
de contrôle agréé selon les dispositions définies dans le plan de contrôle ou
d'inspection.
4° Dispositions relatives au
stockage :
L'opérateur justifie d'un lieu spécifique protégé (pluie, vents...) pour le
stockage des produits conditionnés.
5° Dispositions relatives à la
circulation des produits et à la mise en marché à destination du consommateur :
a) Date de mise en marché à destination du consommateur.
A l'issue de la période d'élevage, les vins ne peuvent être mis en marché à
destination du consommateur qu'à partir du 15 avril de l'année qui suit celle de
la récolte.
b) Période au cours de laquelle les vins ne peuvent circuler entre
entrepositaires agréés.
Les vins peuvent circuler entre entrepositaires agréés au plus tôt le 31 mars de
l'année qui suit celle de la récolte.
X. ― Lien avec la zone géographique
1° Informations sur la zone
géographique :
a) Description des facteurs naturels contribuant au lien :
La zone géographique de l'appellation d'origine contrôlée « Saint-Emilion »
située à l'est de la ville de Libourne, autour de la cité de Saint-Emilion, est
constituée d'un plateau calcaire dominant la Dordogne au sud et limité par le
ruisseau de la Barbanne au nord.
Ce territoire s'étend sur huit communes et une partie de la commune de Libourne
en Gironde.
Parallèle à la Dordogne, et sa vallée couverte de vignes, se dresse une première
ligne de coteaux linéaires, abrupts, et formant des « combes », vallées en forme
d'amphithéâtres. C'est dans l'une d'elles, orientée au sud, qu'a été construite
la cité de Saint-Emilion, village médiéval calcaire aux toits de tuiles rousses
ou grises, ceint de remparts.
La corniche culmine à 100 mètres d'altitude, soulignée par les chênes verts de
la ceinture dite « méditerranéenne ».
Au centre du vignoble, subsiste un plateau calcaire à astéries datant de l'ère
tertiaire. Sur ce plateau, on rencontre différents types de sols :
― à l'ouest de la cité de Saint-Emilion, les sols calcaires, peu épais et de
texture légère (le plus souvent sablo-limoneuse) ;
― à l'est, essentiellement des sols argilo-calcaires, peu lourds et peu épais ;
― au centre du plateau, une couverture limono-argileuse assez épaisse.
Autour de ce plateau, la molasse dite du « Fronsadais » (oligocène) affleure sur
les pentes généralement plus accentuées au sud et à l'ouest qu'au nord. Elle
porte, le plus souvent des sols calcaires, dont la texture est fréquemment
argilo-limoneuse.
Le nord-ouest de la zone géographique est couvert par une nappe sableuse
(alluvions quaternaires) qui renferme, localement, un niveau sablo-argileux. Par
endroits, les sous-sols présentent une teneur en argile extrêmement élevée. A
proximité de Pomerol (terrasse de Figeac), on rencontre une série de croupes
graveleuses. Au sud (vallée de la Dordogne), des alluvions quaternaires,
constituées de graves, sables et limons se répartissent de façon diversifiée.
L'extraction de la pierre a eu lieu de tous temps, laissant un réseau de
galeries estimé à une centaine de kilomètres sous Saint-Emilion et les plateaux
environnants. Ce réseau est fréquemment utilisé comme chai car la température
constante, entre 12 °C et 16 °C, et l'hygrométrie conviennent parfaitement à la
conservation des vins.
En poursuivant vers le Nord, se succèdent des paysages vallonnés aux pentes
douces, presque exclusivement plantés de vignes, en rangs serrés, ponctués de
châteaux ou bâtis anciens en pierre calcaire, et de bosquets.
Les vignes sont souvent longées de murs d'enclos, faits de moellons provenant de
dérochages de parcelles pour leur mise en culture.
Ce paysage, modelé par des générations d'hommes qui veillent depuis des siècles
à la préservation et au développement de ce patrimoine, est à la fois témoin de
l'histoire mais vivant et évolutif, ce qui lui a valu l'inscription en 1999 au
patrimoine mondial de l'UNESCO au titre de paysage culturel.
La région de « Saint-Emilion » bénéficie du climat océanique tempéré du
Bordelais, mais plus continental car située à l'est du département de la
Gironde. Les températures sont plus élevées, aux nuances méditerranéennes, dont
témoigne la présence de chênes verts. Le climat océanique est imprévisible et
accompagné certaines années de quelques dépressions automnales pluvieuses ou, au
contraire d'arrière-saisons chaudes et très ensoleillées.
b) Description des facteurs humains contribuant au lien :
Ce site, occupé très tôt par l'homme, voit la vigne arriver probablement lors de
l'occupation romaine. Les travaux archéologiques ont mis à jour les vestiges de
villas romaines et font du site du Palat, près du château Ausone, la résidence
la plus plausible pour le célèbre poète-vigneron dont le souvenir et le nom
habitent si fortement ces lieux.
En 1152, le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et du roi Henri II Plantagenêt fait
passer l'Aquitaine sous domination anglaise. Comme beaucoup de cités,
Saint-Emilion, devenue entre-temps un centre très important de vie religieuse
avec l'établissement de la Collégiale et de son cloître, voulut acquérir ses
droits. Largement confirmés au xiiie siècle, les droits acquis par la Charte de
Falaise, en 1199, favoriseront un essor considérable du vignoble sous
l'occupation anglaise. La création du port de Libourne en 1269 ouvrira largement
la route aux expéditions de vins. L'octroi de nouveaux privilèges par Edouard
Ier, en 1289, confirme et étend les prérogatives de la «Jurade de Saint-Emilion» aux paroisses voisines qui formeront désormais sa juridiction.
A la veille de la révolution, le vignoble de « Saint-Emilion » est profondément
marqué par ses structures foncières, socio-économiques, qui avaient évoluées dès
la fin du Moyen-Age. Alors que dans d'autres régions viticoles du Bordelais, on
passera directement du système féodal à la constitution de grands domaines
viticoles, le Libournais se caractérise par de petites unités d'exploitations.
Elles expliquent en grande partie l'extrême morcellement du vignoble actuel.
Au début du xviie siècle, la poussée de la demande anglaise et hollandaise
entraîne une formidable expansion du vignoble de « Saint-Emilion », dont la
superficie va doubler dans le premier tiers du xviiie siècle. On voit apparaître
à cette époque, sur les coteaux, des plantations en « règes » (en rangs palissés
dont l'écartement est inférieur à un mètre) homogènes avec des cépages adaptés.
En 1884, est créé à « Saint-Emilion » le premier syndicat viticole de France. Il
sera le ferment de la politique qualitative menée depuis sur ce vignoble.
Jusqu'à la Révolution de 1789, ce fut la « Jurade » qui assura ce rôle. Un
siècle plus tard, le vote de la Loi du 21 mars 1884 permettant au monde agricole
de créer des syndicats professionnels redonne aux viticulteurs de «
Saint-Emilion » de nouveaux instruments pour défendre et promouvoir leur
appellation.
1931 voit la création, à « Saint-Emilion », de la première coopérative viticole
du Bordelais : l'union de producteurs de Saint-Emilion.
En 1936, l'appellation d'origine contrôlée « Saint-Emilion » est définie par
décret, sa zone géographique reposant sur les limites historiques de la « Jurade
de Saint-Emilion ». En 2010, le vignoble de « Saint-Emilion », d'une superficie
de 5 500 hectares exploités par environ 650 viticulteurs, produit en moyenne 230
000 hectolitres de vins rouges, dont une partie est revendiquée en appellation
d'origine contrôlée « Saint-Emilion grand cru ».
2° Informations sur la qualité
et les caractéristiques du produit :
Le vin bénéficiant de l'appellation d'origine contrôlée « Saint-Emilion » est un
vin rouge tranquille sec. Les principaux cépages sont le cépage merlot N, le
cépage cabernet franc N (dénommé localement « bouchet ») et le cépage
cabernet-sauvignon N. Plus anecdotiques, le cépage carmenère N et le cépage cot
N (ou malbec) peuvent être associés ainsi que le cépage petit verdot N, à titre
accessoire.
Le cépage très largement majoritaire est le cépage merlot N. Il apporte au vin
sa couleur rouge intense, sa richesse alcoolique, sa complexité aromatique
évoquant les fruits rouges et noirs ainsi que de la souplesse, de la rondeur et
des tanins soyeux en bouche. Le cépage cabernet franc N donne au vin une finesse
aromatique légèrement épicée, une fraîcheur et une structure tannique plus
marquée. Enfin, le cépage cabernet-sauvignon N, moins présent, apporte ses notes
épicées, complexes et, par sa richesse tannique, favorise une conservation
longue et donne des vins harmonieux.
3° Interactions causales :
Au confluent de deux rivières, l'Isle et la Dordogne, les grands sols viticoles
des parcelles délimitées en appellation d'origine contrôlée « Saint-Emilion »
sont en majorité calcaires et argilo-calcaires. Calcaires, argiles, graves,
sables..., c'est la qualité de ces sols, alliée au mésoclimat très favorable à
la culture de la vigne, qui confèrent, aux vins, richesse et complexité.
Le cépage merlot N a trouvé sur ces sites uniques son terrain de prédilection.
Il apprécie plus particulièrement le caractère frais et humide des sols à
texture argileuse où il mûrit bien.
Le cépage cabernet franc N est préféré sur les sols calcaires ou à texture un
peu plus chaude (sables et graves). Le cépage cabernet-sauvignon N est un cépage
tardif particulièrement adapté aux sols chauds et secs (gravelo-sableux ou sols
argilo-calcaires bien exposés).
L'adaptation du travail et du choix des cépages à la diversité des sols sont des
savoir-faire acquis de l'expérience de plusieurs générations de viticulteurs
toujours en quête d'amélioration de leurs produits. Les variations climatiques
d'une année sur l'autre se traduisent aussi par des variations organoleptiques
marquées entre millésimes, notion capitale en Bordelais.
Premier paysage viticole labellisé patrimoine mondial par l'UNESCO en 1999, la
valeur universelle exceptionnelle du site est reconnue : 5 000 hectares de
vignes situées dans la zone géographique de l'appellation d'origine contrôlée «
Saint-Emilion » et huit communes formant l'ancienne juridiction de
Saint-Emilion.
Un site qui constitue le témoignage exceptionnel d'une tradition culturelle et
d'une civilisation vivante, celle de la vigne et du vin, l'œuvre conjuguée de la
nature et de l'homme. C'est l'œuvre de générations de viticulteurs, qui ont
façonné, par leur travail, au fil des siècles, les coteaux et les combes de «
Saint-Emilion », que l'UNESCO a reconnue.
XI. ― Mesures transitoires
Mode de conduite :
a) Les parcelles de vigne en place au 20 octobre 2009 et présentant une densité
de plantation inférieure à 5 500 pieds par hectare continuent à bénéficier, pour
leur récolte, du droit à l'appellation d'origine contrôlée jusqu'à leur
arrachage, sous réserve du respect des règles de palissage et de hauteur de
feuillage fixées dans le présent cahier des charges.
b) La disposition relative à l'écartement sur le rang ne s'applique pas aux
parcelles de vigne en place au 20 octobre 2009. Toutefois, pour les parcelles
présentant un écartement sur le rang inférieur à 0,80 mètre, seules sont
autorisées les tailles à coursons (cots), ou les tailles à longs bois (astes)
sans chevauchement des bois.
c) Les règles de palissage et de hauteur de feuillage s'appliquent, pour les
vignes en place avant le 20 octobre 2009, à compter de la récolte 2012.
XII. ― Règles de présentation et étiquetage Pas de disposition particulière.
Chapitre II
I. ― Obligations déclaratives
1. Déclaration de
revendication :
La déclaration de revendication doit être adressée à l'organisme de défense et
de gestion avant le 15 janvier de l'année suivant l'année de récolte.
Elle indique :
― l'appellation revendiquée ;
― le volume du vin ;
― le numéro EVV ou SIRET ;
― le nom et l'adresse du demandeur ;
― le lieu d'entrepôt du vin.
Elle est accompagnée :
― d'une copie de la déclaration de récolte et, selon le cas, d'une copie de la
déclaration de production ou d'un extrait de la comptabilité matières pour les
acheteurs de raisins et de moûts ;
― du plan de cave (lieu de vinification et de stockage), permettant notamment
d'identifier le nombre, la désignation et la contenance des récipients.
2. Déclaration de repli :
Tout opérateur commercialisant un vin bénéficiant de l'appellation d'origine
contrôlée dans une appellation plus générale devra en faire la déclaration
auprès de l'organisme de défense et de gestion et auprès de l'organisme de
contrôle agréé dans un délai d'un mois maximum après ce repli.
3. Déclaration préalable des
retiraisons ou de conditionnement :
Tout opérateur souhaitant faire circuler ou conditionner des vins bénéficiant de
l'appellation d'origine contrôlée déclare, auprès de l'organisme de contrôle
agréé, toute opération de retiraison en vrac ou de conditionnement au moins cinq
jours ouvrés avant l'opération.
Est considéré comme conditionneur en continu tout opérateur qui conditionne au
moins une fois par semaine pendant plus de neuf mois consécutifs dans l'année.
Cet opérateur est dispensé de la déclaration préalable à chaque opération mais
doit adresser semestriellement une copie du registre de manipulation à
l'organisme de contrôle agréé.
Est considéré comme conditionneur semi-continu tout opérateur qui conditionne au
moins une fois par semaine pendant plus de trois mois dans l'année et moins de
neuf mois successifs dans l'année. Cet opérateur est dispensé de la déclaration
préalable à chaque opération mais doit déclarer la ou les périodes de
conditionnement et adresser une copie du registre de manipulation à la fin de la
période indiquée, à l'organisme de contrôle agréé.
4. Déclaration relative à
l'expédition hors du territoire national d'un vin non conditionné :
Tout opérateur souhaitant effectuer une expédition hors du territoire national
d'un vin non conditionné bénéficiant de l'appellation d'origine contrôlée devra
en faire la déclaration auprès de l'organisme de contrôle agréé au moins quinze
jours ouvrés avant l'expédition.
5. Déclaration de déclassement
:
Tout opérateur effectuant un déclassement de vins bénéficiant de l'appellation
d'origine contrôlée devra en faire la déclaration auprès de l'organisme de
défense et de gestion et auprès de l'organisme de contrôle agréé dans un délai
d'un mois maximum après ce déclassement.
6. Remaniement des parcelles :
Avant tout apport de terre ou amendement, tout aménagement ou tous travaux
modifiant le profil des sols ou la morphologie des reliefs, à l'exclusion des
travaux de défonçage classique, une déclaration doit être adressée par
l'opérateur à l'organisme de défense et de gestion au moins deux mois avant le
début des travaux envisagés.
L'organisme de défense et de gestion transmet, dans un délai de huit jours, la
copie de déclaration aux services de l'Institut national de l'origine et de la
qualité.
II. ― Tenue de registres
Registre de dégustation :
Tous les lots conditionnés doivent faire l'objet d'un examen organoleptique
avant et après le conditionnement par une ou plusieurs personnes qualifiées,
appartenant à l'entreprise ou extérieures à celle-ci, examen dont les résultats
sont consignés dans un registre de dégustation.
Chapitre III
I. ― Points principaux à contrôler et méthodes d'évaluation
POINTS PRINCIPAUX à contrôler |
MÉTHODES D'ÉVALUATION |
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II. ― Références concernant la structure de contrôle
Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), TSA30003, 93555 Montreuil-sous-Bois Cedex, téléphone : (33) (0)1-73-30-38-00, fax : (33) (0)1-73-30-38-04, courriel : info@inao.gouv.fr
L'INAO est l'autorité de contrôle assurant le respect des dispositions du présent cahier des charges pour les produits bénéficiant de l'appellation d'origine contrôlée.
LIENS EXTERNES
Union de Producteurs de Saint-Emilion : http://www.udpse.com/
La Mairie de Saint-Emilion: http://www.saint-emilion.org/
Office de tourisme de Saint-Emilion : http://www.saint-emilion-tourisme.com/
La route du vignoble en petit train: http://www.visite-saint-emilion.com/
contactez nous par téléphone ou par e mail:
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